C’est quoi le problème avec *Le Monde* ? D’accord il y a cet article qui mérite d’être mis en avant, surtout si vrai, mais pourquoi ces deux là soudainement alors que publiés en avril et janvier ?
> En attendant, toujours salarié d’EDF, il souhaite garder l’anonymat – nous l’appellerons Hugo.
> Entré chez EDF au début des années 2000, il gravit très vite les échelons jusqu’à prendre, à moins de 35 ans, la tête du service sûreté de l’une des dix-huit centrales du pays. Cet homme d’une quarantaine d’années. Preuve de la reconnaissance de ses qualités professionnelles, c’est lui qu’on envoie représenter l’entreprise lors de réunions de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou de salons internationaux. Fin 2016, bardé d’états de service élogieux, il est nommé au sein de la direction de la centrale du Tricastin.
Feu l’anonymat 👏👏👏
>l’ASN conteste toute dissimulation.
Tout est dit.
foire au downvote garantie
Mur de paye
Franchement parfois faut s’accrocher pour continuer à croire que nos sociétés sont assez matures pour une responsabilité comme le nucléaire…
La gestion des centrales est décentralisée, le directeur de la centrale a pas mal de libertés. Avec les avantages et inconvénients que cela comporte…
Faut voir cette histoire comme relevant du tricastin et pas de EDF en général. Par contre cela soulève la question trop souvent courante en entreprise des lanceurs d’alerte
paywall.
Qu’est ce qui a été dissimulé? Quelqu’un a mal fait ses lacets et à trébuché près d’une porte contenant des déchets radioactifs?
Vu tous les incidents de bas niveau qui sont rapportés je dirai que le nucléaire a plutot une politique dans laquelle ils parlent trop
**Nucléaire : un cadre de la centrale du Tricastin dénonce une « politique de dissimulation » d’incidents de sûreté**
Une plainte a été déposée contre EDF devant le tribunal judiciaire de Paris, notamment pour « mise en danger de la vie d’autrui », selon des informations du « Monde ». Le groupe assure que « la transparence et le respect de la réglementation sont scrupuleusement respectés ».
Par Stéphane Mandard et Perrine Mouterde
Publié aujourd’hui à 06h08, mis à jour à 11h33
Dans la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme), en juin 2019.
L’accusation n’émane ni d’une organisation antinucléaire ni d’une association de défense de l’environnement. Pour la première fois, c’est un cadre d’EDF, ancien membre de la direction d’une centrale nucléaire française, celle du Tricastin (Drôme), qui a décidé de briser le silence et de saisir la justice pour dénoncer ce qui, selon lui, s’apparente à une « politique de dissimulation » d’incidents et d’écarts en matière de sûreté. Une démarche inédite dans un milieu tenu au secret. Selon les informations du Monde, une plainte a été déposée au début d’octobre devant le tribunal judiciaire de Paris. Elle vise EDF et la direction de la centrale du Tricastin aux chefs de « mise en danger de la vie d’autrui », « infractions au code pénal, au code de l’environnement, au code du travail et à la réglementation relative aux installations nucléaires » et « harcèlement ».
Le plaignant espère que la justice reconnaîtra son statut de lanceur d’alerte. En attendant, toujours salarié d’EDF, il souhaite garder l’anonymat – nous l’appellerons Hugo. Le Monde a pu le rencontrer, à plusieurs reprises. D’emblée, et malgré la gravité des faits qu’il dénonce, Hugo se présente comme « un amoureux du nucléaire ». Mais un amoureux aujourd’hui « tiraillé », « déchiré », qui tente de cacher sa nervosité derrière un large sourire. Cet homme d’une quarantaine d’années apparaît profondément éprouvé par les événements dont il a été témoin, puis victime : il affirme, en effet, avoir subi un harcèlement pendant plusieurs années en raison, notamment, de son refus de « couvrir » certaines tentatives de dissimulation.
Sa plainte fait figure de dernier recours après qu’il a essayé, en vain, de parvenir à une solution en interne, en alertant la direction de la centrale, celle du groupe ainsi que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Contactés par Le Monde, EDF explique ne pas « faire de commentaires s’agissant des propos rapportés par un salarié » et l’ASN conteste toute dissimulation. La direction de la centrale du Tricastin n’a pas souhaité réagir.
