On les repère vite, dans le petit hall des départs de l’aéroport de Beyrouth. De jeunes hommes sans valise, avec seulement un petit sac à dos à leurs pieds. Ils n’ont pas l’allure pressée du voyageur qui file vers les contrôles de sécurité. Ils sont venus des heures à l’avance. Ce mardi 9 novembre, ils s’apprêtent à embarquer pour Minsk. Par un vol direct avec la compagnie biélorusse Belavia.
Ammar (le prénom a été changé), un Syrien d’une vingtaine d’années, s’empresse de dire qu’il se rend dans la capitale biélorusse « en touriste ». « Regarde, j’ai mon billet aller-retour », ajoute-t-il en dépliant une feuille imprimée. « Ceux qui partent ne parleront pas », avait prévenu un voyagiste – un pistolet posé sur son bureau et une liasse de dollars en main –, pour qui cette nouvelle destination est devenue une manne.
Ammar parle, un peu. Il n’est pas le seul à prétendre avoir des envies de tourisme en Biélorussie, aussi peu crédible cela soit-il pour un jeune réfugié syrien qui vit au Liban – autrement dit, avec très peu de ressources. Puis il finit par l’admettre. Oui, il va tenter sa chance et aborder la forteresse Europe. Le billet, l’hôtel qui l’attend en Biélorussie, ont été réservés auprès d’un tour-opérateur, près de Beyrouth. Pour le visa, il est passé par le consul honoraire de Biélorussie au Liban, qui possède sa propre agence de voyages. Tout est en règle, insiste-t-il. C’est la subtilité du sordide jeu des départs du Proche-Orient vers la Biélorussie : avoir les allures de la légalité. Ammar ne le cache pas : ce sont « des réseaux » qui l’attendent une fois sur place. Cela fait partie de la panoplie.
On évoque les morts à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. « Mais que dois-je faire ? Rester ici ? C’est quoi mon avenir ici ? » – le Liban étant plongé dans un cataclysme économique et financier. Ammar voyage avec d’autres compatriotes. Des rires fusent, entre excitation et nervosité. On se prend en photo. Puis vient l’instant des adieux. De longues accolades avec les proches qui restent au Liban. Des larmes coulent. Au bout du chemin, qui sait ce qu’il trouvera ?
Il y aura l’Allemagne, veut croire Hassan, qui espère y rejoindre des proches, syriens comme lui. Ce quadragénaire laisse femme et enfants au Liban, où il a longtemps travaillé comme ouvrier – « On s’en sortait bien, avant la crise. » Il part pour eux, pour lui. Il mesure le danger. Il n’est pas dupe : la Biélorussie n’ouvre pas ses portes par bienveillance. Qu’importe : une route s’est ouverte vers, peut-être, un peu de stabilité.
Hassan veut saisir sa chance. Il est prêt. Il porte déjà une doudoune, alors qu’il fait encore chaud à Beyrouth, et des chaussures de marche. Il a emprunté les « 7 000 dollars » (6 000 euros) que lui coûte le périple. Toutes les formalités se sont faites par le biais d’un intermédiaire, en Syrie, où la Biélorussie dispose d’une ambassade. Un salut de la main, et Hassan s’engouffre vers le comptoir d’enregistrement de Belavia. La compagnie opère depuis le début du mois de novembre deux vols directs par semaine de Beyrouth vers Minsk. Potentiellement, près de quatre cents passagers par semaine. Avant, il n’y avait qu’un vol hebdomadaire.
> “pour mettre la pression”
lemonde.fr ? o_0
On devrait les récupérer ces migrants et les amener à Calais.
Puis laisser trainer quelques bateaux à côté et mettre un panneau pour indiquer l’Angleterre.
Enfin on se la joue Erdogan avec bojo.
Je vais vous la renflouer la France éternelle !
Votez pour moi !
Très franchement il y a eu des guerres pour moins que ça. C’est pas une “pression” c’est une agression caractérisée là. La Biélorussie n’a même pas l’excuse de la Turquie puisqu’ici elle fait exprès de faire venir des migrants qui n’étaient pas chez elle.
A mon avis ça demande des sanctions très douloureuses de la part de l’UE, pour couper à Loukachenko toute envie de recommencer dans le futur et pour servir d’exemple aux autocrates du coin qui seraient tenté de se lancer dans le même genre d’entreprise.
Et ça demande aussi une révision totale de la “stratégie” migratoire de l’UE;, à savoir laisser notamment à des pays tiers hostiles le soin de sous-traiter la question. Parce que dans le genre catastrophique et à courte vue elle se pose un peu là.
Ca sent la récupération médiatique. Je doute que le gros moustachu fasse du charter ça coûte ca coute un fric bête et c’est pas très intelligent… Mais bon c’est mon avis.
