Certaines séparations sont moins douloureuses que d’autres. Lorsque les Bleues se sont dispersées, dimanche matin à Mont-de-Marsan, elles devaient être nombreuses à se dire que les quelques jours de repos dont elles vont bénéficier jusqu’à vendredi prochain, date de leur départ pour l’Angleterre où elles disputeront la Coupe du monde (22 août – 27 septembre), allaient leur faire le plus grand bien. Une intuition nourrie bien plus par la sévère correction que leur ont infligée les Red Roses sur la pelouse du stade Guy et André Boniface (6-40) que par le mois et demi d’intense préparation auquel elles venaient de souscrire.
Tout au long de la semaine, Gaëlle Mignot et David Ortiz s’étaient appliqués à rappeler que le contenu prédominerait sur le résultat avant de disputer un match amical face à des Anglaises qui sont à la fois les grandes favorites de « leur » Coupe du monde et la meilleure équipe du monde à l’heure actuelle. Mais les mines déconfites affichées par les deux entraîneurs du XV de France féminin témoignaient samedi soir d’une réelle déception à deux semaines de l’entrée en lice des Bleues dans la compétition, le samedi 23 août face à l’Italie à Exeter.
« Notre volonté était de jouer les Anglaises pour savoir où on en était », a soufflé une Gaëlle Mignot dont la force de la voix était couverte par le brouhaha de la salle de réception d’après-match : « Clairement, on est servies ». Invaincues depuis très précisément 1 002 jours lorsqu’elles se sont présentées sur le terrain montois, les Anglaises se sont effectivement montrées particulièrement généreuses au moment de dispenser une leçon ponctuée de six essais. Dont quatre sur des ballons portés.
La science des Red Roses dans l’exécution de cette phase de jeu est bien connue. Mais les Françaises ont tout de même semblé prendre un malin plaisir à leur permettre de l’exprimer en cédant à une indiscipline chronique : 12 pénalités concédées dans la seule première période, 17 sur l’ensemble de la rencontre. Les coéquipières de Morgane Ménager ont eu beau être sous pression durant l’essentiel de cette rencontre, ce défaut s’est rapidement avéré rédhibitoire a convenu David Ortiz.
Thérapie de la claque
« On sait que les ballons portés, c’est leur marque de fabrique, et que c’est une équipe beaucoup plus puissante. La stratégie était de ne pas leur donner de solution. Mais quand on arrive à la pause avec 12 pénalités, c’est tendre le bâton pour se faire battre », a râlé le co-entraîneur tout en s’efforçant de dédramatiser. « On en est conscient, on est encore en rodage. L’un de nos objectifs est de donner le moins de munitions possibles à nos adversaires. »
Qu’un match de préparation éclaire des axes de progression, c’est relativement logique. Mais à 15 jours du début de la Coupe du monde, il aurait également dû permettre de faire émerger des convictions. C’est raté. Au lieu de les lancer vers la compétition, cette sortie amicale a offert aux Bleues un vilain coup derrière la tête.
« Il y a forcément de la déception. Clairement, on n’a pas montré le visage que l’on espérait », a admis Gaëlle Mignot avant de tenter de relativiser la portée de cet échec. « Dire qu’on a pris un coup derrière la tête, ce serait mal connaître cette équipe. Elle est résiliente. » Un discours volontariste que la technicienne a toutefois conclu sur un ton un peu moins enlevé : « Si on n’élève pas notre niveau, si on ne va pas chercher un peu plus dans tous les secteurs, la suite de la compétition sera compliquée. »
Ce constat, les Françaises l’avaient toute en tête à Mont-de-Marsan. C’est probablement la raison qui a incité Manae Feleu a adopté la méthode Coué : « Des fois, ça fait du bien de prendre une claque comme ça dans la tête juste avant une compétition. On peut rentrer dedans direct. » Ses coéquipières ont une semaine pour se répéter ce mantra avant de s’envoler pour l’Angleterre.