« Cette plainte rappelle que le lanceur d’alerte est une vigie démocratique plus que jamais indispensable lorsque l’opacité qui règne dans le nucléaire sert d’alibi pour dissimuler des graves atteintes à l’intérêt général et à l’environnement », expliquent les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth, qui accompagnent Hugo dans sa démarche avec l’association franco-américaine de soutien aux lanceurs d’alerte The Signals Network.
**Pur produit du nucléaire français**
Le parcours d’Hugo est celui d’un pur produit du nucléaire français. Entré chez EDF au début des années 2000, il gravit très vite les échelons jusqu’à prendre, à moins de 35 ans, la tête du service sûreté de l’une des dix-huit centrales du pays. Preuve de la reconnaissance de ses qualités professionnelles, c’est lui qu’on envoie représenter l’entreprise lors de réunions de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou de salons internationaux. Fin 2016, bardé d’états de service élogieux, il est nommé au sein de la direction de la centrale du Tricastin.
Cette centrale, mise en service en 1980, est l’une des plus vieilles de France. Se profile alors la quatrième visite décennale du réacteur numéro un, programmée en 2019. L’enjeu est de taille pour EDF : ce réacteur est le premier des trente-deux réacteurs de 900 mégawatts (MW) du parc à passer sa « visite des 40 ans », qui doit permettre de prolonger son activité de dix ans – si la réglementation française ne prévoit pas de durée de vie maximale des réacteurs, une partie des équipements a été conçue, à l’origine, selon une hypothèse de quarante ans de fonctionnement.
Pour EDF, rappelle Hugo, il est « inenvisageable » de rater ce rendez-vous, qui s’accompagne d’une enquête publique. Or, la centrale du Tricastin est dans le collimateur de l’ASN depuis quelques années en raison de la multiplication d’incidents, au point d’avoir été placée sous « surveillance renforcée » en 2017. Chaque centrale est, en effet, classée en fonction de ses résultats en matière de sûreté, d’environnement, de radioprotection, d’accidentologie et de production : celle du Tricastin est dans les dernières places. Au premier trimestre 2017, un nouveau directeur arrive avec pour mission de redresser la barre. « La pression était maximale, dit Hugo. Il a fallu mettre en œuvre tous les moyens pour améliorer les résultats en vue de la validation de la visite du réacteur numéro un. » Quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sûreté.
**Volonté de la direction**
De nombreux documents, que Le Monde a pu consulter, témoignent de la volonté de la direction de dissimuler à l’ASN des événements, ou en tout cas d’atténuer leur ampleur, ou de les déclarer avec retard – comme l’avait révélé en partie Mediapart en 2019. L’exemple le plus spectaculaire date de l’été 2018. Dans la nuit du 29 au 30 août, le chef d’exploitation fait état, dans un e-mail, d’une « inondation interne dans plusieurs locaux et sur trois niveaux » survenue dans l’un des bâtiments électriques de la centrale, et atteignant 10 centimètres d’eau. Il explique que les prélèvements réalisés ne contiennent pas d’activité radioactive, « sauf dans un local », et que « du matériel sensible au niveau sûreté est présent ». Il s’agit notamment de vannes de l’alimentation de secours des générateurs de vapeur, l’un des systèmes de sauvegarde les plus importants en cas d’accident. Selon son compte rendu, l’incident n’est « toujours pas soldé vingt-quatre heures après sa découverte » et « les moyens humains et surtout matériels ne sont pas à la hauteur de l’enjeu », ce qu’il juge « inacceptable ». C’est avec de simples raclettes et un aspirateur emprunté à un prestataire de nettoyage que les agents d’EDF tentent de résorber l’inondation.
Hugo découvre cet e-mail, ainsi que des photos et vidéos prises pendant la nuit, le lendemain matin. « Mon supérieur vient me voir et me dit : “Mais c’est quoi ce con de chef d’exploitation qui envoie un e-mail à la Terre entière ?” », rapporte-t-il. Le 31 août a lieu une inspection de l’ASN, prévue de longue date. Alors qu’Hugo s’apprête à expliquer ce qui s’est passé, son chef lui demande de quitter la réunion. Il découvrira seulement plus tard ce qui a été dit aux inspecteurs, en lisant le compte rendu de l’Autorité de sûreté nucléaire daté du 16 octobre : celui-ci fait état non pas d’une inondation mais de « quelques écoulements » qui ont été « immédiatement arrêtés ». Pour Hugo, il est clair, à la lecture de cette version, que la durée de l’événement, sa gravité et le manque de moyens pour y faire face ont été largement minimisés.
