Dès le premier jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, le chef d’orchestre russe Valery Gergiev était sommé de prendre position contre les agissements du Kremlin sous peine de se voir banni, ce qu’il avait refusé de faire. Déclaré persona non grata sur le sol américain, il ne s’était pas non plus produit en Europe depuis que la Scala de Milan l’avait déprogrammé de la série de représentations de La Dame de pique, de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
C’est pourtant en Italie qu’est annoncé le retour du chef omniprésent en Russie (il est notamment directeur du Bolchoï), connu pour sa grande proximité avec Vladimir Poutine, comme l’a appris, le 4 juillet, le site d’informations spécialisé dans le domaine de la musique SlippedDisc, information relayée notamment par le New York Times et le magazine Diapason. Invité par le festival Un’Estate da RE, au nord de Naples, il doit diriger, le 27 juillet, l’orchestre philharmonique du Théâtre Verdi de Salerne et des solistes de l’orchestre Mariinski de Saint-Pétersbourg (dont il est également directeur).
Plus gênant encore que le simple fait de faire appel à un musicien décoré par Vladimir Poutine et qui a contribué à promouvoir la politique de ce dernier, ledit festival est financé par l’Union européenne grâce à un fonds versé par le gouvernement italien à une société appartenant à la région de Campanie, où se déroule le festival.
L’information n’a pas échappé à l’Italienne Pina Picierno, vice-présidente du Parlement européen, qui s’en est émue. « Il est inacceptable que des fonds européens soient utilisés pour financer la performance d’un partisan du Kremlin », a-t-elle déclaré sur X, appelant le directeur du festival et le président de la région Campanie, Vincenzo De Luca, à « empêcher la participation de Valery Gergiev et garantir que l’argent des contribuables ne finisse pas dans les poches d’un partisan d’un régime criminel ».
Vincenzo De Luca, lui, a défendu dans un communiqué la décision du festival d’inviter Valery Gergiev. Selon lui, cette invitation démontre que « le dialogue entre les peuples peut s’approfondir et que les valeurs de solidarité humaine peuvent se développer », ajoutant : « Nous nous sommes toujours efforcés de faciliter et d’encourager les rencontres entre des personnalités ayant des visions du monde différentes. »
Interrogée par le journal napolitain Corriere del Mezzogiorno, Pina Picierno s’insurge : « [Valery] Gergiev est sans aucun doute un grand chef d’orchestre, mais il a malheureusement soutenu un dictateur criminel. Les personnalités comme lui sont utilisées (…) pour susciter la bienveillance de l’opinion publique à l’égard du régime de [Vladimir] Poutine. C’est l’une des techniques de propagande revendiquées noir sur blanc par le général Guerassimov, chef d’état-major des forces armées russes. » Et de suggérer de remplacer Valery Gergiev par un des « nombreux jeunes artistes russes et biélorusses qui sont en exil dans différents pays européens ».
Alors que l’Union européenne s’apprête à prendre les sanctions « les plus lourdes » contre la Russie depuis 2022, plusieurs médias espagnols annoncent la venue de Valery Gergiev à Barcelone au début de l’année 2026.
Tatiana Weimer