
Dans l’intimité de quatre fumeurs de cannabis : « Ce système à la Uber, ça a changé ma vie. En tant que meuf, tu n’as pas peur de faire une mauvaise rencontre » Plus de 1 million de Français fument régulièrement du cannabis. Un plaisir certes interdit, mais de moins en moins perçu comme transgressif
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La France est le pays où la consommation de cette plante récréative est la plus élevée en Europe. Quatre fumeurs, forcément anonymes, expliquent comment ils se procurent facilement de la résine ou de l’herbe, une habitude souvent contractée dès l’adolescence.
**« Je range l’herbe dans des pots de Nescafé, c’est un peu mes conserves ! »**
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« J’ai 65 ans et j’ai fumé mes premiers joints quand j’étais ado. Je ne suis pas un gros fumeur, c’est purement récréatif pour moi. Ça me détend, ça libère un peu l’esprit et, comme j’exerce une profession intellectuelle, ça m’aide dans mon travail.
Il y a une vingtaine d’années, j’avais acheté de l’herbe par un circuit classique, à un type que je connaissais. Il y avait quelques graines dans le sachet, je me suis dit “tiens, je vais essayer de les faire pousser”. C’est hyperfacile, ça m’a fait penser aux lentilles qu’on faisait germer quand on était gamin. Je les ai placées dans du coton, puis en pot, et, comme j’ai la chance d’avoir un jardin à la campagne, je les ai mises en terre après les gelées de printemps. Sur Internet, on trouve tout ce qu’il faut savoir.
« J’AI ARRÊTÉ QUAND MES ENFANTS ÉTAIENT ADOS. J’AI REPRIS ET, AUJOURD’HUI, IL ARRIVE QU’ON S’EN ROULE UN LE SOIR AVEC DES AMIS OU AVEC LES ENFANTS »
J’ai mon rituel, je commande mes graines le jour de mon anniversaire, en mars. Ça coûte infiniment moins cher de cultiver son herbe soi-même : il faut compter entre 5 et 10 euros la graine, un peu de terreau, et voilà ! Quatre ou cinq pieds, ça me fait largement l’année. Je les plante à des endroits stratégiques de mon jardin, pour que les voisins ne les voient pas. Je récolte fin octobre, puis je les fais sécher pendant une semaine, je coupe les feuilles et ne garde que les têtes. Je les range dans des pots de Nescafé, c’est un peu mes conserves !
A un moment, j’en avais marre et j’ai arrêté quand mes enfants étaient ados. J’ai repris et, aujourd’hui, il arrive qu’on s’en roule un le soir avec des amis ou avec les enfants, un peu comme quand mes parents sortaient la bouteille de cognac. J’ai peut-être une vague dépendance psychologique… Ma femme est archi-contre, elle trouve que c’est un truc de gamin. Mais moi ça me donne peut-être le sentiment de ne pas devenir un monsieur raisonnable de plus de 60 ans. »
**« Ce système à la Uber, ça a changé ma vie. En tant que meuf, tu n’as pas peur de faire une mauvaise rencontre »**
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« J’ai 42 ans et j’ai commencé à 14-15 ans, avec des copines du collège, mais j’ai vraiment tiré sur un joint à la fac et, là, on s’est mis à fumer beaucoup. Depuis je n’ai jamais arrêté, sauf quand j’ai été enceinte. Ma mère m’a dit qu’elle préférait que je fume des joints plutôt que je prenne des antidépresseurs.
Je ne ressens aucune culpabilité, je trouve que fumer des clopes est plus culpabilisant, car la nicotine c’est vraiment pas bon. Et ce n’est pas mon problème si ça fait vivre toute une petite mafia. Il y a environ un million de fumeurs réguliers en France, ça fait un million de hors-la-loi ? C’est la loi qui est mal faite. Je suis pour que l’Etat vende, dans des boutiques, car je veux connaître le taux de THC, un truc impossible aujourd’hui. C’est difficile de trouver des produits avec un taux de THC léger.
