En visite à Bordeaux ce jeudi 24 avril, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a trouvé plus europhile que lui. Lors de sa première visite au siège de l’agence Erasmus (qui favorise la mobilité des étudiants et scolaire à travers l’Union européenne), installé dans le quartier Euratlantique, il a longuement échangé avec des étudiants pleins de ferveur européenne.

Comme Léa, deux séjours Erasmus à son actif dès la classe de 3e, en Finlande, et en 1re, au Danemark. Une expérience qui l’a transformée. « J’ai adoré ces voyages, j’ai vécu en immersion dans une famille, j’ai gardé des liens, c’est hyper formateur », explique-t-elle au ministre. Rentrée à Bordeaux, elle est devenue ambassadrice à l’agence Erasmus.

« Une expérience enrichissante »

Noa, une étudiante de l’école de commerce Kedge, a passé deux ans à Varsovie, un séjour sur le thème des négociations internationales et de la diplomatie climatique. Elle a débarqué en pleine guerre entre la Russie et l’Ukraine. « L’échange a été bouleversé par la guerre, il y avait beaucoup de réfugiés à l’université. Ça m’a beaucoup marquée de pouvoir échanger avec des Polonais, des Ukrainiens, des Russes. De voir aussi l’entraide qui se met en place », déclare-t-elle. Les étudiants ont raconté au ministre « une expérience incroyable, très enrichissante », qu’ils ne sont pas près d’oublier. « La mobilité change la vie à tout âge et permet de grandir », ajoute Anna, qui est partie en Roumanie et en Espagne.

« La mobilité change la vie à tout âge et permet de grandir »

Pour Benjamin Haddad, Erasmus est « le grand outil du sentiment d’appartenance européenne ». Directrice de l’agence Erasmus, Nelly Fesseau a profité de sa visite pour rappeler une réalité plus prosaïque : confronté à une forte hausse de la demande, le programme a besoin de moyens supplémentaires. Le budget 2028-2033 de l’Union européenne entre en négociation dès cette année, c’est le moment de faire du lobbying.

« Arrêtez de multiplier les normes ! »

Benjamin Haddad s’est ensuite rendu à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Bordeaux, pour rencontrer une trentaine de chefs d’entreprise. Ils sont viticulteurs, industriels, patrons de start-up ou fabricants de pantoufles, mais n’ont qu’un seul message : « Arrêtez de multiplier les normes ! » Un cri du cœur entonné en chorale. « La sim-pli-fi-ca-tion, c’est essentiel, il faut un environnement administratif plus lisible », a expliqué Patrick Seguin, président de la CCI.

Le ministre n’avait rien de concret à leur annoncer, il les a caressés dans le sens du poil. Il s’est même chargé de donner les chiffres qui font mal : « Sur ces cinq dernières années, 5 000 normes ont été édictées aux États-Unis, 15 000 dans l’Union européenne. » Président du Conseil des grands crus classés, Philippe Castéja fustige la nouvelle norme européenne qui imposera bientôt un marquage des ingrédients sur les étiquettes de vin : « Cela devra être traduit dans 27 langues ! »

En terrain conquis à Erasmus, Benjamin Haddad est ici sous pression. Il explique que la période actuelle troublée, entre les appétits guerriers de Poutine et les humeurs de Trump, est une opportunité à saisir pour l’Europe. Et la simplification ? Ça reste compliqué.