Dans les recoins de Twitch, le monde étrange des streams automatiques sans joueur et sans streamer

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  1. >Sur la plate-forme de streaming, à l’abri des regards, des chaînes automatisées diffusent des parties de jeux vidéo sans humain aux commandes. Des expériences atypiques qui fédèrent de petites communautés de fidèles.
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    >Un soir comme un autre sur Twitch. Parmi les milliers de streams se déroulant en simultané sur la plate-forme, il y en a un sur lequel une poignée d’internautes ont jeté leur dévolu. Mais étrangement, alors qu’ils ne sont que quelques dizaines de spectateurs connectés, les messages dans le tchat défilent à toute vitesse. Et, plus étrange encore, aucun être humain n’est aux manettes : intitulé VibeTradeLab, le stream retransmet un collage de plusieurs écrans évoluant de manière complètement autonome sur différents titres de la franchise Pokémon, dont le dernier en date, Légendes Pokémon : Arceus.
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    >VibeTradeLab fait partie de ces chaînes Twitch qui, devant de petits groupes de spectateurs (ou viewers) habitués, s’essaient « toutes seules » à des jeux variés. Ici, ni joueur ni streamer, seul un programme informatique capable de faire tourner un jeu 24 heures sur 24 et une musique libre de droits comblant le vide laissé par l’absence de voix humaine.
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    >Comme VibeTradeLab, Berichandev est une chaîne Twitch automatisée qui permet à son public d’échanger des Pokémon grâce à des commandes dans le tchat.
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    >Echange de Pokémons et robot bloqué sur Super Mario Maker
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    >La chaîne est loin d’être unique en son genre. Il y a d’abord celles, très nombreuses, sur lesquelles les spectateurs peuvent jouer à des jeux comme The Legend of Zelda : Ocarina of Time ou Dark Souls, en faisant ensemble avancer le personnage dans les niveaux à l’aide de commandes textuelles à publier dans le canal de discussion. Ces chaînes ont même leur propre catégorie sur la plate-forme d’Amazon et sont largement inspirées de Twitch Plays Pokémon, un événement en ligne organisé en 2014 auquel des milliers d’internautes avaient participé, jusqu’à arriver collectivement à la fin du jeu Pokemon Red au bout de seize jours.
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    >Mais il existe aussi sur Twitch des chaînes qui n’ont même pas besoin de public pour fonctionner. C’est le cas, par exemple, de Drizzles_hype_bot qui, grâce à un programme, tente en boucle de parvenir à bout d’un niveau quasiment impossible de Super Mario Maker, sous le regard impuissant de quelques spectateurs quotidiens. Nulle question ici de machine learning, juste une banale histoire de probabilités : avec beaucoup de chance, vous tomberez peut-être sur le moment où le programme, par hasard, réussira à franchir l’épreuve.
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    >« Je possède quinze Nintendo Switch qui font tourner le stream 24 heures sur 24 »
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    >D’autres lives sont dédiés, sur des jeux précis, à l’échange automatisé de biens, comme des Pokémons ou des objets sur Animal Crossing : New Horizons. C’est le cas de VibeTradeLab, chaîne derrière laquelle se trouve Mike, salarié américain d’une entreprise de technologie. Streamer sur son temps libre, il a monté grâce à un logiciel open source sa propre chaîne automatisée en 2018. « Je possède quinze Nintendo Switch qui font tourner le stream 24 heures sur 24, détaille Mike. Quand quelqu’un envoie une demande d’échange de Pokémon, celle-ci se transforme en fichier qui est saisi par l’une des consoles et qui va initialiser l’échange. » Bien qu’il en soit à l’initiative, ce streamer fantôme n’intervient finalement sur cette chaîne Twitch que lorsqu’il doit régler des bugs ou opérer des mises à jour.
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    >Les créateurs de la première expérience interactive « Twitch Plays Pokémon » en 2014 tiennent encore aujourd’hui un live automatisé.
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    >Une caste de spectateurs curieux et fidèles
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    >Maître de conférences à l’université de Sydney, Mark R. Johnson travaille depuis longtemps sur la plate-forme Twitch et le streaming en direct, et a étudié ces ovnis qu’il appelle des acteurs « non humains ». Selon lui, c’est précisément cette indépendance du live par rapport au streamer qui bouscule les codes du streaming : les actions de jeu et l’animation de communauté se retrouvent soudainement entre d’autres mains. « Lorsqu’il n’y a pas de streamer humain capable de guider les choses ou de faire des blagues, les membres du public prennent dans une certaine mesure le relais et deviennent ceux qui créent du sens, font des blagues, émettent des idées et donnent une raison d’être à la chaîne », analyse-t-il.
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    >Demeurent ceux qui se connectent plusieurs fois par semaine ou par jour, qui alimentent les tchats et qui y font des rencontres
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    >Nombreux sont les curieux à venir jeter un œil à ces lives automatisés. Mais après quelques minutes à essayer de comprendre ce à quoi ils assistent, la plupart abandonnent. « J’ai entendu parler de ces streams il y a quelques semaines et j’en ai regardé seulement deux fois, je ne pense pas y revenir », confesse ainsi Julie, au fil d’une discussion sur Twitch. Demeurent alors les fidèles : ceux qui s’y connectent plusieurs fois par semaine ou par jour, qui alimentent les tchats et qui y font des rencontres.
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    >Reprenant le concept de « TwitchPlaysPokemon », la chaîne twitchplays_zeldagames permet aux spectateurs de collaborer pour faire avancer Link, le personnage de « Zelda ».
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    >Luca en fait partie. Sur un serveur de la plate-forme Discord dédié à l’une de ces chaînes, il parle régulièrement avec d’autres spectateurs. « On a une belle communauté avec qui il est agréable de discuter, confie-t-il au Monde. Mais on essaye de faire en sorte que ça reste quelque chose de secret, de confidentiel. » Pour lui, il n’est pas souhaitable que ces petits groupes de spectateurs atypiques attirent trop d’attention. « Les viewers savent qu’ils sont en train de regarder une chaîne inhabituelle et apprécient et partagent cette étrangeté, considère le chercheur Mark R. Johnson. Il y a une sorte de fierté, un sentiment d’appartenance à une élite de personnes qui connaissent suffisamment le jeu vidéo et Twitch. »
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    >Au-delà des Pokémons gratuits ou de l’envie de faire avancer, à plusieurs, Link dans son affrontement contre Ganondorf, les spectateurs de lives automatisés sur Twitch ne restent en effet pas pour un quelconque streamer à la personnalité divertissante, mais bel et bien pour l’expérience collective particulière qui leur est offerte. Et à laquelle il est possible, pour une fois, de contribuer activement en tant que simple observateur.

  2. Ils n’en n’ont pas parlé dans l’article, mais je recommande [SaltyBet](https://www.saltybet.com/), un stream où des IAs s’affrontent sur M.U.G.E.N. (un moteur de jeu de combat où n’importe qui peut importer des personnages), et où le public peut parier sur le vainqueur (en argent fictif, bien evidemment)

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