Dans les cabinets de conseil, des « armées de clones » issus des grandes écoles

8 comments
  1. Intéressé par l’article aussi, si qqn peut C/C.

    Autrement, de ce que je lis, ça me fait penser à ce que je vois dans mon taff. Je bosse dans l’audit, et c’est vrai qu’on nous pousse toujours à se conformer aux méthodes de travail et réflexion qu’on a toujours eu. Et vu qu’on est au contact permanent des grands dirigeants, faut s’adapter et adopter leur mode de communication et de réflexion. Fin ça on pourrait en parler des heures.

  2. Pour y avoir bosser ces structures sont un vaste scam donc l’unique but est de se tailler une réputation élitiste en communiquant sur le taux d’élèves sortant de grande écoles dans son effectif. En réalité ces boîtes se gavent sur les contrats publics et le Crédit Impôt Recherche a base de d’études de piètre qualité pondues par des jeunes recrues peu expertes et formatées.

  3. Les plus prestigieux recrutent l’essentiel de leurs troupes dans une poignée d’établissements sélectifs, où les étudiants viennent avant tout de milieux très aisés. Un entre-soi qui peut conduire à une certaine déconnexion.

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    C’est comme si l’exercice du « portrait-robot » avait été fait pour eux. Des diplômés bien nés et issus d’une même poignée restreinte de grandes écoles parisiennes : il y a souvent un goût de déjà-vu dans le profil des recrues des cabinets de conseil, ces machines d’influence exposées sur le devant de la scène médiatique ces dernières semaines.

    Les cabinets de conseil ont été les invités surprises de la campagne présidentielle, avec un enjeu connu dans un cercle d’initiés mais peu du grand public : [leur poids grandissant dans la conduite des affaires publiques](https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/03/17/les-cabinets-de-conseil-une-machine-installee-au-c-ur-de-l-etat_6117909_823448.html). Déjà omniprésents dans les hautes sphères dirigeantes du secteur privé, les consultants ont vu leurs contrats conclus avec l’Etat _« plus que doubler »_ entre 2018 et 2021, révélait ainsi en mars le rapport d’une commission sénatoriale.

    Leurs noms ont jailli dans le débat public : McKinsey – sous le coup de l’ouverture d’une [enquête préliminaire](https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/04/06/affaire-mckinsey-le-parquet-national-financier-a-ouvert-une-enquete-preliminaire-pour-blanchiment-aggrave-de-fraude-fiscale_6120839_823448.html) du Parquet national financier pour « blanchiment aggravé de fraude fiscale » –, Boston Consulting Group (BCG), EY, Accenture, PwC… Des cabinets pour la plupart internationaux qui, à Paris, ont l’oreille des leaders du CAC 40 et ont eu notamment une influence importante dans la gestion de la crise sanitaire. Pour les jeunes diplômés, des espaces prestigieux et stimulants, autant que des rampes de lancement ; depuis des années, l’insertion en cabinet de conseil est l’un des débouchés naturels des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs, au sein desquelles ces entreprises recrutent des cohortes entières tous les ans.

    Et, malgré la concurrence d’une « tentation start-up » qui a point au début des années 2010, leur attractivité ne se dément pas : 24 % des diplômés d’écoles d’ingénieurs et 20 % de ceux d’écoles de commerce se dirigent vers ce secteur, selon l’enquête de 2021 de la Conférence des grandes écoles. _« Plus de la moitié de nos étudiants placent le conseil en stratégie, qui a su se positionner sur les enjeux recherchés des technologies et du développement durable, comme leur secteur d’activité favori »_, souligne Emilie Autissier, responsable carrière à HEC, où un tiers des diplômés s’insèrent dans le consulting.

    Lire aussi : Article réservé à nos abonnés [Cinquante ans après son ouverture aux femmes, Polytechnique reste un bastion masculin](https://www.lemonde.fr/campus/article/2022/04/11/cinquante-ans-apres-son-ouverture-aux-femmes-polytechnique-reste-un-bastion-masculin_6121697_4401467.html)

    D’autant que le marché du conseil est en pleine croissance : en France, il a doublé de taille en dix ans. _« Nous faisons face à un monde de changements et d’incertitudes, avec des besoins de conseil en hausse. On surfe sur cette vague et on a recruté, en 2021 et 2022, des contingents record »_, explique Camille Egloff, DRH du cabinet BCG, qui refuse néanmoins de communiquer le nombre de recrutés – une « culture de la discrétion » également partagée par son concurrent, le cabinet américain Bain. Ce dernier avance toutefois un tiers de recrutements supplémentaires à Paris en 2021 par rapport à 2018-2019 et un volume de candidats jamais vu, avec 6 000 candidatures annuelles, contre 4 000 auparavant.

    Continuité de la formation
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    Pour ces jeunes postulants, l’insertion en cabinet de conseil est envisagée comme une continuité de la formation, à la manière d’un troisième cycle d’apprentissage. Capucine Mayol, diplômée de Sciences Po Paris et consultante en santé publique à PwC, était attirée par la diversité des missions et l’opportunité de rencontrer une multitude d’acteurs, condition essentielle pour _« construire_ [s]_a culture du secteur de la santé »_. _« C’est vraiment là que j’ai eu le sentiment de monter en compétence. On a des sessions de formation très régulières, et puis on est rapidement mis face au client »_, raconte la femme de 24 ans.

