Ce poteau est une retranscription d’un [thread Twitter](https://twitter.com/piRdumont/status/1461144907700219915). J’ai aimé le lire et je voulais le partager. Bonne lecture !

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Donc, j’ai visité Superphénix.

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Je veux vous faire part de ce que j’ai appris pendant cette visite parce qu’elle a encore décuplé mon admiration – déjà élevée – pour cette centrale (et donc ma rancœur pour sa fermeture…)

Si vous sortez de ce thread maintenant, je vous donne tout de suite le lien pour s’inscrire aux visites car je vous encourage vivement à la faire ➡️

[https://edf.fr/groupe-edf/produire-une-energie-respectueuse-du-climat/visiter-edf/je-m-inscris?etape\_visite\_centrale=2&poi=12822&animation=grand-public](https://edf.fr/groupe-edf/produire-une-energie-respectueuse-du-climat/visiter-edf/je-m-inscris?etape_visite_centrale=2&poi=12822&animation=grand-public)

C’est une centrale unique en France et dans le monde et le personnel y est passionné. Merci à eux.

Superphénix (SPX, situé sur le site de Creys-Malville), c’est gros. Avec une puissance de 1240 MW, c’est le plus grand réacteur du monde en démantèlement. Même en termes de taille : SPX fait 2,5 fois les dimensions de nos vieux réacteurs 900 MW. C’est un réacteur surdimensionné.

C’est tellement gros qu’à la construction, c’était trop compliqué de le doter d’un groupe turbo-alternateur de 1240 MW. A la place, SPX avait 2 groupes de 620 MW chacun (qui pouvaient fonctionner indépendamment, pratique).

Pour rappel, SPX était un réacteur à neutrons rapides. Pour générer son énergie, il fissionne des noyaux de plutonium (Pu). Son caloporteur aurait pu être du plomb ou du mercure mais c’est finalement le sodium (Na) qui aura été utilisés (pour des raisons environnementales).

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C’est cela le principal défi de Superphénix (et de son démantèlement !), car le sodium s’enflamme au contact de l’oxygène, eau ou air. Le sodium est solide mais fond rapidement (97°C) et entre en ébullition à 880°C. La température du sodium dans la cuve était de 545°C.

Dans SPX, il circulait dans deux circuits : le primaire et le secondaire. EDF a judicieusement évité de faire circuler de l’eau dans le circuit secondaire pour limiter les dégâts d’un éventuel contact entre sodium primaire et eau (qui fait boom, rappelons-le).

Ce faire permet en effet de dissocier le risque chimique (réaction Na-H2O) du risque radiologique (sodium radioactif du circuit primaire qui s’échappe). Contrairement aux réacteurs “classiques” à eau pressurisée dans laquelle l’eau est légèrement tritiée et peut donc être diluée petit à petit dans le fleuve ou la mer, c’est rigoureusement interdit avec le sodium pour des raisons évidentes.

Des méthodes outre-Manche de neutralisation par du chlore (Cl) pour former… du sel (NaCl) et le rejeter dans la mer. L’ASN veillant au grain, c’est inimaginable en France. La solution tricolore pour gérer le sodium est d’en faire de la soude et de le la couler dans du ciment.

Même si la soude est neutralisée, ces blocs de ciments sont relous. L’avantage, c’est qu’ils ne posent pas de problèmes radiologiques : l’isotope le plus radioactif du sodium a une demi-vie de 2,5 ans, autant dire que depuis plus de 20 ans d’arrêt il ne reste plus rien.

Ils ne sont plus radioactifs, mais ils sont malgré tout considérés comme des déchets TFA (très faible activité), à cause de la réglementation française très (trop ?) stricte. Cependant, même avec l’instauration d’un seuil de libération, ils ne pourraient pas être réutilisés.

Le sodium encore présent dedans contre-indique toute utilisation qui risque de les faire s’exposer à de l’eau, et par les grandes chaleurs ils suintent de la soude ce qui en fait un risque chimique. Raison pour laquelle ça fait suer l’ANDRA de devoir s’en charger.

En effet, les stocker de façon permanente demanderait un investissement démesuré devant un risque ☢️ zéro; mais dans le même temps EDF n’a pas le droit de les garder indéfiniment du fait de leur caractère de “déchet”. La solution ne serait pas d’arrêter de les considérer ainsi ?

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Parenthèse chauvine : j’ai fait la découverte de la Marcalina, poudre développée par le CEA pour éteindre les éventuels feux de sodium (on préfère ne pas jeter de l’eau dessus, pour les raisons évidentes susnommées).

Le nom vient de :

* Marcelline pour les premières lettres : inventeuse de la poudre,
* Li car elle contient du lithium, et
* Na parce qu’elle permet d’éteindre du sodium (Na)

Maintenant, l’histoire de la fermeture (ridicule). Le prototype Superphénix a fonctionné de 1986 (super timing) à 1997.

La vie de SPX est parsemée de périodes d’arrêts malgré ses performances remarquables (plus de 40% de rendement contre \~33% pour les autres réacteurs, etc.) Suite à un arrêt prolongé, une enquête publique est menée (la loi prévoit cela pour tout type d’installation dotée d’éléments tournants), dont les résultats sont favorables à Superphénix. Cependant, le réacteur n’est plus à mission de production d’électricité mais expérimentale. Mais après un nouvel arrêt pour la visite décennale, notre chère Corinne Lepage, ministre de l’Environnement sous le gouvernement Juppé (!) pousse pour la fermeture définitive en arguant que l’enquête publique a été menées sur les alternateurs, et non sur le réacteur lui-même !

