« Si je n’ai pas le télétravail, ma vie est complètement dédiée à mon entreprise » : des salariés en grève contre le recul du travail à distance

by Folivao

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  1. **Chez Free et à la Société générale, des salariés contestent des annonces de réduction du télétravail, mises en place au nom de l’efficacité et de la cohésion. Mais les salariés ne veulent pas lâcher un système désormais vécu comme un nouveau droit social.**

    Une bouffée d’oxygène. Quand le télétravail est entré dans les mœurs, durant la pandémie de Covid-19, Thibault (le prénom a été modifié), 46 ans, a trouvé un meilleur équilibre entre ses vies professionnelle et personnelle. « Cela m’a permis de voir mes enfants se lever le matin et de les coucher le soir, ce qui fait une grande différence. Et le poids de la gestion des enfants ne reposait plus uniquement sur ma femme. Si je n’ai pas le télétravail, ma vie est complètement dédiée à mon entreprise du matin au soir, transport inclus », raconte ce salarié de la Société générale, devenue SG en 2023. Le 27 juin, il est de ceux qui, comme beaucoup, se sont mis en grève pour contester l’annonce d’une réduction du télétravail dans la banque. Jeudi 3 juillet, comme tous les salariés, il était appelé par les syndicats à venir « sur site » en arborant un ruban vert, pour manifester sa détermination.

    Quarante-huit heures auparavant, mardi 1er juillet, c’était chez Trax, l’entité audiovisuelle de Free (fondé par Xavier Niel, actionnaire à titre individuel du Groupe Le Monde), qu’un mouvement social était lancé contre des mesures restreignant le télétravail. « Cela va avoir un gros impact sur ma vie, cela fait plus de cinq ans que j’ai organisé mon quotidien avec », témoigne un développeur, qui a souhaité garder l’anonymat.

    « Les conditions de travail et de communication avec la direction se dégradent depuis plusieurs mois. Free impose de nouvelles restrictions. Ils nous ont mis une badgeuse à l’entrée. Ils reviennent sur des avantages qui nous font perdre en autonomie », alerte Pierre-Damien Zamoun, délégué central de Printemps écologique, le syndicat qui, avec Force ouvrière (FO), a lancé le mouvement de grève.

    A la SG comme chez Free, la réduction du droit à télétravailler ne passe pas. Et ils ne sont pas les seuls. Dans plusieurs entreprises, il est devenu compliqué de revenir en arrière sur le travail à distance, perçu comme un droit « conquis » que les salariés ne veulent pas lâcher, car il incarne leur liberté d’organisation.

    **Des salariés destabilisés, inquiets**

    Fin 2024, la très grosse grève qui avait paralysé le numéro un français du jeu vidéo, Ubisoft, était largement due à des mesures de limitation du télétravail. Un an avant c’était le cas de Publicis, de Google, et même de Zoom, qui les premiers avaient retreint le télétravail dans une première vague de « retour au bureau ». Le phénomène dépasse d’ailleurs les frontières : en février, un vent de fronde avait balayé le fournisseur d’énergie espagnol Holaluz, provoquant des démissions en masse et une grève massive après la suppression du « teletrabajo ».

    Et la révolte gronde, même si la diminution paraît minime. Dans la banque rouge et noire, un e-mail du directeur général, Slawomir Krupa, a annoncé, le 19 juin, à l’ensemble des 119 000 collaborateurs du groupe sa volonté de passer à un jour par semaine, contre deux aujourd’hui pour la grande majorité des salariés. Chez Free, un courriel annonçait, en mai, qu’une nouvelle « charte télétravail » s’appliquerait dès le 1er juillet à l’ensemble des entités du groupe Iliad (Free SAS, Free Réseau, Réseau Optique de France, Free Mobile, Assunet, Iliad SA, Freebox et Trax) pour ramener de huit à six le nombre de jours de travail à distance autorisés chaque mois. Dans les deux cas, les salariés se disent trahis, déstabilisés et inquiets. « On a toujours considéré le télétravail comme une compensation, une contrepartie à la détérioration des conditions de travail. Aujourd’hui, on veut nous la retirer », déplore Morgan Ernoux, déléguée syndicale CGT SG.

    Pourtant à la SG comme chez Free, le nouveau rythme de télétravail rejoindrait la pratique normalisée au niveau national à près de deux jours par semaine, selon l’Insee. Tout comme chez Michelin, dont l’accord du 18 juin a limité le télétravail à deux jours pour « garantir la cohésion des équipes » et « renforcer le sens du collectif » ou Stellantis revenu à deux jours par semaine depuis le 1er juin notamment « pour mieux accueillir les nouveaux arrivants ». Les employeurs invoquent la cohésion, l’importance de la proximité pour une bonne collaboration, l’harmonisation des usages entre les métiers pour justifier leurs décisions.

    « Dans un groupe comme le nôtre, où nos clients sont au cœur de notre action, il nous paraît nécessaire d’harmoniser les pratiques de travail avec celles des équipes commerciales qui s’engagent au quotidien à servir les clients », détaille le e-mail de Slawomir Krupa. De son côté, la direction de Free explique que « trouver le bon équilibre entre le télétravail et les temps de présence sur site est essentiel pour faire vivre cette cohésion et cette agilité ».

    Alors pourquoi la réaction des personnels est-elle aussi vive ? Sur le fond, parce qu’« aux yeux des salariés, le télétravail est non seulement un droit acquis, mais surtout la partie visible de l’autonomie à laquelle ils aspirent », analyse Benoît Serre, l’ex-vice-président de l’Association nationale des DRH. Cette normalisation est vécue comme une atteinte à leur liberté, parce qu’elle empiète sur leur marge de manœuvre pour s’organiser. « On a touché à quelque chose de presque sacré », commente Philippe Fournil, délégué national CGT chez SG.

