l’essentiel
À travers les recherches menées par Paul Catania et son équipe, le parcours méconnu de François Andreucetti, marin français rescapé de plusieurs drames de la Seconde Guerre mondiale, refait surface. De Théoule-sur-Mer à Savignac-les-Ormeaux, en Ariège, retour sur un destin hors norme.

C’est à la faveur d’un patient travail de recherche que l’historien Paul Catania, accompagné de Paul Meyere et Sylvain Benattar, a reconstitué le destin extraordinaire de François Andreucetti. Ce marin français, longtemps resté dans l’ombre des grandes figures de la Seconde Guerre mondiale, a pourtant connu un parcours hors du commun, marqué par les naufrages, les blessures et les silences.

Paul Catania, accompagné de Paul Meyere et Sylvain Benattar, a reconstitué le destin extraordinaire de François Andreucetti.

Paul Catania, accompagné de Paul Meyere et Sylvain Benattar, a reconstitué le destin extraordinaire de François Andreucetti.
F.D

Tout commence à Théoule-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes. À l’occasion d’investigations sur le débarquement en Provence, le groupe d’historiens exhume le souvenir d’un soldat oublié, “un soldat atypique qui a fini ses jours sur les terres ariégeoises”, selon les mots du chercheur. Un puzzle reconstitué avec patience, mêlant archives, lettres et témoignages, qui éclaire l’itinéraire d’un homme discret, mais profondément marqué par la guerre.

Naufrage sur la côte d’Albâtre

Né en 1912 à Marseille, François Andreucetti se retrouve, à 28 ans, embarqué sur un cargo minéralier, Le Niobé. Le 11 juin 1940, alors que le navire navigue en direction de Caen, chargé de munitions et de réfugiés, il est pris pour cible par les Stuka de la Luftwaffe. La scène se déroule au large de la côte d’Albâtre. Le cargo explose, puis coule, entraînant la mort de 1 200 personnes. Miraculé, Andreucetti fait partie des 11 survivants, aussitôt faits prisonniers par les forces allemandes.

Les lettres envoyées par le soldat.

Les lettres envoyées par le soldat.
F.D

“Bien que F. Andreucetti se retrouve dans des situations compliquées, il reste un homme très chanceux”, affirme Paul Catania. Cette chance, François la doit aussi à sa détermination. En 1941, après trois évasions infructueuses, il réussit finalement à s’échapper du camp de prisonniers. Il trouve alors refuge chez un fermier, Pierre Roualin, vivant près de la frontière franco-allemande. Ce dernier le cache pendant trois nuits, le ravitaille, et lui procure de nouveaux vêtements ainsi qu’une fausse identité. Un acte de bravoure que le marin n’oubliera jamais.

Le 26 décembre 1944, il lui adresse une lettre manuscrite de trois pages, dans laquelle il écrit sa reconnaissance. Cette correspondance précieuse constitue aujourd’hui une pièce essentielle de l’enquête menée par les historiens.

Résistance, fuite et débarquement

La suite du parcours d’Andreucetti n’est pas moins mouvementée. Démobilisé en février 1943, il se sait menacé : “La Gestapo voulait m’arrêter car j’étais de la Résistance”, écrit-il plus tard. Il quitte alors Marseille pour se réfugier en Corse. Là, il rejoint une unité de marine basée à Ajaccio. Cette formation, composée de 40 à 200 hommes selon les périodes, est destinée à former le groupe naval d’assaut de Corse.

Le 15 août 1944, à 1h30 du matin, 67 marins de cette unité accostent sur le rivage de la pointe de l’Esquillon, à Théoule-sur-Mer. À bord de “rubber-boats”, ils ont pour mission de faire exploser une voie de communication allemande et de contribuer à la libération du Sud de la France.

Mais l’opération tourne au drame : 11 marins sont tués, 20 blessés et 30 capturés. “Lors de ce débarquement, précise Paul Catania, l’unité a perdu plus de 40 % de son effectif, mais malgré la malchance et l’échec stratégique, la mission a indirectement abouti car elle a retenu les Allemands loin de Saint-Raphaël.”

François Andreucetti s’éteint le 16 février 1986 à l’hôpital de Pamiers.

François Andreucetti s’éteint le 16 février 1986 à l’hôpital de Pamiers.
F.D

François Andreucetti, quant à lui, est grièvement blessé. “J’ai eu 4 blessures, j’ai perdu l’œil gauche, un éclat (de mine) dans la jambe droite, un dans l’épaule droite et un au bras gauche”, écrit-il plus tard. Inapte au combat, il est définitivement démobilisé.

Le silence d’un homme blessé

Après-guerre, Andreucetti tente de reprendre le cours d’une vie normale. En 1954, à Marseille, il épouse une institutrice de Savignac-les-Ormeaux, Marie-Jeanne Bonrepaux. Le couple s’y installe définitivement en février 1972. Un temps, il reste en lien avec ses anciens compagnons d’armes et assiste aux commémorations. Puis, le silence s’installe.

“Entre les blessures physiques et psychologiques, le retour à une vie civile n’a pas dû être facile”, estime Paul Catania. Les témoignages recueillis révèlent que le marin participait encore aux rassemblements jusqu’à la fin des années 1940. “On a des photos et des lettres jusqu’en 1948 où il est présent, après plus rien”, confie l’historien. Que s’est-il passé ? Le mystère demeure. Maladie, dépression, désillusion ? Plusieurs pistes sont envisagées, aucune n’est confirmée.

François Andreucetti s’éteint le 16 février 1986 à l’hôpital de Pamiers, à l’âge de 74 ans. Aujourd’hui, son histoire sort de l’oubli grâce à l’engagement d’un trio de passionnés d’histoire. Un devoir de mémoire essentiel pour rendre justice à ceux qui ont combattu dans l’ombre.