
Il y a 45 ans aujourd’hui, le bertsulari basque Xalbador est mort à Urepel en Basse-Navarre. Voici un petit extrait d’un documentaire dédié à sa mémoire

Il y a 45 ans aujourd’hui, le bertsulari basque Xalbador est mort à Urepel en Basse-Navarre. Voici un petit extrait d’un documentaire dédié à sa mémoire
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[Xalbador](https://fr.wikipedia.org/wiki/Xalbador) – berger, poète, écrivain – est l’un des plus grands bertsularis de tous les temps. Grâce à son talent naturel dans l’art d’improvisation orale, qu’on appelle en basque ‘bertsularitza’, il avait déjà gagné grand renom à chaque côté de la frontière politique avant sa mort en 1976, le même jour où ses amis lui offraient une célébration de ses œuvres littéraires.
Le bertsularitza consiste essentiellement dans la composition spontanée de vers sur un thème donné, en respectant à tout moment le rythme et la mélodie. On peut pratiquer le bertsolaritza de maintes formes. Par exemple entre amis dans un environnement détendu et intime, ou bien devant un grand public avec d’autres bertsularis dans un tête à tête.
Les thèmes qu’il traite dans sa poésie vont de l’amour pour la nature jusqu’à Dieu.
Les trois femmes qui apparaissent à la fin forment un chœur, Aire Ahizpak. Elles sont les nièces de Xalbador et elles mettent en musique ses vers:
>Ene haur onak, badakit
>Luzaro gabe engoitik
>Joanen naizela mundutik.
>Arbason ganik ukan dohaina
>Ez utz sekula eskutik,
>aldegitean hemendik
>heier erraitea gatik
>Etxea han dago xutik
Mes chers enfants, je sais
que désormais avant longtemps
je m’en irai de ce monde.
Le legs de vos ancêtres
ne le laissez jamais quitter vos mains,
en quittant ce monde
que je puisse leur dire :
la maison est là-bas debout !
Parmi les vers oraux improvisés qu’il avait composé, peut être que c’est celui-ci qui me touche le plus au coeur. Il est intitulé Herria eta Hizkuntza (Terre et Langue). Traduction ci-dessous :
>Iragan egun batez, ostatu batean
>Bi lagun ari ziren ez ta ba betean;
>Biak ziren euskaldun zintzoak ustean,
>Hala ere ezin adi elgarren artean;
>Entzuten egona naiz omore tristean.
>Ez dut osorik hartu baten parabola,
>Erderaz mintza baitzen, berak jakin nola:
>Gure herri maiteaz zuela axola,
>Hau, bere gain baharra, bertzen men dagola,
>”Gora Euskal Herria”, frantsesez ziola.
>Bertzea oldartu zen euskera garbian:
>”Gure hizkuntza ez da galduko agian!
>Hori dugu berexik guk Euskal-herrian,
>Gainerakotan gaude bertzen negurrian;
>Frantses eginak gira joan den aspaldian!”
>Bi gizon horietan, zugaitz onekoa
>Batek ondoan zuen, bertzeak ostoa;
>Gauza arrado hori ez dut gustokoa,
>Mendian bizi arren, dut ikustekoa
>Gaztainaren aldaxkez jantzirik pagoa.
>Bat herria goratzen arrotz baten gisa,
>Arrotz nahiak berriz herriaren hitza;
>Gureak ja egin du, gaiten garbi mintza,
>Lano pean bezala galduak gabiltza,
>Ez daizke bi nagusi batean zerbiltza!
>Elgarri direlakotz bi gizon jazarri,
>Gauza bat bera dute bi pusketan zarri;
>Gauza bat bera dute bi pusketan zarri;
>Erakatxi hahi dut nik puskak elgarri,
>Gure hizkuntza eta gure Euskal-herria.
>Konparatzen baitut izaite bateri.
>Anai-arrebak, entzun ene aho-otsa:
>Izaite bat ez daike hezur hutsez osa;
>Herria da gorputza, hizkuntza bihotza;
>Bertzetik berextean bitarik bakotxa,
>Izaite horrendako segurra hil hotza.
>Batzu herriaz orroit, euskeraz ahantzi
>Bertzek euskera maite, herria gaitzetsi;
>Hizkuntza ta herria berex ez doatzi
>Berek nahi daukute konpreniarazi
>Bata bertzea gabe daizkela bizi.
Un jour passé, dans un bar,
Deux amis étaient en grande discussion ;
Ils étaient apparemment de vrais basques,
Mais ils ne pouvaient se comprendre ;
Je les ai écoutés avec beaucoup de tristesse.
Je n’ai pas bien compris la contradiction de l’un,
Il parlait en langue étrangère, lui seul savait comment :
Il était inquiet pour notre cher pays,
qui à son grand désespoir était aux mains des autres;
Il disait en français : « Vive le Pays Basque »
L’autre se révoltait dans un basque pur :
« Notre langue ne se perdra pas je l’espère !
C’est ce que nous avons de différent au Pays Basque,
Pour le reste nous sommes comme les autres ;
Nous sommes devenus français depuis bien longtemps ! »
Ces deux hommes, de bonne souche,
L’un portait le fruit, l’autre la feuille ;
Cette chose étrange me met mal à l’aise,
Bien qu’habitant la montagne, j’ai encore à découvrir
Un hêtre aux branches de châtaignier
L’un glorifiait le pays tel un étranger,
L’autre qui se veut étranger porte la parole du Pays ;
Il en est fait de nous, parlons clair,
Nous sommes comme perdus dans le brouillard,
On ne peut pas servir deux maîtres à la fois !
Parce que deux hommes se sont querellés,
C’est une seule et même chose qu’ils ont mise en morceaux ;
Je veux rassembler ces morceaux,
Notre langue et notre Pays Basque.
Parce que pour moi ils sont un seul et même être.
Mes frères et sœurs, écoutez-moi,
Un être ne saurait être fait que d’os ;
Le pays est le corps, la langue son cœur ;
Si on les sépare,
C’est la mort assurée.
Certains se souviennent du pays, mais oublient l’euskara
D’autres aiment l’euskara, mais dénigrent le pays ;
Le pays et la langue ne peuvent être séparés,
Ils veulent nous faire comprendre
Qu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre.
Déçu que sa carrière de pirate de l’espace soit passée sous silence.