« Désescalade ». Le mot est de Sophie Primas, la porte-parole du gouvernement. Prononcé ce vendredi 23 mai, il faut souhaiter qu’il soit entendu. Car il ne renvoie pas à une simple crise, mais à la relation diplomatique entre la France et Israël. Et celle-ci s’est passablement détériorée en raison du durcissement de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza. Cette semaine, Paris mais aussi Londres et Ottawa ont, à juste titre, dénoncé ces « actions scandaleuses ». En réponse, et dans un sinistre mélange des genres, l’État hébreu les accuse désormais d’encourager « les meurtriers de masse du Hamas » à combattre sans fin, appuyant sa colère sur l’assassinat, mercredi à Washington, de deux employés de son ambassade.
Pourtant, les faits sont là. Déclenchée dans la foulée des attentats ignobles du 7 octobre 2023 perpétrés par les terroristes du Hamas, la riposte israélienne a pris un caractère impitoyable, sous l’impulsion d’un Benjamin Netanyahou cerné par les affaires. Après dix-huit mois d’une guerre sans merci, la bande de Gaza n’est plus qu’un tapis de ruine sans qu’aucune perspective ne se dessine, si ce n’est celle dont rêve l’extrême droite messianique israélienne : voir les Gazaouis quitter l’enclave définitivement pour lui laisser le champ libre.
Plus qu’une désescalade, c’est surtout un retour à la raison qui s’impose
Or, ce dessein ne peut être écarté. Benjamin Netanyahou a été formel : cette opération militaire, baptisée « les chariots de Gédéon », vise à contrôler l’ensemble des territoires de la bande de Gaza pour une durée indéterminée. Ce scénario pourrait donc être le préalable à la mise en place d’un autre plan : celui de Donald Trump, qui projette de déplacer la population vers les pays arabes voisins pour faire naître une « nouvelle Riviera ».
Si tel est le cas, le combat contre le terrorisme islamiste glissera alors de la nécessité au prétexte dans le seul but de forcer une population à l’exil. Et ce, pour mieux enterrer, sous les bombes, la création d’un État palestinien. Oui, le traumatisme du 7-Octobre ne s’effacera pas. Depuis la Shoah, Israël n’avait pas connu un tel pogrom. Mais que se passe-t-il à Gaza aujourd’hui ? Comment justifier le blocage de toute aide humanitaire depuis près de trois mois ? Ce ne sont pas les quelques camions de nourriture entrés au compte-goutte ces derniers jours qui permettront d’enrayer la famine généralisée qui ronge désormais la population.
Face à cette crise humanitaire sans précédent, il est urgent que la communauté internationale se mobilise pour un cessez-le-feu. Plus qu’une désescalade, c’est surtout un retour à la raison qui s’impose.