Marine Le Pen visée par un rapport de l’antifraude européenne

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  1. La candidate d’extrême droite à la présidentielle et ses proches sont accusés par l’Office européen de lutte antifraude d’avoir détourné plus de 600 000 euros au cours de leur mandat d’eurodéputé, selon un rapport révélé par « Mediapart ».

    Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)
    Publié aujourd’hui à 17h29, mis à jour à 17h44
    Temps deLecture 4 min.

    Marine Le Pen et ses proches sont une nouvelle fois soupçonnés d’avoir détourné de l’argent du Parlement européen dans le cadre de leur mandat d’eurodéputé. Selon un rapport de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), révélé par le site Mediapart samedi 16 avril, « l’incidence financière des faits constatés s’élève à au moins 617 379,77 euros ». Le dossier a été transmis au parquet de Paris, le 11 mars, et au Parlement européen, qui, de son côté, pourrait demander le recouvrement de ces sommes.

    La candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle se voit reprocher d’avoir mal utilisé 136 993,99 euros d’argent communautaire quand elle était députée européenne, entre 2004 et 2017. Son père, Jean-Marie Le Pen, aurait pour sa part détourné 303 545,76 euros. Le rapport cite également Bruno Gollnisch pour 43 257 euros, le groupe politique d’extrême droite Europe des nations et des libertés (ENL) pour 131 089 euros et l’ancien compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, pour 2 493,22 euros.

    Les faits mis au jour « sont susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales contre les anciens députés (…) pour les agissements frauduleux qu’ils ont commis au détriment du budget de l’Union », juge l’OLAF, qui parle d’« escroquerie », de « faux », d’« abus de confiance », de « détournements de fonds publics » à des fins de politique nationale ou personnelles, de surfacturation, voire de prestations « fictives », au profit de sociétés gravitant souvent dans la nébuleuse frontiste, ou encore de « conflits d’intérêts ».

    129 bouteilles de vin et de champagne
    Les exemples sont légion. Ainsi, le Parlement européen a remboursé pour 23 100 euros d’objets promotionnels (sacs, stylos et autres porte-clés) qui ont été livrés au siège du parti et, note l’OLAF, qui « semblent avoir été achetés pour le congrès du FN à Lyon » en 2014. Cette même année, Marine Le Pen et son père ont chacun présenté à l’Assemblée législative communautaire une facture de 5 000 euros censée concerner la création d’un site Internet à leur nom. Lesquels « n’ont jamais été créés », affirme l’OLAF.

    Le rapport évoque aussi ces « demandes de remboursement personnel » de la part de Jean-Marie Le Pen, qui, le 28 décembre 2016, à quelques jours du réveillon, a commandé 129 bouteilles de vin et de champagne pour plus de 8 500 euros et en a présenté la facture à l’institution de Strasbourg. Or, 113 de ces bouteilles ont été livrées à son manoir de Montretout (Hauts-de-Seine), où le fondateur du Front national (FN) a ses bureaux. Il n’a transmis « aucun élément prouvant que cette commande avait un rapport avec ses activités au Parlement européen », note l’OLAF.

    Dans son rapport de 116 pages, l’Office européen de lutte antifraude rapporte également cette scène édifiante, qui se passe en 2010, à l’occasion d’une réunion portant sur « Les régions et l’Europe face à la crise financière » et au titre de laquelle Marine Le Pen a demandé le remboursement de 5 000 euros pour les frais d’hôtel et de déplacement des treize cadres frontistes qui y assistaient. C’est l’un d’entre eux qui a écrit à l’OLAF pour l’informer qu’en réalité il s’agissait de préparer l’élection pour la présidence du FN, prévue six mois plus tard. Selon son récit, Marine Le Pen aurait alors sorti un drapeau européen de son sac, que ses collaborateurs auraient accroché au mur afin d’en prendre des photos et de les transmettre au Parlement européen, avec la facture. « Rangez-moi cette merde », aurait-elle lancé une fois la séance photo achevée, en montrant le drapeau.

    « Coup tordu, mensonges… »
    Dans l’entourage de Marine Le Pen, les réactions ne se sont pas fait attendre après les révélations de Mediapart. « Les Français ne seront pas dupes des tentatives de l’Union européenne [UE] et des institutions européennes » pour « s’ingérer dans la campagne présidentielle et nuire à Marine Le Pen », a ainsi commenté le président du RN, Jordan Bardella, invité de l’émission « Le Grand Rendez-Vous » Europe 1-Les Echos-CNews, dimanche 17 avril. « Coup tordu, mensonges, violence verbale… Je pense que l’équipe Macron est tellement fébrile qu’elle est prête à tout. L’UE vient au secours de son petit soldat », a pour sa part estimé sur RMC Laurent Jacobelli, le porte-parole du RN.

    Marine Le Pen est déjà mise en examen pour « détournement de fonds publics » communautaires depuis 2018 dans une autre affaire, celle des assistants parlementaires européens. Elle est soupçonnée, comme d’autres ex-eurodéputés du FN, d’avoir fait travailler pour son parti des collaborateurs payés par l’institution de Strasbourg. Celle-ci lui réclame, à ce titre, 339 000 euros. Des saisies sur salaire et sur ses frais généraux, du temps où Mme Le Pen était encore eurodéputée, lui ont permis de se rembourser très partiellement. Mais, à ce jour, si l’on tient compte des taux d’intérêt pour retard, la candidate du RN doit encore un peu plus de 315 000 euros au Parlement européen.

    Au total, dans l’affaire des assistants parlementaires, le Parlement européen a déjà recouvré près de 800 000 euros auprès d’anciens eurodéputés, dont Bruno Gollnisch (élu entre 1989 et 2019) ou Jean-Marie Le Pen (entre 2004 et 2019). Le fondateur du FN s’est pour sa part vu saisir près de 300 000 euros sur son salaire puis sur sa retraite.

    Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)

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