Immobilier : Paris dit adieu à ses maisons faubouriennes pour des immeubles surélevés
Face à la pénurie de logements, la Ville accorde de plus en plus de permis de construire permettant à des immeubles de gagner en hauteur, parfois au prix de bâtisses anciennes de taille modeste. Une tendance qui hérisse les amoureux du patrimoine mais aussi les élus écologistes.
Paris (XVIIe). Les propriétaires de cette petite maison située rue Legendre ont reçu une offre d’un promoteur immobilier, qui veut ériger un immeuble à la place. Un cas loin d’être isolé dans la capitale où le foncier disponible est rarissime. LP/F.H.
Par Florent Hélaine
Le 26 avril 2022 à 06h00
C’est une petite maison faubourienne, située à l’angle de la rue Legendre et de la rue Lemercier, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Pas en mauvais état, mais pas resplendissante non plus. Rien, en tout cas, qui n’arrête le regard des amoureux d’architecture. Elle est pourtant au centre de nombreuses attentions. Car son avenir est menacé. « Les propriétaires ont reçu une offre d’un promoteur immobilier, qui veut ériger un immeuble à la place », alerte Patrick Rollot.
Ce dernier est l’un des créateurs du collectif Épinettes-Batignolles. Il regroupe des riverains inquiets de voir leur quartier se transformer. Selon eux, les petites maisons de ce genre sont en voie de disparition dans la capitale. Ils critiquent plus largement cette tendance, approuvée par la Ville, à surélever les bâtiments d’une rue à la même hauteur, faisant grimper Paris vers le ciel.
Un sentiment que semblent confirmer les données mises en libre accès par la Ville. Quelque 1 202 permis de construire déposés pour une surélévation ont obtenu un avis favorable depuis 2012. Surtout, la dynamique inquiète. Alors qu’il y a vingt ans, seuls 38 permis avaient été accordés sur l’année, 135 l’ont été en 2020. Un record.
« Une valeur patrimoniale et environnementale »
« Les maisons faubouriennes ou les dents creuses (un immeuble plus bas coincé entre deux autres) ont une valeur patrimoniale, héritée du passé, reprend Patrick Rollot. Elles ont en plus une valeur environnementale pour une ville dense comme Paris, puisqu’elles permettent à l’air de circuler et à la lumière de passer. »
« Aucune étude scientifique n’établit de corrélation entre la circulation de l’air et la réhabilitation sur dents creuses. Au contraire, l’apport d’ombre des bâtiments est non négligeable pour le rafraîchissement des rues », rétorque-t-on du côté de l’Hôtel de Ville.
La Ville défend « le développement de constructions sobres et vertueuses »
D’autres collectifs scrutent avec attention cette tendance dans tout Paris. Un thème « cher » à Émile Meunier, élu écologiste du XVIIIe arrondissement et membre de la commission du Vieux Paris. « La position des écologistes à ce sujet a toujours été la même. Paris est une ville qui doit respirer. Elle se doit de posséder des décrochés, des maisons d’angle. Le problème, c’est que le plan local d’urbanisme, surtout dans sa version de 2016, incite à l’alignement des immeubles dans leur hauteur. »
Dans un document siglé « mairie de Paris », nommé « Je réalise mes travaux ; surélever mon immeuble » et daté de cette même année, la Ville présente en effet les nombreux avantages de cette politique. Dès le préambule, on peut ainsi lire que « la Ville de Paris entend encourager » cette pratique « pour atteindre son objectif ambitieux de production de 10 000 logements par an ». Les possibilités seraient d’ailleurs immenses. « 10 % des parcelles parisiennes pourraient faire l’objet d’une étude de surélévation des bâtiments de rue », lit-on.
Aujourd’hui encore, à la mairie, on souligne que « ces opérations permettent le développement de constructions sobres et vertueuses et libère de l’espace au sol pour y permettre de la pleine terre et de la végétalisation ». « Elles présentent de nombreux atouts, parmi lesquels la création de logements, dont des logements sociaux, de commerces et de services publics », développe-t-on à l’hôtel de Ville.
« Les maisons faubouriennes ont une valeur patrimoniale », alerte Patrick Rollot, membre d’un collectif du XVIIe arrondissement qui s’inquiète de voir ces immeubles anciens disparaître dans la capitale. LP/F.H.
« Les maisons faubouriennes ont une valeur patrimoniale », alerte Patrick Rollot, membre d’un collectif du XVIIe arrondissement qui s’inquiète de voir ces immeubles anciens disparaître dans la capitale. LP/F.H. LP/F.H.
Jusqu’où cette pratique va-t-elle transformer Paris ? Apercevoir le ciel sera-t-il de plus en plus rare pour les piétons ? « Depuis la loi Alur, les demandes de surélévations n’ont pas connu d’augmentation notable. Au contraire, on constate même une baisse depuis 2016 en raison des complexités juridiques, techniques et financières liées à la mise en œuvre de telles opérations, qui restent rares », contredit la mairie de Paris.
