Les faits de corruption ont doublé en France depuis huit ans, selon des chiffres officiels

by arktal

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  1. Les dernières données statistiques du ministère de l’intérieur et de l’Agence française anticorruption confirment la forte hausse des atteintes à la probité en France, tous délits confondus. Les responsables politiques continuent de regarder ailleurs.

    Sa déconsidération par les pouvoirs publics est inversement proportionnelle à la manière dont la corruption paraît s’installer durablement en France. D’après de nouvelles données officielles, les atteintes à la probité constatées par les services de police et de gendarmerie poursuivent leur croissance, enregistrant une hausse de 8,2 % en 2024 par rapport à l’année précédente.

    Cette augmentation, identique à celle déjà enregistrée en 2023, est marquée par une explosion des faits de corruption observés, qui ont quasiment doublé depuis huit ans : de 167 infractions répertoriées dans les procédures closes en 2016, la France est passée à 324 en 2024.

    Ces données ont été répertoriées dans un [rapport officiel](https://www.agence-francaise-anticorruption.gouv.fr/fr/publication-ssmsi-afa-3eme-edition-atteintes-probite-enregistrees-par-services-securite-en-2024) du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) et de l’Agence française anticorruption (AFA), qui a été rendu public le 24 avril. Il n’a depuis fait l’objet d’aucun commentaire public au sein d’un gouvernement qui compte aux fonctions de ministre de l’intérieur (Bruno Retailleau) et de la justice (Gérald Darmanin) deux responsables qui n’ont cessé de soutenir leurs mentors – François Fillon pour le premier et Nicolas Sarkozy pour le second – face à la justice anticorruption.

    En 2024, 934 infractions relatives à des atteintes à la probité ont été recensées, avec une hausse dans presque toutes les catégories de délit (trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, favoritisme…). Passés de 278 en 2023 à 324 en 2024, les seuls faits de corruption – punis de dix ans d’emprisonnement – enregistrent une aggravation spectaculaire, même si l’ampleur de ce phénomène reste sous-évaluée par l’étude, selon ses propres auteurs.

    En effet, relève le rapport, une enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS) du ministère de l’intérieur établit que « moins de 1 % des personnes physiques qui sont victimes d’une tentative de corruption dans un cadre professionnel portent plainte ». En l’absence de plainte, les procédures peuvent trouver leur origine dans une dénonciation, un signalement ou encore des constatations de policier ou de gendarme au cours d’enquêtes portant sur d’autres faits.

    Cette sous-évaluation est accentuée par le fait, d’après les remontées d’enquêteurs et de magistrats, que « la corruption, quand elle est rencontrée dans les dossiers liés au trafic de stupéfiants, est rarement retenue pour conduire des poursuites car elle est difficile à caractériser », selon l’étude statistique.

    Cet état de fait peut ainsi « conduire à sous-estimer l’ampleur du phénomène à partir des seules remontées statistiques des services de sécurité », dans un contexte où les alertes se multiplient sur la montée en puissance des capacités des réseaux criminels.

    La deuxième infraction la plus importante en volume relève des prises illégales d’intérêts (délit qui sanctionne la partialité d’un agent public) – 199 en 2024 –, suivie des détournements de fonds publics – 168 en 2024. L’augmentation des atteintes touche de manière homogène toutes les régions, même si certains territoires comme la Corse, les outre-mer ou la Côte d’Azur connaissent un taux d’infraction par habitant plus élevé que la moyenne.

    Dans une sphère publique dominée par les hommes âgés, cette dernière catégorie est surreprésentée dans les statistiques. Tandis que les personnes de plus de 45 ans représentent 46 % de la population, elles forment 54 % des mis en cause. Les infractions sont commises à 94 % par des personnes de nationalité française.

    **Une absence de stratégie nationale**

    Ces données sont publiées à un moment où la lutte contre la corruption se trouve dans une situation paradoxale. D’un côté, les procédures et condamnations s’accumulent contre des personnalités de premier plan, à commencer par l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy, premier président de la République reconnu coupable de corruption, depuis le rejet de tous ses recours dans l’affaire Bismuth, en décembre 2024.

    Par ailleurs condamné en appel dans le scandale Bygmalion (il a formé un pourvoi en cassation), Nicolas Sarkozy a aussi été jugé de janvier à avril dans l’affaire des financements libyens, un des plus grands scandales de corruption présumée de la Ve République (le jugement sera rendu en septembre).

    Dans le même temps, la justice a aussi condamné en première instance le Rassemblement national (RN), et sa candidate Marine Le Pen, pour un système de détournements de fonds publics au Parlement européen (le procès en appel se tiendra début 2026).

    Mais l’importance de ces affaires tranche avec l’absence de volontarisme politique sur ce sujet. Arrivé au pouvoir sur une promesse de « moralisation de la vie publique », Emmanuel Macron a totalement retourné sa veste depuis 2017, allant jusqu’à revendiquer un passe-droit s’agissant de Nicolas Sarkozy pour qu’il puisse conserver sa Légion d’honneur, en dépit de sa condamnation définitive, qui devrait l’en priver.

    Malgré les alertes des enquêteurs et magistrats spécialisés, les rapports internes et les signalements d’ONG, les moyens d’investigation de la France, qui a dégringolé dans le classement 2024 de Transparency International, restent indigents.

    Après la fin de son premier plan pluriannuel de 2020 à 2022, l’Agence française anticorruption n’a toujours pas mis en place sa nouvelle feuille de route, sans que cela préoccupe grand monde. Et quand le premier ministre, François Bayrou, fait part de son « trouble » dans une affaire d’atteinte à la probité, c’est pour dénoncer l’inéligibilité à effet immédiat de Marine Le Pen.

    **Fabrice Arfi et Antton Rouget**

  2. Non mais faut regarder les chiffres, faut pas avoir peur de détourner les yeux des vrais problèmes de la société, ceux qui coûte bien plus cher : ces profiteurs au RSA

  3. Notez qu’il y a 10 ans, le PNF commençait à juger des affaires, et qu’il est reconnu comme particulièrement efficace. Un doublement, c’est gros. Ce ne serait pas plutôt les poursuites effectives des faits qui ont doublé?

  4. pikachu_surpris.jpg

    Qui aurait pu prédire ? avec le président des riches, franchement les bras m’en tombent !

  5. Bientôt le gouvernement prendra une mesure contre cela: Ils redéfiniront c’est qui compte comme étant de la corruption.

  6. C’est marrant ça. Il s’est passé quoi il y a 8 ans ?

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