La juge Isabelle Prévost-Desprez : « J’ai eu face à moi un président de la République qui attaquait mon impartialité »

by lieding

4 comments
  1. > […] **Je ne serais pas arrivée là si…**

    > … Si je n’avais pas résisté à la pression dans l’affaire Bettencourt. J’ai eu face à moi un président de la République qui attaquait mon impartialité. Un 14-Juillet, ma mère m’avait appelée, affolée : « Nicolas Sarkozy vient de parler de toi à la télé ! » A l’époque, je disais : moi, je ne suis qu’une juge. Puis j’ai compris que les moyens de l’État allaient être utilisés. Une enquête a été ouverte contre moi pour violation du secret professionnel, pour me dessaisir du dossier. Résister à ça, c’était incarner une forme d’indépendance. Je n’ai pourtant jamais eu ni ce but ni cette volonté. […]
    Personne ne pense un instant que j’ai été déloyale. C’était de la manipulation. Mais quand j’ai été mise en examen et renvoyée devant le tribunal correctionnel, ça a été difficile à vivre. Je continuais à exercer, il y avait une perquisition à mon domicile et le lendemain hop, je présidais une audience. On s’étonnait : « Madame le président, en plus vous êtes là ! » Eh bien oui, je continue. [… elle finira définitivement relaxée en 2017.]

    > **[…] Vous n’avez jamais craqué ?**

    > J’ai pleuré, une seule fois. C’était après l’audience à la cour d’appel [de l’affaire Bettencourt], je me sentais mal. Mon fils m’a poussée à voir la cardiologue. Quand je me suis levée pour partir, elle m’a dit : non, vous allez vous faire opérer ! Je faisais un infarctus. Une fois à l’hôpital Cochin, j’ai dit à mes enfants : « Ils m’ont eue. » J’ai craqué, mais c’était l’unique fois. J’avais été placée sur écoute dans l’affaire Bettencourt, surveillée dans ma vie personnelle en plein divorce… Il faut s’attendre à tous les coups quand on enquête sur une affaire sensible.

    > **[…] En février 2021, Vincent Bolloré a reconnu face à vous, à la barre, pour la première fois de sa carrière, des faits de corruption active en Afrique. Il espérait éviter un procès et payer des amendes négociées avec le Parquet national financier, mais à la surprise générale, vous l’avez renvoyé devant le tribunal correctionnel. Qu’avez-vous ressenti ?**

    > […] Cette fois, la décision avait déjà été présentée comme acquise. La veille, l’avocat de Vincent Bolloré était venu me voir : « Tout va bien se passer demain »… Quand je lis le dossier, je vois tout de suite qu’il y a un truc qui ne va pas du tout. Alors je statue en juge indépendant. Même le greffier a ouvert des yeux ronds de surprise.

    > Vincent Bolloré était en colère, ses proches ont dit que j’étais hystérique et imprévisible. Mais c’est extrêmement prévisible. Je ne joue pas avec les gens, je ne fais pas subir un préjudice de réputation pour le plaisir. On ne met pas en garde à vue le PDG d’un grand groupe sans la quasi-certitude qu’il sera renvoyé devant le tribunal correctionnel, ni en examen un homme ou une femme politique s’il n’y a pas grand-chose dans le dossier. […]

  2. C’est tout de même dingue de voir qu’une personne comme elle, magistrate importante, puisse être vulnérable aux pressions des politiques et c’est d’autant plus louable qu’elle ait tenu bon.

  3. et il faut voir comment ca pousse du coté des droitards pour essayer de s en prendre aux juges. c est un theme récurrent de l ed, repris par la droite. pourquoi? parce que lorsque tout le monde plie devant vous lorsque vous enfreignez la loi, il ne reste plus que le pouvoir judiciaire pour éventuellement vous mettre en cause.

    les delinquants ou meme les criminels en col blanc osent tout lorsqu ils sont politiques.

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