La révision du plan local d’urbanisme scrutée de près
Émile Meunier se veut confiant. La Ville est en pleine révision de son plan local d’urbanisme (PLU), document qui réglemente les constructions dans une commune. « Nous demandons que les principes soient revus pour modérer les surélévations. Ce doit être un travail de dentelle, mené parcelle par parcelle, insiste l’élu écologiste. On ne peut plus agir comme aujourd’hui. Et, si surélévation il y a, elle doit uniquement servir à la création de logements sociaux. »
Lors du dernier Conseil de Paris, Geoffroy Boulard, le maire (LR) du XVIIe arrondissement, avait proposé l’adoption d’un vœu visant à ce que le prochain PLU limite les surélévations d’immeuble. « Mais il a été rejeté, regrette l’élu. C’est quelque chose qui nous importe. Nous recevons beaucoup de demandes. Nous ne sommes pas contre, mais nous demeurons vigilants. Ce doit être du cas par cas. Il faut étudier l’état de l’immeuble. Si celui-ci tombe en lambeaux, je n’ai pas de scrupule à autoriser une surélévation. Mais le collectif Épinettes-Batignolles a raison d’alerter. »
Si les équipes d’Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, ne peuvent se prononcer sur ce que dictera le prochain PLU, elles soulignent tout de même qu’« éviter la surélévation des bâtiments à tout prix peut conduire à un effet inverse de celui recherché : rendre l’adaptation du bâti impossible encouragerait, de fait, la démolition-reconstruction plutôt que la réadaptation de la ville à ces nouveaux enjeux ». « La révision en cours du PLU s’attache notamment à s’assurer de la préservation du patrimoine bâti parisien », conclut l’hôtel de Ville.
NIMBY go brrrr
Il y a déjà beaucoup (trop) de restrictions sur la construction à Paris, alors ils vont pas nous faire chier pour quelques maisons détruites.
Pour faire baisser le prix de l’immobilier, il faut construire plus.
Et pour construire plus, il faut construire en hauteur.
Je comprends la valeur patrimoniale, et c’est intéressant d’en conserver quelques exemples, mais à un moment, il est normal et logique que la ville s’adapte aux besoins de ses habitants/ceux qui veulent y habiter.
C’est marrant de voir les commentaires ici qui se réjouissent de construire plus d’immeubles dans Paris. Ça pleure beaucoup pour ceux qui cherchent à acheter absolument dans le centre d’une ville à la densité déjà invivable, qui refusent de voir qu’ils font partie du problème.
Construisons plus, remplissons tant que possible, surtout ne PAS parler de décentralisation, après tout les transports parisiens ne sont pas à capacité maximale (on y respire encore parfois de 10h à 12h et de 14h à 15h, et puis on pourrait faire passer les RERs toutes les 30secondes au lieu des 2min actuelles), tant que c’est pas Mumbai on peut encore caser du monde.
Et puis qui ne rêve pas de transformer toute la ville en réplique de la Défense, ce petit paradis, vivre entre les tours à ne plus voir le ciel, ya que ça de vrai, faut voir le sourire qu’ils ont dans les banlieues bétonnées.
> Une tendance qui hérisse les amoureux du patrimoine mais aussi les élus écologistes
Imaginez etre ecolo, et etre assez con pour s’opposer a une densification de la population.
Ce n’est pas possible d’obliger les promoteurs a préserver les façades sur les étages les plus bas ou au moins un style équivalent ?
Si encore le style haussmannien était préservé passe encore, mais je parie que le truc qui va remplacer les petites maisonnettes sera un bloc de béton qui ne fera pas rougir Cyberpunk.
C’est mal si on rase le bâtiment de la photo ?
Franchement, il a quel interêt ? Ils pouvaient pas trouver un meilleur exemple ?
10 comments
Immobilier : Paris dit adieu à ses maisons faubouriennes pour des immeubles surélevés
Face à la pénurie de logements, la Ville accorde de plus en plus de permis de construire permettant à des immeubles de gagner en hauteur, parfois au prix de bâtisses anciennes de taille modeste. Une tendance qui hérisse les amoureux du patrimoine mais aussi les élus écologistes.
Paris (XVIIe). Les propriétaires de cette petite maison située rue Legendre ont reçu une offre d’un promoteur immobilier, qui veut ériger un immeuble à la place. Un cas loin d’être isolé dans la capitale où le foncier disponible est rarissime. LP/F.H.