    _« Ces cabinets sont un maillon central de la fabrication des élites économiques et de leur circulation_, analyse Sébastien Stenger, chercheur à l’Institut supérieur de gestion et auteur de l’ouvrage _Au cœur des cabinets d’audit et de conseil_ (PUF, 2017). _Les jeunes recrues y font un apprentissage intensif du langage du pouvoir économique, de ses codes, d’une certaine discipline et y construisent un carnet d’adresses. C’est un accélérateur de carrière qui permet ensuite d’accéder à des postes de direction dans de grandes entreprises. McKinsey est d’ailleurs surnommé “l’usine à CEO”. »_

    Intégrer les cabinets qui tiennent le haut du pavé, c’est être propulsé parmi les 3 % de Français les plus riches, avec des salaires d’entrée annuels compris entre 50 000 et 70 000 euros brut – et 150 000 euros au bout de cinq ans, a estimé Sébastien Stenger. _« Mais au-delà de ces rétributions objectives, il y a une dimension de prestige social : ces recrues, vainqueurs de la compétition scolaire, sont sensibles aux hiérarchies et à une certaine idée du mérite, mise en avant dans ces entreprises. Travailler dans ces cabinets offre le sentiment d’appartenir à une élite qui se distingue du tout-venant »_, remarque le chercheur.

    Leurs processus de recrutement épousent cette logique. Très sélectifs et fastidieux, ils peuvent comporter jusqu’à cinq à six tours d’entretiens. Après un premier tri des CV, les candidats sont soumis à divers tests, avec des résolutions de cas, des mises en situation et des entretiens de personnalité où est évalué le « fit », autrement dit l’adéquation du postulant avec la culture conseil.

    Lire aussi : Article réservé à nos abonnés [Plus de boursiers, moins de Parisiens… L’Ecole du Louvre se démocratise](https://www.lemonde.fr/campus/article/2022/04/18/plus-de-boursiers-moins-de-parisiens-l-ecole-du-louvre-se-democratise_6122570_4401467.html)

    _« Les cabinets recrutent sur le savoir-être plus que sur les savoirs managériaux. Dans leurs activités, ce sont souvent les liens interpersonnels entre les consultants et les donneurs d’ordre qui emportent l’affaire : une capacité à naviguer dans l’organisation et se mettre dans une posture de coach informel »_, observe la sociologue du travail Isabel Boni-Le Goff. _«_ [_On est extrêmement attentifs aux “soft skills”_](https://www.lemonde.fr/campus/article/2021/07/02/quand-le-diplome-ne-suffit-plus-l-importance-capitale-des-soft-skills_6086642_4401467.html) _: la curiosité, l’esprit d’équipe, l’adaptabilité… Et on est très vigilants sur le volet de la communication, car on est un métier de relation client »_, confirme la DRH de Bain, Raphaëlle de Soto.

    « After-work » sélectifs
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    Ces « process » ont tendance à renforcer les inégalités de sélection et la « ségrégation sociale » à l’entrée. _« Pour les réussir, il vaut mieux être informé assez tôt, notamment par son cercle familial, de ce que représentent ces cabinets dans le monde des affaires_, analyse Sébastien Stenger. _Il faut maîtriser de nombreux attendus : des codes professionnels, comme savoir quel type de stage en amont est un incontournable, et des codes de langage. »_

    Une telle candidature ne s’improvise pas et nécessite souvent une grosse préparation, proposée par les écoles mais aussi par des prépas privées. _« Par le boulot que demandent ces process, on teste déjà que tu es un gros bosseur : s’entraîner aux études de cas, mais aussi interviewer des consultants pour comprendre les spécificités de chaque cabinet, si tu ne l’as pas fait, ça se voit direct_, raconte Louise, 25 ans, consultante dans un cabinet de conseil en stratégie. _On dit souvent que c’est à peu près deux mois de travail intensif en amont. »_

    Des cabinets proposent des « after-work » pour présenter la culture d’entreprise aux futurs postulants. Et rien que ces présentations informelles peuvent être très sélectives. _« Pour des journées de présentation données par McKinsey, il fallait fournir un CV et une lettre de motivation. J’ai été refusé à certaines d’entre elles_, relate un jeune consultant chez Deloitte, diplômé de la London School of Economics. _La compétition est assez extrême et, dans ce type de cabinet du top 3, celui qui n’a, par exemple, pas fait la bonne école n’est jamais rappelé. »_

    Lire aussi : Article réservé à nos abonnés [Apprendre le code pour changer de vie : le pari d’une école d’informatique dédiée aux femmes](https://www.lemonde.fr/campus/article/2022/04/15/apprendre-le-code-pour-changer-de-vie-le-pari-d-une-ecole-d-informatique-dediee-aux-femmes_6122244_4401467.html)

    Le « filtre social » est particulièrement fort à l’entrée des « Big three », dénomination qui recouvre les plus gros cabinets de conseil en stratégie : McKinsey, Bain et BCG. Ceux-ci recrutent quasi exclusivement dans six grandes écoles parisiennes : HEC, Polytechnique (dont le président depuis 2018, Eric Labaye, a fait toute sa carrière chez McKinsey) et Centrale, puis les Mines, l’Essec et l’ESCP. _« Et au sein de ces écoles déjà peu représentatives de la société, ils exercent une sursélection dans un certain milieu, très aisé, et familier de cet univers dont il partage les codes et loisirs. Ainsi, 70 % de leurs recrues sont issues d’un panel restreint de six classes préparatoires de l’Ouest parisien, comme Sainte-Geneviève ou “Franklin” »_, détaille Sébastien Stenger, qui mène actuellement une étude sur ces trois cabinets.

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