L’article me semble édifiant. Et les commentaires encore plus…
On voit deux types d’arguments :
“Ouais le monde c’est que des antinucléaires”. Ça c’est juste hyper dogmatique a ce stade on est dans la pure idéologie en refusant de voir le problème par principe. Ce qui est rapporté ici me semble hyper grave.
“Ouais de toute façon c’est pas des accidents graves”. Oui mais si ça l’était ? Le problème est structurel c’est le rapport à la sûreté dans cette centrale.
Je suis franchement pro nucléaire (pour le coup on a pas le choix de toute façon). Mais que les centrales minimisent les accidents pour obtenir des autorisations qu’elle ne devraient pas pouvoir obtenir et, surtout, que l’ASN ne soit pas capable de le réperer me semble gravissime.
Oui le nucléaire c’est chouette mais putain non on déconne pas avec la sûreté. Et on met encore moins au placard quelqu’un qui s’en soucis. C’est super inquiétant
J’ai longtemps été sous-traitant en centrale. J’ai été témoin de pratiques similaires (la sous-déclaration des accidents du travail notamment).
L’industrie nucléaire française est un état dans l’état. L’ASN sait pertinemment ce qui se trame dans les centrales mais ne réagit pas pour autant. C’est triste parce que ça condamné toute la filière à terme.
11 comments
C’est quoi le problème avec *Le Monde* ? D’accord il y a cet article qui mérite d’être mis en avant, surtout si vrai, mais pourquoi ces deux là soudainement alors que publiés en avril et janvier ?
* Dans la centrale nucléaire de Tricastin, un problème électrique a accru le risque d’accident grave — https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/04/27/dans-la-centrale-nucleaire-de-tricastin-un-probleme-electrique-a-accru-le-risque-d-accident-grave_6078206_3244.html
* Nucléaire : « L’état du parc français est préoccupant » — https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/22/nucleaire-on-demande-a-une-personne-malade-de-courir-un-marathon_6067145_3244.html
> En attendant, toujours salarié d’EDF, il souhaite garder l’anonymat – nous l’appellerons Hugo.
> Entré chez EDF au début des années 2000, il gravit très vite les échelons jusqu’à prendre, à moins de 35 ans, la tête du service sûreté de l’une des dix-huit centrales du pays. Cet homme d’une quarantaine d’années. Preuve de la reconnaissance de ses qualités professionnelles, c’est lui qu’on envoie représenter l’entreprise lors de réunions de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou de salons internationaux. Fin 2016, bardé d’états de service élogieux, il est nommé au sein de la direction de la centrale du Tricastin.
Feu l’anonymat 👏👏👏
>l’ASN conteste toute dissimulation.
Tout est dit.
foire au downvote garantie
Mur de paye
Franchement parfois faut s’accrocher pour continuer à croire que nos sociétés sont assez matures pour une responsabilité comme le nucléaire…
La gestion des centrales est décentralisée, le directeur de la centrale a pas mal de libertés. Avec les avantages et inconvénients que cela comporte…
Faut voir cette histoire comme relevant du tricastin et pas de EDF en général. Par contre cela soulève la question trop souvent courante en entreprise des lanceurs d’alerte
paywall.
Qu’est ce qui a été dissimulé? Quelqu’un a mal fait ses lacets et à trébuché près d’une porte contenant des déchets radioactifs?
Vu tous les incidents de bas niveau qui sont rapportés je dirai que le nucléaire a plutot une politique dans laquelle ils parlent trop
Tout est rapporté, exemple: [https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/activites-industrielles/avis-d-incident-hors-installations-nucleaires/incineration-fortuite-d-une-source-radioactive-dans-le-procede-industriel-d-une-acierie](https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/activites-industrielles/avis-d-incident-hors-installations-nucleaires/incineration-fortuite-d-une-source-radioactive-dans-le-procede-industriel-d-une-acierie)
[https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/non-respect-des-regles-generales-d-exploitation-du-reacteur-12](https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/non-respect-des-regles-generales-d-exploitation-du-reacteur-12) (les mecs éclaboussés par de l’eau du circuit primaire mdr)
[https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/activites-industrielles/avis-d-incident-hors-installations-nucleaires/vol-d-un-appareil-d-analyse-par-fluorescence-x-pour-la-recherche-de-plomb-dans-les-peintures15](https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/activites-industrielles/avis-d-incident-hors-installations-nucleaires/vol-d-un-appareil-d-analyse-par-fluorescence-x-pour-la-recherche-de-plomb-dans-les-peintures15)
etc
**Nucléaire : un cadre de la centrale du Tricastin dénonce une « politique de dissimulation » d’incidents de sûreté**
Une plainte a été déposée contre EDF devant le tribunal judiciaire de Paris, notamment pour « mise en danger de la vie d’autrui », selon des informations du « Monde ». Le groupe assure que « la transparence et le respect de la réglementation sont scrupuleusement respectés ».