Quand j’habitais dans l’est de la France, c’est toujours des potes qui me vendaient de l’herbe. En tant que meuf, je ne me voyais pas du tout aller dans des endroits qui craignent. Ensuite, j’ai fait des « go fast » à Maastricht, aux Pays-Bas. On avait plus de 30 ans, pas des têtes de fumeurs, on s’habillait bien, on prenait la voiture des parents et on s’arrêtait dans tous les coffee shops de la ville pour acheter 5 grammes par personne, le maximum autorisé. Aujourd’hui, ce n’est plus possible, la législation néerlandaise a changé.
« JE RESSENS TOUJOURS UNE BONNE DÉCHARGE D’ENDORPHINES DÈS LA PREMIÈRE TAFFE ET SOUVENT JE RICANE DEVANT DES VIDÉOS SUR YOUTUBE »
A Paris, où je travaille aujourd’hui dans la presse, je suis d’abord allée rue Piat, dans le quartier de Belleville. Côté ambiance, c’était moyen moins… Le type prenait un malin plaisir à me dire “t’as qu’à le planquer dans ton soutif”. C’était glauque, dégradant. Maintenant j’ai trouvé un dealeur qui me fournit une beuh légère. J’utilise le même système de livraison depuis quatre ans environ, tous les quatre mois. C’est une voisine qui m’a filé le plan.
J’envoie un message sur le nom habituel d’un réseau pour “du sapin et du chocolat”, puis je reçois toujours le même genre de réponses : “Je suis dispo, envoie-moi l’adresse”. On se met d’accord pour une livraison deux heures plus tard. Normalement, une berline noire passe en bas de chez toi, on fait le tour du quartier dans la voiture, le temps de boucler la transaction. Ce système à la Uber, ça a changé ma vie. En tant que meuf, tu n’as pas peur de faire une mauvaise rencontre, ils te filent même parfois un petit bonus, voire un cadeau.
Pendant le confinement, je ne maîtrisais plus ma consommation, je ne pouvais plus m’en passer. J’ai vu un addictologue et j’ai repris le contrôle, plus que trois joints par semaine. Quand tu arrêtes les joints, tu te remets à rêver. La beuh a quelque chose de très orgasmique pour moi, très euphorisant. Je ressens toujours une bonne décharge d’endorphines dès la première taffe et souvent je ricane devant des vidéos sur YouTube. C’est mon petit kif. »
Finalement c’est comme mon paternel qui avait besoin de son double whisky le vendredi soir et qui s’endormait dans son fauteuil… Assez pitoyable dans tous les cas.
>Un plaisir certes interdit, mais de moins en moins perçu comme transgressif
Je ne vois rien de transgressif dans les témoignages, c’est plutôt déprimant à lire.
Le souci c’est qu’on a pas le choix d’essayer en sécurité. Fumer, c’est être dans l’illégalité dès l’adolescence alors que c’est le moment où on a besoin d’encadrement. Si on ne peut l’éviter alors autant le contrôler. La France est tellement coupable sur ce point, à rester aveugle plutôt que:
– contrôler les produits vendus
– encadrer les jeunes à problèmes dans des points de vente légaux
– couper l’herbe sous le pied des dealers (no joke. Et non, avec l’herbe il n’y a pas de tremplin vers les drogues dures)
– permettre aux flics de faire autre chose de plus utiles que remplir un panier percé
– faire beaucoup d’argent avec la tva.
L’alcool, drogue dure, est en vente libre.
C’est quand même un eceuil d ‘etre les premier là dessus. Le fait que toute une partie de la pop se crame les poumons et le cerveau avec ca. J’ ais été un énorme fumeur donc entouré d’ autres énormes fumeur. Et dans l’ ensemble le resultat a moyen termes est plutot triste. Entre ceux qui sont passé a plus fort, keta, hero, alcoolisme. Ceux qui vivent du rsa chez maman, ceux qui sont passé a coté de chouettes carrières, un qui a fini en HP.
Et de façon plus général, je bosse dans un milieux “artistique” ca consomme bcp. Quand je vois certains collègues qui sont deja pas des fleches revenir de leur pause spliff à 60% de leur capacités ca me navre .
C ‘est pas qqc a normaliser. Apres je pense que ca arrange pas mal de gens au pouvoir aussi.