Par Florent Hélaine
Le 26 avril 2022 à 06h00
C’est une petite maison faubourienne, située à l’angle de la rue Legendre et de la rue Lemercier, dans le XVIIe arrondissement de Paris. Pas en mauvais état, mais pas resplendissante non plus. Rien, en tout cas, qui n’arrête le regard des amoureux d’architecture. Elle est pourtant au centre de nombreuses attentions. Car son avenir est menacé. « Les propriétaires ont reçu une offre d’un promoteur immobilier, qui veut ériger un immeuble à la place », alerte Patrick Rollot.
Ce dernier est l’un des créateurs du collectif Épinettes-Batignolles. Il regroupe des riverains inquiets de voir leur quartier se transformer. Selon eux, les petites maisons de ce genre sont en voie de disparition dans la capitale. Ils critiquent plus largement cette tendance, approuvée par la Ville, à surélever les bâtiments d’une rue à la même hauteur, faisant grimper Paris vers le ciel.
https://twitter.com/JCQDSE/status/1506193808421228550
Un sentiment que semblent confirmer les données mises en libre accès par la Ville. Quelque 1 202 permis de construire déposés pour une surélévation ont obtenu un avis favorable depuis 2012. Surtout, la dynamique inquiète. Alors qu’il y a vingt ans, seuls 38 permis avaient été accordés sur l’année, 135 l’ont été en 2020. Un record.
« Une valeur patrimoniale et environnementale »
« Les maisons faubouriennes ou les dents creuses (un immeuble plus bas coincé entre deux autres) ont une valeur patrimoniale, héritée du passé, reprend Patrick Rollot. Elles ont en plus une valeur environnementale pour une ville dense comme Paris, puisqu’elles permettent à l’air de circuler et à la lumière de passer. »
« Aucune étude scientifique n’établit de corrélation entre la circulation de l’air et la réhabilitation sur dents creuses. Au contraire, l’apport d’ombre des bâtiments est non négligeable pour le rafraîchissement des rues », rétorque-t-on du côté de l’Hôtel de Ville.
La Ville défend « le développement de constructions sobres et vertueuses »
D’autres collectifs scrutent avec attention cette tendance dans tout Paris. Un thème « cher » à Émile Meunier, élu écologiste du XVIIIe arrondissement et membre de la commission du Vieux Paris. « La position des écologistes à ce sujet a toujours été la même. Paris est une ville qui doit respirer. Elle se doit de posséder des décrochés, des maisons d’angle. Le problème, c’est que le plan local d’urbanisme, surtout dans sa version de 2016, incite à l’alignement des immeubles dans leur hauteur. »
À lire aussi
[Entre «ruptures architecturales» et préservation du patrimoine, Paris cherche l’équilibre](https://www.leparisien.fr/paris-75/projets-immobiliers-a-paris-entre-ruptures-architecturales-et-preservation-du-patrimoine-la-ville-cherche-lequilibre-26-04-2022-HGBUZ5NJIBH6BFCTT2CVLMFSCA.php)
Dans un document siglé « mairie de Paris », nommé « Je réalise mes travaux ; surélever mon immeuble » et daté de cette même année, la Ville présente en effet les nombreux avantages de cette politique. Dès le préambule, on peut ainsi lire que « la Ville de Paris entend encourager » cette pratique « pour atteindre son objectif ambitieux de production de 10 000 logements par an ». Les possibilités seraient d’ailleurs immenses. « 10 % des parcelles parisiennes pourraient faire l’objet d’une étude de surélévation des bâtiments de rue », lit-on.
Aujourd’hui encore, à la mairie, on souligne que « ces opérations permettent le développement de constructions sobres et vertueuses et libère de l’espace au sol pour y permettre de la pleine terre et de la végétalisation ». « Elles présentent de nombreux atouts, parmi lesquels la création de logements, dont des logements sociaux, de commerces et de services publics », développe-t-on à l’hôtel de Ville.
« Les maisons faubouriennes ont une valeur patrimoniale », alerte Patrick Rollot, membre d’un collectif du XVIIe arrondissement qui s’inquiète de voir ces immeubles anciens disparaître dans la capitale. LP/F.H.
« Les maisons faubouriennes ont une valeur patrimoniale », alerte Patrick Rollot, membre d’un collectif du XVIIe arrondissement qui s’inquiète de voir ces immeubles anciens disparaître dans la capitale. LP/F.H. LP/F.H.
Jusqu’où cette pratique va-t-elle transformer Paris ? Apercevoir le ciel sera-t-il de plus en plus rare pour les piétons ? « Depuis la loi Alur, les demandes de surélévations n’ont pas connu d’augmentation notable. Au contraire, on constate même une baisse depuis 2016 en raison des complexités juridiques, techniques et financières liées à la mise en œuvre de telles opérations, qui restent rares », contredit la mairie de Paris.