Par Stéphane Mandard et Perrine Mouterde
Publié aujourd’hui à 06h08, mis à jour à 11h33
Dans la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme), en juin 2019.
L’accusation n’émane ni d’une organisation antinucléaire ni d’une association de défense de l’environnement. Pour la première fois, c’est un cadre d’EDF, ancien membre de la direction d’une centrale nucléaire française, celle du Tricastin (Drôme), qui a décidé de briser le silence et de saisir la justice pour dénoncer ce qui, selon lui, s’apparente à une « politique de dissimulation » d’incidents et d’écarts en matière de sûreté. Une démarche inédite dans un milieu tenu au secret. Selon les informations du Monde, une plainte a été déposée au début d’octobre devant le tribunal judiciaire de Paris. Elle vise EDF et la direction de la centrale du Tricastin aux chefs de « mise en danger de la vie d’autrui », « infractions au code pénal, au code de l’environnement, au code du travail et à la réglementation relative aux installations nucléaires » et « harcèlement ».
Le plaignant espère que la justice reconnaîtra son statut de lanceur d’alerte. En attendant, toujours salarié d’EDF, il souhaite garder l’anonymat – nous l’appellerons Hugo. Le Monde a pu le rencontrer, à plusieurs reprises. D’emblée, et malgré la gravité des faits qu’il dénonce, Hugo se présente comme « un amoureux du nucléaire ». Mais un amoureux aujourd’hui « tiraillé », « déchiré », qui tente de cacher sa nervosité derrière un large sourire. Cet homme d’une quarantaine d’années apparaît profondément éprouvé par les événements dont il a été témoin, puis victime : il affirme, en effet, avoir subi un harcèlement pendant plusieurs années en raison, notamment, de son refus de « couvrir » certaines tentatives de dissimulation.
Sa plainte fait figure de dernier recours après qu’il a essayé, en vain, de parvenir à une solution en interne, en alertant la direction de la centrale, celle du groupe ainsi que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Contactés par Le Monde, EDF explique ne pas « faire de commentaires s’agissant des propos rapportés par un salarié » et l’ASN conteste toute dissimulation. La direction de la centrale du Tricastin n’a pas souhaité réagir.
« Cette plainte rappelle que le lanceur d’alerte est une vigie démocratique plus que jamais indispensable lorsque l’opacité qui règne dans le nucléaire sert d’alibi pour dissimuler des graves atteintes à l’intérêt général et à l’environnement », expliquent les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth, qui accompagnent Hugo dans sa démarche avec l’association franco-américaine de soutien aux lanceurs d’alerte The Signals Network.
**Pur produit du nucléaire français**
Le parcours d’Hugo est celui d’un pur produit du nucléaire français. Entré chez EDF au début des années 2000, il gravit très vite les échelons jusqu’à prendre, à moins de 35 ans, la tête du service sûreté de l’une des dix-huit centrales du pays. Preuve de la reconnaissance de ses qualités professionnelles, c’est lui qu’on envoie représenter l’entreprise lors de réunions de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou de salons internationaux. Fin 2016, bardé d’états de service élogieux, il est nommé au sein de la direction de la centrale du Tricastin.
Cette centrale, mise en service en 1980, est l’une des plus vieilles de France. Se profile alors la quatrième visite décennale du réacteur numéro un, programmée en 2019. L’enjeu est de taille pour EDF : ce réacteur est le premier des trente-deux réacteurs de 900 mégawatts (MW) du parc à passer sa « visite des 40 ans », qui doit permettre de prolonger son activité de dix ans – si la réglementation française ne prévoit pas de durée de vie maximale des réacteurs, une partie des équipements a été conçue, à l’origine, selon une hypothèse de quarante ans de fonctionnement.
