Entre l’Ukraine et la Russie, des négociations vont “démarrer immédiatement en vue d’un cessez-le-feu”, assure Donald Trump, après un appel de deux heures lundi avec Vladimir Poutine. Le président américain est très confiant et imagine même que des pourparlers pourraient se tenir au Vatican, mais sans avancer de calendrier ni menacer Moscou de sanctions. Le dirigeant russe lui évoque une conversation “utile”, mais il n’accepte toujours pas de trêve sans condition. Sur le terrain, dans les zones occupées, la Russie est accusée par l’ONU de torture sexuelle sur des prisonniers. Les victimes n’osent pas vraiment témoigner, alors l’un de ces hommes, Oleksii Sivak, 41 ans, détenu à Kherson pendant l’occupation russe en 2022, tente de libérer leur parole.

“À part les gens comme moi, personne ne peut porter leurs paroles, leurs cris, leurs douleurs”

Ce que l’on voit en premier, ce sont ses cernes et son regard. Un regard terriblement noir. Oleksii est resté près de deux mois prisonnier des Russes. “Ils m’ont attaché des fils électriques aux parties génitales et pendant qu’ils m’électrocutaient, ils me frappaient avec des matraques. Et quand je tombais de la chaise, ils rajoutaient des coups de pied”, confie-t-il. En novembre 2022, les Russes se retirent et Oleksii est rendu à la liberté. Il veut parler, mais il n’y a personne pour l’écouter. “Il y a un ministère de la réintégration qui reconnaît qu’on a été détenus de manière illégale mais ce n’est pas un statut officiel”, explique-t-il.

Très vite pourtant, Oleksii comprend qu’il n’est pas seul. Il crée une association pour soutenir ceux qui acceptent de rompre le silence, mais aussi pour ceux qui sont toujours entre les mains des Russes. “À part les gens comme moi, personne ne peut porter leurs paroles, leurs cris, leurs douleurs.” Oleksii marque une pause, attrape une cigarette. “J’ai des troubles de la mémoire, je perds souvent le fil de mes pensées et physiquement, ça ne va pas trop non plus. Mais honnêtement, je n’ai plus le temps de m’occuper de moi. Il y a trop de gars à aider, trop de problèmes et en même temps, ce réseau, c’est ma force.”

Son association espère un jour de vrais procès pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale.