Après le débat présidentiel, il reste généralement une petite phrase, ou une passe d’arme particulière, qui marque les esprits et reste dans les mémoires.

Je viens d’écouter plusieurs fois le débat de la semaine, mais je ne trouve rien de bien probant.

Du coup, je m’en remet à vous : si vous deviez retenir une phrase, si vous deviez retenir un seul échange, une seule passe d’arme de ce débat, ça serait quoi ?

PS : pour ceux qui ne les auraient pas vus, je recommande chaudement les débats pré-2000. C’était quand même bien différent…

Voici celles que je garde personnellement en mémoire des précédents débats :

**[1974 : Valéry Giscard d’Estaing & François Mitterrand](https://www.youtube.com/watch?v=OiiL-3ceMek)**

VGE : D’abord, je vais vous dire quelque chose, je trouve toujours choquant et blessant de s’arroger le monopole du cœur. Vous n’avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur. Vous ne l’avez pas.

**[1981 : François Mitterrand & Valéry Giscard d’Estaing](https://www.youtube.com/watch?v=5INtDx-aMWE)**

FM : Vous ne voulez pas parler du passé, je le comprends bien naturellement et vous avez tendance un peu à reprendre le refrain d’il y a sept ans : l’homme du passé… C’est quand même ennuyeux que dans l’intervalle vous soyez devenu, vous, l’homme du passif. Cela gène un peu votre démonstration d’aujourd’hui.

**[1988 : François Mitterrand & Jacques Chirac](https://www.youtube.com/watch?v=OPpBavtgCas)**

– JC : Permettez-moi juste de vous dire que ce soir, je ne suis pas le premier ministre, et vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats à égalité et qui se soumettent au jugement des Français, le seul qui compte. Vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand.
– FM : Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre.

**[1995 : Jacques Chirac & Lionel Jospin](https://www.youtube.com/watch?v=DkOhoVJTY0Q)**

LJ : En somme, je voudrai dire, en badinant bien-sûr, mais avec un fond de sérieux, qu’il vaut mieux 5 ans avec Jospin que 7 ans avec Jacques Chirac, hein, ça serait bien long. Ça serait bien long.

**2002 : Jacques Chirac & Jean-Marie Le Pen**

Pas de débat

**[2007 : Nicolas Sarkozy & Ségolène Royal](https://www.youtube.com/watch?v=L6rID9RallQ)**

(Certains parlent mentionnent cette passe d’arme, mais je reste personnellement sur ma faim, sans vraiment trouver la bonne petite phrase, je ne retiens pas grand chose de ce débat en fait)
– NS : Calmez-vous et ne me montrez pas du doigt avec cet index pointé !
– SR : Non, je ne me calmerai pas !
– NS : Pour être Président de la République, il faut être calme.
– SR : Non, pas quand il y a des injustices ! Il y a des colères qui sont parfaitement saines, parce qu’elles correspondent à la souffrance des gens. Il y a des colères que j’aurai, même quand je serai Présidente de la République.

**[2012 : François Hollande & Nicolas Sarkozy](https://www.youtube.com/watch?v=xyH_MRJ1C0s)**

FH : Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Élysée.
Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur.
Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti, dans un hôtel parisien.
Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante, je ne nommerai pas les membres du parquet alors que l’avis du Conseil supérieur de la magistrature n’a pas été dans ce sens.
Moi président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes.
Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire.
Moi président de la République, j’aurai aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l’État ; je le ferai réformer, de façon que si des actes antérieurs à ma prise de fonction venaient à être contestés, je puisse dans certaines conditions me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m’expliquer devant un certain nombre d’instances.
Moi président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d’hommes.
Moi président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d’intérêts.
Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leur fonction avec un mandat local, parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche.
Moi président de la République, je ferai un acte de décentralisation, parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d’un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés.
Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation.
Moi président de la République, j’engagerai de grands débats, on a évoqué celui de l’énergie, et il est légitime qu’il puisse y avoir sur ces questions-là de grands débats citoyens.
Moi président de la République, j’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections non pas de 2012, mais celles de 2017, car je pense qu’il est bon que l’ensemble des sensibilités politiques soient représentées.
Moi président de la République, j’essaierai d’avoir de la hauteur de vue, pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions, mais en même temps je ne m’occuperai pas de tout, et j’aurai toujours le souci de la proximité avec les Français.

**[2017 : Emmanuel Macron & Marine Le Pen](https://www.youtube.com/watch?v=Za62yN-mZzo)**

Alors là j’avoue, j’hésite entre deux
– MLP : Regardez, ils sont là, ils sont dans les campagnes, dans les villes… Ils sont sur les réseaux sociaux… Les envahisseurs…
– EM : Mme Le Pen, vous êtes en train de lire une fiche qui ne correspond pas au dossier que vous avez cité. C’est triste pour vous, parce que ça montre votre impréparation à nos concitoyens.

18 comments
  1. Perso le Oïe aïe aïe de Macron est ce qui m’a le plus marqué, ça faisait vraiment réaction du professeur devant un oral catastrophique d’un élève

  2. Merci pour les liens, mais on aurait préféré avoir des timestamps pour retrouver le contexte de la citation.

  3. Je ne me rappelais même pas de la citation de Jospin en 95. Ce débat avait été d’une mollesse… A la fin ils ont tous les deux admis qu’ils n’avaient pas cherché le clash.

    En plus je l’avais écouté à la radio parce que je n’avais pas la télé. Je.me demande encore comment je ne me suis pas endormi.

  4. En 2017 j’ai bien aimé de la part de Macron “Ne dites pas de bêtises, vous en dites beaucoup”.

    En 2022, encore Macron :

    MLP :” Je ne pensais pas que vous alliez tomber dans une forme de complotisme, je ne souhaite pas en sortir” (l’UE)

    EM : “Venant de vous, je trouve ça séduisant”

    J’aime bien son insolence.

    Sinon la phrase qui restera c’est celle dont u/lebourse a parlé, “Quand vous parlez à Monsieur Poutine, vous parlez à votre banquier”.

  5. Dommage qu’il n’y ait pas eu de débat en 1965, parce que ça aurait eu de la gueule un De Gaulle – Mitterrand.

  6. D’accord avec ceux qui mentionnent la phrase du banquier.

    Je rajouterais juste qu’une phrase m’a marqué personnellement même si on l’a peu relevé, c’est quand MLP a dit ” Il n’y a pas de peuple européen”. Mais c’est sûrement ma sensibilité qui parle ici et qui fait que je l’ai retenue, elle l’avait surement dejà dit avant mais je ne l’avais jamais relevé.

  7. En les ayant toutes par écrit, je me mesure encore mieux une évidence, le ton avec lequel chacune de ces “punchline” a été prononcée est là où se trouve pépite. Surtout pour les campagnes de LePen, le calme de Sarkozy et le M.Le Premier Ministre contre Chirac

  8. Moi, j’ai bien aimé celle là :

    MLP : Vous n’avez pas lu ma loi…

    EM : Non, mais j’ai lu la constitution.

  9. Moi c’est l’échange à la fin de la section International.

    “On n’a pas parlé de nos Outre-Mer…
    – Ce n’est pas l’étranger madame Le Pen.”

  10. J’ai du mal à comprendre en quoi l’instant du débat Sarko/Royal le bénéficie lui. C’est pas justement “beau” de voir une candidate si impliquée?

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