“On entend souvent dire qu’une partie de la gauche a perdu les classes populaires au profit des bobos en se focalisant sur les questions « sociétales ». On en déduit alors que les classes populaires seraient conservatrices. Mais est-ce vrai ?”

9 comments
  1. C’est pas malin comme déduction. Moi j’en déduis que les classes populaires ont pas les mêmes priorités.

  2. Tout ce fil s’attaque à des questions de société. C’est intéressant, mais ne faudrait il pas plutôt s’attaquer aux intentions de vote ?

  3. Ou les classes populaires ont des attentes plus pressantes. Comme dirait Brecht, d’abord la bouffe, ensuite la morale.

  4. Il y a des choses intéressantes dans son argumentaire, mais c’est dommage qu’il confonde les questions de faits (est-ce que la société est patriarcale ?) et les questions d’opinion (faut-il étendre la PMA ?). Et par exemple quand on compare la question “Y a-t-il trop d’étrangers en France ?” (question d’opinion) et la question “Le racisme a-t-il augmenté ?” (question de fait), ça n’a pas de sens. On peut très bien dire “le racisme a augmenté **et tant mieux**” si l’on est soi-même raciste…

    J’en profite pour signaler que le sondage sur le lien entre immigration et chômage est nul, parce qu’il présuppose qu’au mieux l’immigration n’affecte pas l’emploi. Pourquoi l’option “le chômage serait plus élevé sans immigration” n’a-t-elle pas été proposée ?

    Donc tirer des conclusions définitives de cette analyse me semble un peu exagéré. Surtout qu’il parle des problèmes sociaux mais évidemment il laisse de côté la question de l’insécurité dans son bilan.

  5. Intéressant, merci !

    Je vais pas m’étendre sur les éventuelles erreurs d’interprétation des stats ou autres, je suis pas statisticien.

    Pour le reste, ça conforte et contredit mon expérience personnelle (sans dire que mon expérience personnelle est plus valable qu’une observation large).

    Contredit parce que la plupart des personnes issues de classes populaires que j’ai pu rencontrer sont effectivement plus conservatrices.

    Mais conforte à cause de ça :

    > Le non-traitement des problèmes sociaux (chômage, conditions de vie dégradées dans les quartiers populaires, etc.) exacerbe les tensions au sein de la société, notamment les tensions identitaires.

    Parce que ce que j’entends, c’est “Ils s’occupent (des lgbt/du wokisme/de décolonisation/etc) *au lieu de s’occuper de nous*”, concrètement. Le sous-jacent ce n”est pas du conservatisme de valeurs, mais plutôt un constatation que les classes populaires ne comptent plus pour personne.

  6. Non c est juste que les sujets défendus par la gauche aujourd’hui : le wokisme , la décroissance etc.. ne parle pas du tout aux classes populaires ( pouvoir d achat , chômage, insécurité) surtout quand ils ne vivent pas dans les centre villes des métropoles ( et ils y vivent peu ) . T entendre dire que tu ne dois pas prendre ta voiture , pas avoir de maison perso , pas partir en vacances ( et il leur afallu des annéesde privation pour le pouvoir ), utiliser tel ou tel pronom , les voir se prendre la tête sur l écriture inclusive , comment gérer les enfants trans à l école alors que leur collège de campagne a pas de prof d anglais depuis 3 mois etc…

  7. > On en déduit alors que les classes populaires seraient conservatrices.

    C’est complètement pété comme raisonnement. Ce qui est souvent reproché à la gauche actuelle, à tort ou à raison, c’est de se *focaliser* sur les questions sociétales, pas de les aborder.

    La dernière fois que la gauche a été au pouvoir, de 2012 à 2017, elle a eu à son bilan :

    – le mariage pour tous (question sociétale),
    – la loi travail (durcissement des conditions de vie des travailleurs).

    Si mon pouvoir d’achat diminue d’année en année, que j’ai de plus en plus de mal à boucler les fins de mois et que j’ai peur pour mon emploi dans les années à venir parce que je bosse à l’usine et que mon secteur délocalise à tous de bras, je vais pas voter pour ce genre de programme. C’est pas pour autant que je suis homophobe, c’est juste que, comme n’importe qui, je vote pour défendre mes intérêts.

  8. La question est surtout mal posée.

    Il y a les propositions affectant la distribution des richesses (socio-économiques), ou du concret en général, et les autres, qu’elles soient relatives à des questions sociétales ou pas.

    Tu peux dénoncer la patriarchie, par exemple, en focalisant le discours sur la masculinité toxique, l’écriture inclusive ou autre machin symbolique qu’il ne coutera rien aux détenteurs du pouvoir économique de critiquer/promouvoir ou tu peux le faire en cherchant à réduire les écarts salariaux ou autres problèmes matériels (je sais pas, le manque de places en crèche) affectant d’avantage les femmes en raison de cette culture patriarcale.

    Dans le premier cas les personnes dans le besoin, dont les victimes de ces inégalités, sont susceptibles de voir ça comme un signalement de vertu des classes supérieures (dont font partie la plupart des politiques) permettant de ne pas être en train de redistribuer tout en se donnant le beau rôle, dans l’autre elles voient que tu les aide bien à boucler leurs fins de mois ou résoudre d’autres problèmes concrets.

    Tu peux défendre telle ou telle politique en faveur d’une micro-minorité en lui consacrant une importance relative à la taille de celle ci dans ton discours ou pas.

    Dans le premier cas les personnes dans le besoin de groupes plus larges risquent de voir ça comme un manque d’intérêt à leurs propres problèmes (et signe que dans ta politique aussi tu donneras priorité à des micro-groupes), dans l’autre elles s’en balancent voire peuvent le soutenir.

    Sur l’insécurité tu peux avoir un discours qui prône des solutions de gauche comme la police de proximité ou autres politiques de prévention ou un discours qui minimise totalement un truc que les classes populaires sont les première à subir (“c’est qu’un sentiment”). Évidemment elles préfèreront plutôt la première option que d’être traitées de schizophrènes/manipulés s’inquiétant d’un truc inexistant.

    Enfin pour l’immigration, elle est souvent perçue comme une concurrence directe pour les moins qualifiés/favorisés n’en étant pas issus. C’est donc un des sujets les plus casse-gueule, en particulier quand les discours là dessus les stigmatisent comme xénophobes. Par contre un discours positif peut passer s’il n’oublie pas d’insister sur le fait que plein de français sont dans le même bâteau de défavorisés/dominés (et les causes communes qu’ils peuvent avoir en conséquence face à leurs exploiteurs).

    ps : enfin il a raison que les classes populaires ne sont pas nécessairement “conservatrices”, ce qu’elles sont c’est soucieuses de leurs intérêts. Et suspicieuses vis à vis de stratégies, qui ont souvent servi à la fausse gauche à se donner une image progressiste tout en menant des politiques de droite (après le triste c’est que la gauche réellement de gauche pâtit de ces précédents presque autant que les roses pâles).

Leave a Reply