5 comments
On les repère vite, dans le petit hall des départs de l’aéroport de Beyrouth. De jeunes hommes sans valise, avec seulement un petit sac à dos à leurs pieds. Ils n’ont pas l’allure pressée du voyageur qui file vers les contrôles de sécurité. Ils sont venus des heures à l’avance. Ce mardi 9 novembre, ils s’apprêtent à embarquer pour Minsk. Par un vol direct avec la compagnie biélorusse Belavia.
Ammar (le prénom a été changé), un Syrien d’une vingtaine d’années, s’empresse de dire qu’il se rend dans la capitale biélorusse « en touriste ». « Regarde, j’ai mon billet aller-retour », ajoute-t-il en dépliant une feuille imprimée. « Ceux qui partent ne parleront pas », avait prévenu un voyagiste – un pistolet posé sur son bureau et une liasse de dollars en main –, pour qui cette nouvelle destination est devenue une manne.
Ammar parle, un peu. Il n’est pas le seul à prétendre avoir des envies de tourisme en Biélorussie, aussi peu crédible cela soit-il pour un jeune réfugié syrien qui vit au Liban – autrement dit, avec très peu de ressources. Puis il finit par l’admettre. Oui, il va tenter sa chance et aborder la forteresse Europe. Le billet, l’hôtel qui l’attend en Biélorussie, ont été réservés auprès d’un tour-opérateur, près de Beyrouth. Pour le visa, il est passé par le consul honoraire de Biélorussie au Liban, qui possède sa propre agence de voyages. Tout est en règle, insiste-t-il. C’est la subtilité du sordide jeu des départs du Proche-Orient vers la Biélorussie : avoir les allures de la légalité. Ammar ne le cache pas : ce sont « des réseaux » qui l’attendent une fois sur place. Cela fait partie de la panoplie.
On évoque les morts à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. « Mais que dois-je faire ? Rester ici ? C’est quoi mon avenir ici ? » – le Liban étant plongé dans un cataclysme économique et financier. Ammar voyage avec d’autres compatriotes. Des rires fusent, entre excitation et nervosité. On se prend en photo. Puis vient l’instant des adieux. De longues accolades avec les proches qui restent au Liban. Des larmes coulent. Au bout du chemin, qui sait ce qu’il trouvera ?
Il y aura l’Allemagne, veut croire Hassan, qui espère y rejoindre des proches, syriens comme lui. Ce quadragénaire laisse femme et enfants au Liban, où il a longtemps travaillé comme ouvrier – « On s’en sortait bien, avant la crise. » Il part pour eux, pour lui. Il mesure le danger. Il n’est pas dupe : la Biélorussie n’ouvre pas ses portes par bienveillance. Qu’importe : une route s’est ouverte vers, peut-être, un peu de stabilité.
Hassan veut saisir sa chance. Il est prêt. Il porte déjà une doudoune, alors qu’il fait encore chaud à Beyrouth, et des chaussures de marche. Il a emprunté les « 7 000 dollars » (6 000 euros) que lui coûte le périple. Toutes les formalités se sont faites par le biais d’un intermédiaire, en Syrie, où la Biélorussie dispose d’une ambassade. Un salut de la main, et Hassan s’engouffre vers le comptoir d’enregistrement de Belavia. La compagnie opère depuis le début du mois de novembre deux vols directs par semaine de Beyrouth vers Minsk. Potentiellement, près de quatre cents passagers par semaine. Avant, il n’y avait qu’un vol hebdomadaire.
> “pour mettre la pression”
lemonde.fr ? o_0
On devrait les récupérer ces migrants et les amener à Calais.
Puis laisser trainer quelques bateaux à côté et mettre un panneau pour indiquer l’Angleterre.
Enfin on se la joue Erdogan avec bojo.
Je vais vous la renflouer la France éternelle !
Votez pour moi !
Très franchement il y a eu des guerres pour moins que ça. C’est pas une “pression” c’est une agression caractérisée là. La Biélorussie n’a même pas l’excuse de la Turquie puisqu’ici elle fait exprès de faire venir des migrants qui n’étaient pas chez elle.
A mon avis ça demande des sanctions très douloureuses de la part de l’UE, pour couper à Loukachenko toute envie de recommencer dans le futur et pour servir d’exemple aux autocrates du coin qui seraient tenté de se lancer dans le même genre d’entreprise.
Et ça demande aussi une révision totale de la “stratégie” migratoire de l’UE;, à savoir laisser notamment à des pays tiers hostiles le soin de sous-traiter la question. Parce que dans le genre catastrophique et à courte vue elle se pose un peu là.
Ca sent la récupération médiatique. Je doute que le gros moustachu fasse du charter ça coûte ca coute un fric bête et c’est pas très intelligent… Mais bon c’est mon avis.