    **Arguments à géométrie variable**

    « Avant le télétravail, il y a des choses que je ne pouvais pas me permettre de faire en semaine, comme aller chez le dentiste ou faire une prise de sang », raconte Céline (qui n’a pas souhaité donner son nom), qui vit à Tours et travaille à Paris à la SG. « Etre chez soi permet d’être plus reposé, de ne pas avoir les transports et, au final, d’être plus productif. On sent que la direction a une espèce de peur du télétravail, alors que le réduire s’avère contre-productif », juge, de son côté, un développeur de Free.

    La nouvelle charte de Free entre dans les moindres détails pour qui veut télétravailler : validation de la demande par la hiérarchie, adresse du télétravail qui doit être celle du bulletin de paie, liste du non-respect des règles entraînant l’arrêt du droit à télétravailler. « La marque employeur de Free c’est “être libre” et, aujourd’hui, la direction nous dit qu’ils ne peuvent pas nous garantir que dans six mois il y aura toujours du télétravail », argue Pierre-Damien Zamoun.

    Sur la forme, les syndicats se disent évincés. « Comment voulez-vous négocier quand la règle de base prévoit que, quoi qu’il arrive, ce sera un jour de télétravail maximum ? », s’indigne Khalid Bel Hadaoui, délégué syndical national CFDT SG. Même constat chez Free, où Ndèye Yacine Sidibe, déléguée syndicale FO et secrétaire du CSE d’Iliad, affirme qu’il n’y a eu ni dialogue social ni accord des élus sur la nouvelle doctrine.

    Enfin, les arguments à géométrie variable laissent accroire que la motivation des directions est ailleurs. En 2024, c’était au nom de la sécurité que Free annonçait la suppression du télétravail dans les centres d’appels, après une fuite de données de 19 millions de ses abonnés. Aujourd’hui, c’est pour la cohésion d’équipe. « A mes yeux, leur objectif est de dégraisser les équipes. Ils veulent que les salariés soient dégoûtés et partent », analyse Ndèye Yacine Sidibe.

    La crainte de réduction d’effectif est partagée par les salariés de la SG et nourrie par les conséquences de la mise en place du flex-office ces dernières années, comme en témoigne Morgan Ernoux : « En flex, il n’y a plus rien qui vous appartient, le poste de travail est dépersonnalisé. Mais il y avait le télétravail. La pilule est passée comme ça. »

  2. Et ils ont raison, le micro management qui nécessite que les gens soient au bureau pour en faire autant voire moins c’est archaïque. Grand bien leur fasse à ceux qui supportent pas d’être chez eux, mais laissons ceux qui veulent rester à la maison le faire.

  3. > Aujourd’hui, c’est pour la cohésion d’équipe. *« A mes yeux, leur objectif est de dégraisser les équipes. Ils veulent que les salariés soient dégoûtés et partent »*, analyse Ndèye Yacine Sidibe. 

    This. L’économie se contracte, les boites veulent réduire les coûts, et plutot que de lancer un plan social, forcement mal vécu, elles préfèrent dégrader les conditions de travail afin de faire partir des gens, avant de lancer le dit plan social.

    Ce qui est, indépendamment de la moralité, une approche bien débile : ceux qui partent en premier, c’est pas plus plus dégouté, c’est ceux qui ont le plus de chances de retrouver ailleurs, donc les profils les plus interessants…

  4. En tant que manager d’une équipe qui fait du télétravail tous les jours en Pologne ça m’insupporte de voir que certains clients essayent de mettre des clauses contractuelles pour nous forcer a faire revenir notre staff en travail hybride a minima. Le télétravail fonctionne très bien et bien sur c’est les boomers payés 5 fois plus que mes gars qui font le forcing pour forcer le retour au bureau. Je trouve ça degueulasse tout simplement. Cohésion d’équipe mais oui …

  5. D’un côté je comprends qu’eux se plaignent vu qu’ils pourraient avoir mieux, de l’autre vu les cas énoncés ça reste probalement parmis les travailleurs les plus privilégiés de France donc moi je ne vais pas forcément les plaindre.

  6. Ils vont voir le cout global des salaires augmentés avec la fin du télétravail.

    Ceux qui sont bon et cherchent du teletravail : vont quitter pour une compagnie qui le propose.

    Ceux qui sont bon et qui sont sous payés : Vont quitter vers une autre entreprise avec un meilleur salaire.

    Ceux qui vont rester : ceux qui ne réussissent pas – ou ne veulent pas à changer d’entreprise..

  7. Sinon, vu que pas mal d’emploi ne peuvent pas être aménagé en télétravail, on pourrait aussi réduire le temps de travail pour que tout le monde puisse trouver “un meilleur équilibre entre ses vies professionnelle et personnelle”, non ?

    Je trouve ça un peu triste que dans l’équation “les travailleurs doivent se dévouer corps et âme pour leur entreprise, les entreprises minimisent les coûts, rendant le travail détestable et douloureux, les travailleurs en échange ont droit au télétravail” ce qui fait gueuler c’est qu’on touche à la troisième partie, alors que clairement le problème c’est les deux premiers…

  8. Des fois j’ai l’impression que le but de bcp d’employeurs c’est même pas de produire le plus possible, mais de rendre la vie des travailleurs la plus désagréable possible.

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