Et c’est ainsi qu’il ne redémarra plus jamais. Il aurait dû vivre au moins trente ans.

Ce fut un véritable traumatisme, au point que même les lignes hautes tensions qui raccordaient le site ont été démantelées. EDF veut oublier. 30ha de panneaux PV sont déjà prévus pour le site.

Le chantier avance bien. La cuve sera retirée en 2026 et la dernière démolition en 2039. Le démantèlement coûtera 1 à 2 Md€, contre 10 Md€ pour la construction et la maintenance le long de la vie du réacteur. Que ceux qui disent qu’on ne sait pas démanteler viennent à SPX.

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La perte de Superphénix est une tragédie à 4 titres majeurs.

Economique d’abord bien sûr. SPX devait être rentable et on a amputé injustement EDF de ses revenus pour des lubies de trois écolos et demi. On s’étonne de la santé économique du groupe ensuite.

Industriel et scientifique ensuite. A l’heure où tous les pays nucléaires du monde regardent vers la génération IV, la France aurait pu avoir des décennies d’avance et être leader mondial. A la place, la France aura des décennies de retard.

Stratégique aussi. Superphénix a été imaginé avant la découverte des grands gisements d’uranium et devait permettre à la France de ne plus subir le prix de marché de l’U235 et devenir indépendante de ses importations pendant des siècles.

Ecologique enfin. Chaque MWh que n’a pas produit SPX a été remplacé par de la production fossile i.e. climaticide. De plus, SPX offrait une possibilité de transmutation des déchets nucléaires en réduisant la période radioactive des pires actinides mineurs de 100000 ans à 300 ans.

Le réacteur fissionne du plutonium mais transforme au passage plus d’uranium 238 (abondant sur Terre) en plutonium. Il produit plus de combustible que ce qu’il consomme, quel écologiste n’a jamais rêvé d’un moteur pareil ?

C’est pour cela qu’à bien des égards la fermeture de Superphénix est bien plus grave que celle de Fessenheim. L’abandon du programme ASTRID, qui devait faire renaître les réacteurs à neutrons rapides en France, relève d’un entêtement irresponsable.

En tant que citoyens il est temps de faire entendre notre voix, et de faire renaître Superphénix de ses cendres.

[https://www.voix-du-nucleaire.org/devenir-adherent/](https://www.voix-du-nucleaire.org/devenir-adherent/)

[http://www.pnc-france.org/devenir-membre-pnc-france/](http://www.pnc-france.org/devenir-membre-pnc-france/)

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:’-)

6 comments
  1. J’ai vu une vidéo il y a 2-3 jours là dessus (je ne connaissais pas avant) et ça me désole de voir qu’on ait arrêté un tel projet. De même pour ASTRID d’ailleurs où notre future énergie est en jeu. En tant qu’électeur EELV – LFI, je suis pro nucléaire (mix énergie renouvelable) et ça me désole de voir dans les programmes de gauche tant de critique sur le nucléaire, qu’il faut arrêter cela ect. Pourtant c’est un investissement coûteux aujourd’hui mais qui nous fera rester une grande puissance dans les années à venir et c’est bien dommage de juger le nucléaire sur ces seuls déchets radioactifs (surtout que comme tu le répètes, les déchets étaient moindres dans ce projet).
    On s’en mordra dans les années à venir, ça c’est sûr

  2. Ca me parait très partisan cet article quand même.

    Utiliser le sodium comme fluide caloporteur était le plus gros pb du Superphénix : il se solidifie à moins de 100°C donc il faut le maintenir chaud sinon tout se bouche, la moindre fuite dans l’échangeur et tout explose…

    Dans mon souvenir c’est ce point qui a fait arrêté le projet, trop de problème de sécurité lié au fluide caloporteur.

    Je crois aussi qu’il réagit assez mal au contact de l’air…

    Après je suis d’accord qu’il aurait fallu continuer les recherches dans ce domaine et non tout arrêter brutalement.

  3. C’est super triste à lire… J’espère qu’il va y avoir un commentaire qui explique que tu racontes n’importe quoi.

  4. L’histoire de se réacteur est super intéressante en effet. Je suis de la région et mon père était journaliste au Dauphiné Libéré au moment des faits et m’en a relaté pas mal quand j’étais petit. Il a quelques photos cool qui n’ont jamais du tourner du genre du toits des turbines qui était tombé sous la neige, et du cœur, j’aimerai bien retomber dessus.

    Il m’a aussi relaté que EDF avait tenté de démontrer que le sodium est en fait plutôt “sûr” à l’air libre en allant jusqu’à en chauffer une petite quantité dans une poêle (sans que ça ai pris feu).

    Pendant la période du chantier ce projet avait vraiment tout vu (pourtant avant Tchernobyl): manif écolo massives avec des gros moyen derrière (que les renseignement avaient clairement identifiés comme proche de lobbies pétroliers étranger à l’époque) avec un drame à la clé (encore une grenade), il y a aussi eu une attaque à la roquette… de quoi faire un film.

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