**Après la campagne présidentielle de 2017, François Fillon devait personnellement payer plus de 50 000 euros non remboursés par l’État. Cinq ans plus tard, Bruno Retailleau s’est démené auprès du parti Les Républicains et la dette de son ami a été épongée.**
Absent de la scène politique depuis sa condamnation pour détournements de fonds publics, François Fillon est récemment sorti de son silence pour apporter son soutien à son « ami » Bruno Retailleau. Brossant le portrait d’un « homme cultivé, qui a forgé ses convictions dans l’action publique locale et nationale, sans jamais perdre de vue notre héritage historique et culturel », l’ancien candidat à la présidentielle voit dans le ministre de l’intérieur un « leader crédible », capable de relever Les Républicains (LR), le parti qu’il a envoyé dans le mur en 2017.
« Il n’a jamais fait de compromis avec ses convictions et il a toujours agi avec un sens aigu de l’intérêt général », a dit l’ancien premier ministre au sujet de celui qui avait participé jusqu’au bout à sa désastreuse campagne présidentielle. Et qui mène désormais sa propre campagne pour prendre la tête du parti.
Entre les deux hommes, tout n’est pas qu’affaire de « convictions » ou d’« intérêt général ». Selon des informations de Mediapart, Bruno Retailleau s’est démené jusqu’en 2022 pour effacer une dette personnelle de François Fillon liée à cette fameuse présidentielle. Celle-ci s’élevait très exactement à 52 786 euros et correspondait à des dépenses électorales rejetées par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) après le scrutin.
Lors de l’examen des dépenses de l’ancien candidat, éliminé dès le premier tour face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen, la commission avait tiqué sur les marges exceptionnelles pratiquées par un prestataire chargé de l’organisation de certaines réunions publiques. Ces surcoûts ont donc été déduits du remboursement public versé à François Fillon, qui aurait dû les assumer lui-même, mais ne s’est pas acquitté de cette somme.
Le temps passe. La dette demeure. Le parti LR ne veut pas la prendre en charge, d’autant que François Fillon a récolté de l’argent pour sa campagne par l’intermédiaire de son microparti Force républicaine. Au 31 décembre 2017, les comptes de ce petit mouvement affichaient près de 1,5 million d’euros de fonds propres. Mais depuis que Bruno Retailleau en a hérité après la présidentielle de 2017, les caisses se sont vidées pour salarier une petite équipe, consolider les réseaux de celui qui n’est alors que sénateur et parfaire son image sur la scène politique.
En 2022, alors que la dette n’a pas encore été apurée, Force républicaine n’est plus du tout en mesure de la prendre en charge. Au 31 décembre 2021, les comptes du mouvement sont même passés dans le rouge (− 34 352 euros de fonds propres), après une nouvelle année déficitaire.
**Une miraculeuse convention à 60 000 euros**
Pour trouver l’argent qui aidera François Fillon, Bruno Retailleau se tourne alors vers LR. Profitant d’une vacance de pouvoir à la tête du parti, il valide avec la présidente par intérim Annie Genevard – une autre proche de François Fillon, elle aussi restée jusqu’au bout dans sa campagne – le versement de 60 000 euros dans le cadre d’une convention signée le 29 novembre 2022. Ce document, que Mediapart a pu consulter, est paraphé par les deux fillonistes et le trésorier du parti, Daniel Fasquelle.
En contrepartie du versement de ces dizaines de milliers d’euros, la convention prévoit que Force républicaine s’engage à « contribuer activement au travail intellectuel » de LR, en produisant notamment des contributions sur quatre thématiques – « Europe », « islamisme », « modèle social » et « écologie » – et en « participant aux travaux » programmatiques. Le microparti monnaye aussi sa « participation aux actions politiques » de LR ainsi que son « soutien aux candidats investis » pour les futures échéances électorales.
Un engagement contractuel plutôt curieux au regard des fonctions qu’exerçait Bruno Retailleau à l’époque. Membre du bureau politique de LR, l’actuel ministre de l’intérieur présidait surtout son groupe au Sénat, sans que personne sache jusqu’ici que son soutien faisait aussi l’objet d’une contrepartie financière.
Questionné par Mediapart, le trésorier de Force républicaine, Jean-Pierre Giraud, explique que le microparti et LR sont « deux entités juridiques et politiques différentes avec des réseaux d’adhérents et de sympathisants largement distincts ». « La convention est venue entériner un rapprochement d’actions entre les deux entités », ajoute-t-il.
C’est vraiment formidable. Ils parlent de responsabilité à longueur de journée, mais dès que c’est à leur tour de les assumer ils ont piscine et c’est aux autres de payer.
La droite ne veut pas réduire les dépenses publiques, elle veut juste qu’elles aillent dans leurs poches.
Le pouvoir de l’amitié
Magouille magouille 👍
Pour le coup je ne vois pas du tout le problème : un parti peut très bien décidée d’aider un micro-parti ou un organisme politique, ils font ce qu’ils veulent
Il y a la même chose pour des versements aux jeunesses politiques depuis les partis etc
Enfin on voit le ruissellement !
Bah, pourquoi il ne demande pas à sa femme, après tout elle a touche 1M à rien glander…?
Un versement magique de 60k€ seulement ? Ils manquent d’ambition de nos jours.
