La chanteuse Yuval Raphael, représentante d’Israël lors de l’édition 2025, en mars. Elle a fini à la deuxième place après les votes du public. Photo Fabrice Coffrini/AFP
Publié le 12 septembre 2025 à 16h03
Une fois de plus, l’Eurovision cristallise les tensions géopolitiques qui secouent l’Europe. Pas de chance pour un concours qui se proclame « apolitique », mais qui est souvent utilisé comme un outil diplomatique. Ce jeudi 11 septembre, le groupe audiovisuel public irlandais RTÉ (Raidió Teilifís Éireann), chargé de la participation de l’Irlande au concours, a annoncé dans un communiqué que si Israël maintenait sa candidature, il se retirerait de l’édition 2026, prévue du 12 au 16 mai de l’année prochaine au Wiener Stadthalle de Vienne, en Autriche. La présence de l’Irlande « serait inconcevable compte tenu des pertes humaines effroyables et persistantes à Gaza », a déclaré le diffuseur, avant de se dire « profondément préoccupé par les assassinats ciblés de journalistes à Gaza, le refus d’accès des journalistes internationaux au territoire et le sort des otages restants ». RTÉ a également signalé que la décision finale serait prise lorsque l’Union européenne de radio-télévision (UER), organisateur du concours, communiquerait sur la participation ou non de l’État hébreu.
À la suite d’une assemblée générale en juillet dernier, l’UER avait justement pris la décision de repousser, d’octobre à décembre, la date limite de possibilité de retrait des pays membres du concours sans pénalités financières. L’organisme a également lancé un processus de consultation interne, lors de laquelle plusieurs pays ont « exprimé des préoccupations concernant la participation d’Israël », rappelle le communiqué de RTÉ.
Le gouvernement de Netanyahou critiqué
De plus, ce 12 septembre, le groupe audiovisuel public néerlandais Avrotros a indiqué que les Pays-Bas boycotteraient l’Eurovision l’an prochain si Israël y participait, invoquant la guerre à Gaza et les « interférences » du pays dans la dernière édition. En début de semaine, le ministre de la Culture espagnol, Ernest Urtasun, a lui aussi envisagé un retrait de l’Espagne, affirmant qu’il « faudra[it] prendre des mesures » dans le cas où Israël participerait à la 70e édition.
À lire aussi :
L’Eurovision, le plus politique des télécrochets ?
Néanmoins, cette décision appartiendra au groupe audiovisuel public espagnol RTVE, puisque l’Eurovision oppose les diffuseurs publics des différents pays qui organisent l’événement et choisissent chacun un candidat. Lors de l’édition 2025, le groupe avait demandé « l’ouverture d’un débat sur la participation au concours de la télévision publique israélienne (Kan) » dans une lettre adressée à l’UER, selon un communiqué de ce dernier. Il avait également diffusé un message de soutien aux Palestiniens avant la retransmission de la finale le 17 mai. Avec l’Irlande, la Norvège et la Slovénie, l’Espagne fait partie des pays européens qui ont reconnu l’État palestinien en 2024 et ont critiqué à plusieurs reprises le gouvernement de Benyamin Netanyahou et la guerre qu’il mène dans la bande de Gaza.
Le sujet secoue l’Eurovision depuis déjà deux éditions. En 2024, la présence d’Israël au sein du concours avait suscité une importante manifestation à Malmö, en Suède, où se tenait l’événement. Cette année, le vainqueur austro-philippin Johannes Pietsch a partagé son souhait d’un Eurovision 2026 sans Israël, dans une interview publiée en mai par le quotidien espagnol El País. Le jeune artiste a également appelé à « une plus grande transparence » concernant le vote du public, après le classement de la candidate israélienne, Yuval Raphael, à la deuxième place. En effet, la différence flagrante entre le vote des jurys nationaux et celui du public, en faveur de la chanteuse, par ailleurs rescapée de l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas, avait suscité quelques questionnements.
À lire aussi :