L’attaque est massive, la réponse doit l’être tout autant. Depuis de nombreuses semaines, ou plutôt de nombreux mois, l’Ukraine flanche sous un nombre toujours plus important d’attaques de drones russes. Le Kremlin, fort d’une avancée territoriale dans l’est du pays, envoie des milliers de Shahed sur les positions ennemies, causant des dégâts matériels et des pertes humaines.
Plus de 5 000 drones Shahed ont été lancés par la Russie rien qu’en juin, dont 728 en une seule nuit. Face à ces drones low cost, les systèmes Patriot sont trop peu nombreux, trop peu efficaces, et trop onéreux — chaque missile Patriot coûtant environ 3,3 millions de dollars.
L’Ukraine a longtemps compté sur des groupes mobiles armés de mitrailleuses anti-aériennes, caméras thermiques et tablettes reliées à un système national de détection. Mais les Shahed se sont adaptés : ils volent maintenant à plus de 3 000 mètres d’altitude, échappant au tir direct, et plongent à la verticale sur leur cible. Résultat : le taux d’interception est passé de 95 % à 86 %, multipliant par trois les drones qui atteignent leur objectif. Kiev adapte donc sa méthode.
Des FPV mués en intercepteurs
L’agence ukrainienne d’acquisition de matériel de défense a ainsi signé des contrats pour des “dizaines de milliers” de drones d’interception, selon le directeur Arsen Zhumadilov dans une interview pour le Kiev Independant. Concrètement : des FPV d’attaque au sol convertis en intercepteurs capables d’abattre des drones russes en plein vol.
Selon Forbes, certains modèles, comme le Sting de Wild Hornets, affichent un prix entre 1 000 et 5 000 dollars et peuvent être produits à grande échelle. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a récemment confirmé que des centaines de Shahed ont été abattus en une semaine grâce à ces intercepteurs, désormais intégrés dans une structure de défense plus large surnommée “Clear Sky”.
Ce système repose sur une architecture mobile et modulaire, combinant unités de tir, centre de coordination, formation spécialisée et, surtout, des drones intercepteurs pilotés à distance. Forbes cite même une estimation russe d’Alexey Rogozin, PDG de la société russe United Aircraft Corporation, selon laquelle plus de 500 drones Shahed ont été détruits dans la région de Kiev grâce à cette approche.
La piste des drones IA, semi-autonomes
Mais la capacité à produire ces drones à grande échelle ne suffit pas à garantir leur efficacité, alerte un article de Defense Express. La société ukrainienne The Fourth Law (TFL) s’est donc lancée dans la production du système de guidage TFL-1, basé sur une vision alimentée par l’intelligence artificielle. Ce système, conçu pour les drones FPV, permet à ces engins d’atteindre leur cible au sol malgré les brouillards électroniques qui les coupent du pilote.
Seront-ils suffisants contre les Shahed ? Pas si sûr. Contrairement aux cibles terrestres, les Shahed volent vite, haut, et dans trois dimensions. Le véritable obstacle, selon le fondateur de TFL Yaroslav Azhniuk, n’est pas la détection visuelle, mais le contrôle du drone en vol rapide et instable. De plus, le système TFL-1 est aujourd’hui incompatible avec les drones à ailes fixes, comme les Bulava, et ne peut équiper que les quadricoptères. TFL estime qu’il faudrait au moins quatre mois de développement intensif pour concevoir une solution pleinement autonome de défense anti-aérienne.