La révision du plan local d’urbanisme scrutée de près
Émile Meunier se veut confiant. La Ville est en pleine révision de son plan local d’urbanisme (PLU), document qui réglemente les constructions dans une commune. « Nous demandons que les principes soient revus pour modérer les surélévations. Ce doit être un travail de dentelle, mené parcelle par parcelle, insiste l’élu écologiste. On ne peut plus agir comme aujourd’hui. Et, si surélévation il y a, elle doit uniquement servir à la création de logements sociaux. »
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Surélévation des immeubles à Paris : [«Des millions de mètres carrés à créer»](https://www.leparisien.fr/paris-75/surelevation-des-immeubles-a-paris-des-millions-de-metres-carres-a-creer-26-04-2022-OOX3XWG5WFCGJKNU4E7JFUQJUE.php)
Lors du dernier Conseil de Paris, Geoffroy Boulard, le maire (LR) du XVIIe arrondissement, avait proposé l’adoption d’un vœu visant à ce que le prochain PLU limite les surélévations d’immeuble. « Mais il a été rejeté, regrette l’élu. C’est quelque chose qui nous importe. Nous recevons beaucoup de demandes. Nous ne sommes pas contre, mais nous demeurons vigilants. Ce doit être du cas par cas. Il faut étudier l’état de l’immeuble. Si celui-ci tombe en lambeaux, je n’ai pas de scrupule à autoriser une surélévation. Mais le collectif Épinettes-Batignolles a raison d’alerter. »
Si les équipes d’Anne Hidalgo, la maire (PS) de Paris, ne peuvent se prononcer sur ce que dictera le prochain PLU, elles soulignent tout de même qu’« éviter la surélévation des bâtiments à tout prix peut conduire à un effet inverse de celui recherché : rendre l’adaptation du bâti impossible encouragerait, de fait, la démolition-reconstruction plutôt que la réadaptation de la ville à ces nouveaux enjeux ». « La révision en cours du PLU s’attache notamment à s’assurer de la préservation du patrimoine bâti parisien », conclut l’hôtel de Ville.
NIMBY go brrrr
Il y a déjà beaucoup (trop) de restrictions sur la construction à Paris, alors ils vont pas nous faire chier pour quelques maisons détruites.
Pour faire baisser le prix de l’immobilier, il faut construire plus.
Et pour construire plus, il faut construire en hauteur.
Je comprends la valeur patrimoniale, et c’est intéressant d’en conserver quelques exemples, mais à un moment, il est normal et logique que la ville s’adapte aux besoins de ses habitants/ceux qui veulent y habiter.
Je comprends par contre la nécessité de vérifier que cela n’entraîne pas d’autres problèmes (poches de chaleur liées à la hauteur des immeubles et au [manque de circulation d’air](https://www.cntraveler.com/stories/2016-02-23/beijing-is-building-ventilation-corridors-to-blow-smog-away) ? Autres ? – je me souviens aussi de [l’immeuble qui faisait fondre les voitures](https://globalnews.ca/news/1334377/car-melting-london-skyscraper-to-be-permanently-cooled-down/) à Londres parce qu’il concentrait la lumière, et il me semble qu’un cas semblable s’est aussi produit à Toronto) mais cela doit faire l’objet d’études spécifiques, quantifiables, rationnelles et sérieuses, et non juste s’appuyer sur des idées et des je pense que.
C’est marrant de voir les commentaires ici qui se réjouissent de construire plus d’immeubles dans Paris. Ça pleure beaucoup pour ceux qui cherchent à acheter absolument dans le centre d’une ville à la densité déjà invivable, qui refusent de voir qu’ils font partie du problème.
Construisons plus, remplissons tant que possible, surtout ne PAS parler de décentralisation, après tout les transports parisiens ne sont pas à capacité maximale (on y respire encore parfois de 10h à 12h et de 14h à 15h, et puis on pourrait faire passer les RERs toutes les 30secondes au lieu des 2min actuelles), tant que c’est pas Mumbai on peut encore caser du monde.
Et puis qui ne rêve pas de transformer toute la ville en réplique de la Défense, ce petit paradis, vivre entre les tours à ne plus voir le ciel, ya que ça de vrai, faut voir le sourire qu’ils ont dans les banlieues bétonnées.
> Une tendance qui hérisse les amoureux du patrimoine mais aussi les élus écologistes
Imaginez etre ecolo, et etre assez con pour s’opposer a une densification de la population.
Ce n’est pas possible d’obliger les promoteurs a préserver les façades sur les étages les plus bas ou au moins un style équivalent ?
Si encore le style haussmannien était préservé passe encore, mais je parie que le truc qui va remplacer les petites maisonnettes sera un bloc de béton qui ne fera pas rougir Cyberpunk.
C’est mal si on rase le bâtiment de la photo ?
Franchement, il a quel interêt ? Ils pouvaient pas trouver un meilleur exemple ?