Pendant 20 ans, Booking.com a interdit aux hôtels de proposer leurs chambres sur leurs propres sites Internet à un prix inférieur à celui pratiqué sur la plate-forme de réservation mondialement connue. Ce n’est qu’avec un arrêt de la Cour de justice européenne en septembre 2024, selon lequel de telles clauses de meilleurs prix sont contraires au droit de la concurrence de l’UE, que cette pratique a changé.
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Depuis cette décision de justice, Carlo Cravat, gérant du Grand Hotel Cravat, un établissement historique de la capitale, peut enfin à nouveau proposer ses chambres d’hôtel sur son propre site web au prix qu’il estime correct. Et il en est très soulagé. Les hôteliers sont tout de même ceux qui investissent de l’argent et qui doivent porter le chapeau.
D’autres hôteliers sont apparemment du même avis. En effet, plus de 10.000 hôtels réclament désormais des dommages et intérêts à Booking.com. Les établissements reprochent au plus grand portail de réservation d’hôtels au monde de les avoir empêchés pendant des années de proposer des prix directs plus avantageux.
Du point de vue des associations hôtelières, de telles clauses de meilleurs prix ont réduit la souveraineté des établissements en matière de prix, ont limité la concurrence et ont évincé les réservations directes. «Il est maintenant temps de faire front commun et de demander réparation», a déclaré le directeur général de la fédération italienne Federalberghi, Alessandro Nucara. Les plaignants demandent ainsi des dommages et intérêts pour la période concernée de 2004 à 2024.
Le fait qu’il puisse à nouveau proposer ses chambres d’hôtel aux prix qu’il estime corrects depuis 2025 est un soulagement pour Carlo Cravat, du Grand Hôtel Cravat dans la capitale. © PHOTO: Anouk Antony
L’initiative est coordonnée par la fondation Hotel Claims Alliance, qui parle de l’une des plus grandes batailles juridiques du secteur. Elle est soutenue par l’alliance hôtelière européenne Hotrec et plus de 30 associations nationales, dont la luxembourgeoise Horesca.
Carlo Cravat ne peut pas commenter la question de savoir si le Grand Hôtel Cravat participe également à la plainte. Pour protéger les différents hôtels, l’action collective est en effet anonyme. Selon le secrétaire général Steve Martellini, l’Horesca n’a pas non plus d’informations précises sur les différents établissements qui participent: en effet, en tant que membre de Hotrec, l’association soutient certes l’action en justice, mais celle-ci n’est menée que par Hotrec. Les entreprises peuvent encore s’inscrire anonymement sur un site Internet jusqu’au 29 août.
Soutien ou dépendance ?
Booking.com s’oppose à la plainte tant sur le fond que sur la forme. D’une part, l’entreprise conteste avoir reçu jusqu’à présent une plainte officielle. «Il s’agit d’une annonce de Hotrec et non d’une plainte collective déposée», a fait savoir l’entreprise à la demande de l’agence dpa. En outre, la plateforme est un canal de distribution volontaire pour les hôtels. «Chacun de nos partenaires d’hébergement peut organiser librement sa stratégie de distribution et de prix et proposer ses chambres partout où il le souhaite. On soutient les hôtels avec du marketing, de la technologie et une visibilité globale, c’est là que réside la valeur ajoutée».
En outre, Booking.com rejette les principaux arguments juridiques des associations d’hôtels, dont l’arrêt décisif de la Cour de justice européenne.
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Ce que Booking présente comme des avantages, Carlo Cravat du Grand Hôtel le voit plutôt comme une dépendance: lorsque des hôteliers ont mis leurs chambres moins chères sur son site Internet entre 2004 et 2024, lorsque les clauses du meilleur prix étaient encore en vigueur, et que Booking.com l’a découvert, les hôtels n’ont été listés que tout en bas de la plateforme de réservation. «Et là, tu étais mort».
Booking.com s’oppose à l’arrêt de la Cour de justice européenne, par lequel les juges avaient soutenu le secteur hôtelier en septembre dernier. © PHOTO: Arne Immanuel Bänsch/dpa
Car il va de soi que la visibilité des petits hôtels dépend entièrement de la faveur de la plate-forme, et du porte-monnaie. La commission que Booking.com reçoit en principe se réfère à la région ou au pays concerné, explique Carlo Cravat. «Si je prends l’exemple de la ville de Luxembourg, il y a bien sûr beaucoup plus d’hôtels et un grand marché, Booking veut en obtenir la part la plus intéressante».
En principe, on parle d’une commission de 17%, qui augmenterait encore de 10% si l’hôtel devait être affiché comme «Prefered Partner», c’est-à-dire figurer plus haut dans le classement. Pour être bien vu, d’autres frais individuels viennent parfois s’ajouter.
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Cela profite certes au client, mais en fin de compte aussi à Booking, selon Carlo Cravat. «Tout bien considéré, l’hôtelier se trouve souvent entre le marteau et l’enclume, c’est-à-dire entre le client et le portail de réservation».
Point litigieux : le pouvoir de marché
Selon une étude de Hotrec et de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale Valais, 29,1% de toutes les nuitées ont été effectuées dans toute l’Europe en 2023 via des portails de réservation en ligne (OTA). Au sein de ce segment, Booking Holdings détient, selon l’étude, une part de marché de 71%. Booking.com indique en revanche que les réservations directes continuent de représenter la plus grande part du marché global avec 50,9%.
Cet article a été publié initialement sur le site du Luxemburger Wort.
Il a été traduit à l’aide d’outils d’intelligence artificielle qui apprennent à partir de données issues de traductions humaines, puis vérifié par Simon Martin.