Comment l’Etat français finance le cloud américain. EDITO – L’Etat français a annoncé un plan ambitieux pour le cloud européen. Mais cette manne pourrait bien aboutir dans les mains des géants américains du set tranquillement demander une subvention à l’Etat français pour continuer à se développer.

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  1. Edit : sous-titre confus -mauvais copié-collé ; le voici : )
    *EDITO – L’Etat français a annoncé un plan ambitieux pour le cloud européen. Mais cette manne pourrait bien aboutir dans les mains des géants américains du secteur. Les acteurs européens sont très inquiets et dénoncent la légèreté des décisions.*

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    Imaginez. La première entreprise mondiale, valorisée plus de 2.470 milliards de dollars à la Bourse américaine, peut tranquillement demander une subvention à l’Etat français pour continuer à se développer. Plaisanterie de mauvais goût? Non, triste réalité technocratique, résultat d’un improbable imbroglio entre les désirs d’indépendance de la France, les appétits de l’Allemagne, l’Union européenne et l’efficacité des groupes de pression américains. Microsoft, devenue la plus grosse entreprise du monde en octobre dernier, peut tranquillement demander un financement à Bpifrance dans le cadre du plan de relance alors même que sa marge sur le cloud avoisine les 67%! Bpifrance a confirmé avoir reçu un dossier pour le financement de Bleu, la co-entreprise de Capgemini Orange et Microsoft dans le cloud de confiance mais elle n’a pas donné d’indication sur la réponse qui sera donnée.

    **Cloud souverain**

    L’affaire demande quelques explications. Tout commence avec une idée lumineuse: la France veut se doter d’un cloud souverain. Pas question de voir nos précieuses données partir pour l’étranger c’est-à-dire pour les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont en effet un “cloud act” qui oblige toutes les entreprises américaines à fournir aux autorités des Etats-Unis les données qu’elles possèdent. Fort logiquement les Européens sont devenus réticents à l’idée d’héberger les données sensibles dans un cloud américain. Les Français,

    échaudés par la désastreuse aventure du cloud souverain lancé en 2012 décident d’être plus malin et de créer un cloud souverain avec les Allemands et lancent un projet sous le nom de Gaia X, regroupant des utilisateurs et des fournisseurs. Les constructeurs automobiles allemands entrent dans le projet en tant que très gros utilisateurs de cloud. Jusqu’ici, tout est logique.

    Mais le ver est dans le fruit. Le premier marché des constructeurs automobiles allemands n’est ni la France ni l’Allemagne mais l’Amérique du Nord. D’intenses échanges ont vite fait comprendre à ces constructeurs ce qu’ils devaient faire pour ne pas subir les foudres du gouvernement Trump. “Ce sont les industriels allemands qui ont fait entrer les GAMAM (ex-Gafam) dans Gaia X, affirme un hébergeur français, à partir de là, tout était plié. Dans le mauvais sens.” De fait, Microsoft, Amazon et Google se sont invités dans Gaia X, prêts à fournir “aide et assistance” aux pauvres petits européens bien incapables de créer un cloud tout seul. Et surtout, ils sont arrivés avec une offre logicielle imbattable. Fabriquer un data center, ce n’est pas très difficile. Il faut des serveurs, des lignes de télécommunication, de l’électricité et du foncier. Mais avoir une suite logicielle efficace, c’est une autre affaire. Et seuls les géants américains peuvent aligner des solutions qui couvrent apparemment l’essentiel des besoins.

    **Faire comme les Russes ou les Chinois**

    Il aurait été possible de faire comme les Américains, les Chinois ou les Russes et faire le choix de l’indépendance numérique. Les gouvernements de ces trois pays ont exigé de leurs administrations publiques qu’elles passent commande de suites logicielles auprès de groupes nationaux. Une telle obligation Le choix peut être gênante à court terme. Il faut développer les outils qui manquent, ce qui prend du temps et de l’argent. Mais ils ont tous les trois développé des écosystèmes complets et indépendants. La France et l’Allemagne auraient pu suivre cette même voie et choisir l’indépendance. L’Europe l’a déjà fait dans le passé avec la filière aéronautique ou spatiale. Qui songerait aujourd’hui à le regretter?

    En présentant son plan de 1,8 milliard d’euros pour le cloud français et européen, le gouvernement annonce que “la bataille du cloud n’est pas perdue” malgré la domination écrasante des acteurs américain dans le secteur. Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, reconnaît que Microsoft, Amazon Web Services et Google détiennent à eux seuls 69% du marché du cloud contre moins de 2% pour les premiers industriels européens (OVHcloud et Deutsche Telekom).

    **L’Etat soutient les concurrents américains**

    Alors enfin un vrai plan cloud? Pas tout à fait. Dès qu’on touche au numérique, l’Europe est paralysée, timorée et se montre incapable de penser par elle-même. “Nous nous sommes battus pour avoir une indépendance énergétique, s’insurge Edouard de Rémur, co-fondateur d’Oodrive, pourquoi ne faisons-nous pas la même chose pour le cloud?” L’enjeu est tout simplement crucial. Les Américains l’ont bien compris et n’ont pas hésité à utiliser tous les moyens en leur possession pour torpiller les velléités d’indépendance de l’Europe. Le gouvernement français a cédé et a donné la marque “cloud de confiance” à des alliances passées entre des entreprises françaises et des entreprises américaines. Bleu est une alliance entre le cloud Azur de Microsoft, Orange et Capgemini. Thales s’est allié à Google. Amazon est en embuscade. “En estampillant Microsoft et Google comme “cloud de confiance”, poursuit Edouard de Rémur, l’Etat français légitime les Gafa. Il est tout simplement en train de soutenir les concurrents de la filière. C’est comme si l’Etat américain soutenait verbalement SpaceX d’Elon Musk tout en faisant décoller ses satellites avec Ariane ou Soyouz.”

    En clair, les acteurs français du secteur reprochent au gouvernement de ne pas obliger les administrations publiques à s’orienter vers des acteurs européens. Le fait d’accorder la marque “cloud de confiance” à des entreprises et des technologies américaines a ruiné les efforts européens. Selon Yann Lechelle, directeur général de Scaleway (Iliad-Free), de nombreuses entreprises ou acteurs publics français ont suspendu leurs discussions avec les opérateurs français pour privilégier cette future offre franco-américaine.

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