Pour EDF, rappelle Hugo, il est « inenvisageable » de rater ce rendez-vous, qui s’accompagne d’une enquête publique. Or, la centrale du Tricastin est dans le collimateur de l’ASN depuis quelques années en raison de la multiplication d’incidents, au point d’avoir été placée sous « surveillance renforcée » en 2017. Chaque centrale est, en effet, classée en fonction de ses résultats en matière de sûreté, d’environnement, de radioprotection, d’accidentologie et de production : celle du Tricastin est dans les dernières places. Au premier trimestre 2017, un nouveau directeur arrive avec pour mission de redresser la barre. « La pression était maximale, dit Hugo. Il a fallu mettre en œuvre tous les moyens pour améliorer les résultats en vue de la validation de la visite du réacteur numéro un. » Quitte à passer sous silence ou à minimiser certains incidents au mépris des règles fondamentales de sûreté.
**Volonté de la direction**
De nombreux documents, que Le Monde a pu consulter, témoignent de la volonté de la direction de dissimuler à l’ASN des événements, ou en tout cas d’atténuer leur ampleur, ou de les déclarer avec retard – comme l’avait révélé en partie Mediapart en 2019. L’exemple le plus spectaculaire date de l’été 2018. Dans la nuit du 29 au 30 août, le chef d’exploitation fait état, dans un e-mail, d’une « inondation interne dans plusieurs locaux et sur trois niveaux » survenue dans l’un des bâtiments électriques de la centrale, et atteignant 10 centimètres d’eau. Il explique que les prélèvements réalisés ne contiennent pas d’activité radioactive, « sauf dans un local », et que « du matériel sensible au niveau sûreté est présent ». Il s’agit notamment de vannes de l’alimentation de secours des générateurs de vapeur, l’un des systèmes de sauvegarde les plus importants en cas d’accident. Selon son compte rendu, l’incident n’est « toujours pas soldé vingt-quatre heures après sa découverte » et « les moyens humains et surtout matériels ne sont pas à la hauteur de l’enjeu », ce qu’il juge « inacceptable ». C’est avec de simples raclettes et un aspirateur emprunté à un prestataire de nettoyage que les agents d’EDF tentent de résorber l’inondation.
Hugo découvre cet e-mail, ainsi que des photos et vidéos prises pendant la nuit, le lendemain matin. « Mon supérieur vient me voir et me dit : “Mais c’est quoi ce con de chef d’exploitation qui envoie un e-mail à la Terre entière ?” », rapporte-t-il. Le 31 août a lieu une inspection de l’ASN, prévue de longue date. Alors qu’Hugo s’apprête à expliquer ce qui s’est passé, son chef lui demande de quitter la réunion. Il découvrira seulement plus tard ce qui a été dit aux inspecteurs, en lisant le compte rendu de l’Autorité de sûreté nucléaire daté du 16 octobre : celui-ci fait état non pas d’une inondation mais de « quelques écoulements » qui ont été « immédiatement arrêtés ». Pour Hugo, il est clair, à la lecture de cette version, que la durée de l’événement, sa gravité et le manque de moyens pour y faire face ont été largement minimisés.
L’article me semble édifiant. Et les commentaires encore plus…
On voit deux types d’arguments :
“Ouais le monde c’est que des antinucléaires”. Ça c’est juste hyper dogmatique a ce stade on est dans la pure idéologie en refusant de voir le problème par principe. Ce qui est rapporté ici me semble hyper grave.
“Ouais de toute façon c’est pas des accidents graves”. Oui mais si ça l’était ? Le problème est structurel c’est le rapport à la sûreté dans cette centrale.
Je suis franchement pro nucléaire (pour le coup on a pas le choix de toute façon). Mais que les centrales minimisent les accidents pour obtenir des autorisations qu’elle ne devraient pas pouvoir obtenir et, surtout, que l’ASN ne soit pas capable de le réperer me semble gravissime.
Oui le nucléaire c’est chouette mais putain non on déconne pas avec la sûreté. Et on met encore moins au placard quelqu’un qui s’en soucis. C’est super inquiétant
J’ai longtemps été sous-traitant en centrale. J’ai été témoin de pratiques similaires (la sous-déclaration des accidents du travail notamment).
L’industrie nucléaire française est un état dans l’état. L’ASN sait pertinemment ce qui se trame dans les centrales mais ne réagit pas pour autant. C’est triste parce que ça condamné toute la filière à terme.