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**Après la campagne présidentielle de 2017, François Fillon devait personnellement payer plus de 50 000 euros non remboursés par l’État. Cinq ans plus tard, Bruno Retailleau s’est démené auprès du parti Les Républicains et la dette de son ami a été épongée.**
Absent de la scène politique depuis sa condamnation pour détournements de fonds publics, François Fillon est récemment sorti de son silence pour apporter son soutien à son « ami » Bruno Retailleau. Brossant le portrait d’un « homme cultivé, qui a forgé ses convictions dans l’action publique locale et nationale, sans jamais perdre de vue notre héritage historique et culturel », l’ancien candidat à la présidentielle voit dans le ministre de l’intérieur un « leader crédible », capable de relever Les Républicains (LR), le parti qu’il a envoyé dans le mur en 2017.
« Il n’a jamais fait de compromis avec ses convictions et il a toujours agi avec un sens aigu de l’intérêt général », a dit l’ancien premier ministre au sujet de celui qui avait participé jusqu’au bout à sa désastreuse campagne présidentielle. Et qui mène désormais sa propre campagne pour prendre la tête du parti.
Entre les deux hommes, tout n’est pas qu’affaire de « convictions » ou d’« intérêt général ». Selon des informations de Mediapart, Bruno Retailleau s’est démené jusqu’en 2022 pour effacer une dette personnelle de François Fillon liée à cette fameuse présidentielle. Celle-ci s’élevait très exactement à 52 786 euros et correspondait à des dépenses électorales rejetées par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) après le scrutin.
Lors de l’examen des dépenses de l’ancien candidat, éliminé dès le premier tour face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen, la commission avait tiqué sur les marges exceptionnelles pratiquées par un prestataire chargé de l’organisation de certaines réunions publiques. Ces surcoûts ont donc été déduits du remboursement public versé à François Fillon, qui aurait dû les assumer lui-même, mais ne s’est pas acquitté de cette somme.
Le temps passe. La dette demeure. Le parti LR ne veut pas la prendre en charge, d’autant que François Fillon a récolté de l’argent pour sa campagne par l’intermédiaire de son microparti Force républicaine. Au 31 décembre 2017, les comptes de ce petit mouvement affichaient près de 1,5 million d’euros de fonds propres. Mais depuis que Bruno Retailleau en a hérité après la présidentielle de 2017, les caisses se sont vidées pour salarier une petite équipe, consolider les réseaux de celui qui n’est alors que sénateur et parfaire son image sur la scène politique.
En 2022, alors que la dette n’a pas encore été apurée, Force républicaine n’est plus du tout en mesure de la prendre en charge. Au 31 décembre 2021, les comptes du mouvement sont même passés dans le rouge (− 34 352 euros de fonds propres), après une nouvelle année déficitaire.
**Une miraculeuse convention à 60 000 euros**
Pour trouver l’argent qui aidera François Fillon, Bruno Retailleau se tourne alors vers LR. Profitant d’une vacance de pouvoir à la tête du parti, il valide avec la présidente par intérim Annie Genevard – une autre proche de François Fillon, elle aussi restée jusqu’au bout dans sa campagne – le versement de 60 000 euros dans le cadre d’une convention signée le 29 novembre 2022. Ce document, que Mediapart a pu consulter, est paraphé par les deux fillonistes et le trésorier du parti, Daniel Fasquelle.
En contrepartie du versement de ces dizaines de milliers d’euros, la convention prévoit que Force républicaine s’engage à « contribuer activement au travail intellectuel » de LR, en produisant notamment des contributions sur quatre thématiques – « Europe », « islamisme », « modèle social » et « écologie » – et en « participant aux travaux » programmatiques. Le microparti monnaye aussi sa « participation aux actions politiques » de LR ainsi que son « soutien aux candidats investis » pour les futures échéances électorales.
Un engagement contractuel plutôt curieux au regard des fonctions qu’exerçait Bruno Retailleau à l’époque. Membre du bureau politique de LR, l’actuel ministre de l’intérieur présidait surtout son groupe au Sénat, sans que personne sache jusqu’ici que son soutien faisait aussi l’objet d’une contrepartie financière.
Questionné par Mediapart, le trésorier de Force républicaine, Jean-Pierre Giraud, explique que le microparti et LR sont « deux entités juridiques et politiques différentes avec des réseaux d’adhérents et de sympathisants largement distincts ». « La convention est venue entériner un rapprochement d’actions entre les deux entités », ajoute-t-il.
C’est vraiment formidable. Ils parlent de responsabilité à longueur de journée, mais dès que c’est à leur tour de les assumer ils ont piscine et c’est aux autres de payer.
La droite ne veut pas réduire les dépenses publiques, elle veut juste qu’elles aillent dans leurs poches.
Le pouvoir de l’amitié
Magouille magouille 👍
Pour le coup je ne vois pas du tout le problème : un parti peut très bien décidée d’aider un micro-parti ou un organisme politique, ils font ce qu’ils veulent
Il y a la même chose pour des versements aux jeunesses politiques depuis les partis etc
Enfin on voit le ruissellement !
Bah, pourquoi il ne demande pas à sa femme, après tout elle a touche 1M à rien glander…?
Un versement magique de 60k€ seulement ? Ils manquent d’ambition de nos jours.
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