**Lignes coupées, infrastructures dégradées… De 15 % à 20 % des abonnés sont touchés. En cause, trop de sous-traitance et des services après-vente débordés.**
Dans les westerns, il faut un shérif pour faire régner l’ordre. Dans les télécoms aussi. Epuisé par les coupures incessantes de la fibre optique dans sa commune, Jean-Pierre Blazy (Parti socialiste), le maire de Gonesse (Val-d’Oise), a fini par appeler ses policiers municipaux à la rescousse. Leur mission : verbaliser les techniciens qui n’auraient pas rempli de déclaration d’intervention sur les équipements télécoms de la ville. L’édile sait que ce document, créé par arrêté municipal en mars 2021, souffre d’une valeur juridique discutable. Mais le maire de cette commune de 26 000 habitants ne savait plus comment faire pour rétablir la situation et calmer la colère de ses administrés, « prêts à saisir la justice », selon Nicole Top, trésorière de l’Association de défense des usagers de la fibre optique à Gonesse.
Cette ville du Val-d’Oise n’est pas la seule commune de France embarquée dans la galère de la fibre. Survilliers et Montigny-lès-Cormeilles dans le Val-d’Oise, Saint-Priest, dans le Rhône, Gordes, dans le Vaucluse, entre autres, ont voté le même arrêté. « La fibre provoque de très fortes tensions », dit en soupirant Grégoire de Lasteyrie (Les Républicains), maire de Palaiseau (Essonne) et président de l’agglomération Paris-Saclay. Le syndicat mixte chargé de la fibre dans ce département, le Sipperec, a lancé, le 4 avril, avec 27 autres collectivités locales une mise en garde aux opérateurs, dans laquelle elles se disent prêtes à « prendre toute mesure » pour « préserver l’intégrité du bien commun que constituent les nouveaux réseaux fibre optique de [leurs] territoires ».
Saclay a beau être l’épicentre de l’industrie quantique française et héberger l’Ecole polytechnique, la qualité de sa fibre est tout sauf high-tech. Certains de ses habitants n’ont plus Internet depuis cent cinquante jours. « En octobre [2021], j’ai réuni des opérateurs commerciaux et d’infrastructures, le Sipperec, le régulateur des télécoms… Tout le monde se renvoyait la balle », raconte M. de Lasteyrie. Las, il a opté pour la manière forte : « A chaque dégradation, on portera plainte contre X. » Les premiers dossiers sont en cours de constitution.
**« Certains prennent des risques »**
Pour comprendre les raisons du cauchemar qui frappe, selon les estimations, de 15 % à 20 % des abonnés à la fibre en France, il suffit d’ouvrir les portes d’un point de mutualisation, l’armoire de rue dans laquelle sont raccordés les abonnés à la fibre d’un quartier. Direction Osny (Val-d’Oise), un lundi matin d’avril. Simon et Aurélien, deux techniciens d’Orange, qui ont souhaité garder l’anonymat, s’affairent sur un « plat de nouilles », un indigeste nœud de fibres. Démêler cet amas de spaghettis multicolores leur prendra cinq jours. Ils étaient pourtant déjà intervenus au même endroit en décembre 2021. Cinq mois et les centaines de passages des sous-traitants des opérateurs commerciaux (Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom) ont suffi à remettre le bazar dans l’armoire.
Ces plats de nouilles illustrent l’état de Far West de la filière : mauvaise communication entre opérateurs d’infrastructures, à qui appartient le réseau, et opérateurs commerciaux, ceux qui raccordent les foyers ; excès de sous-traitance, parfois jusqu’à huit rangs, selon un opérateur ; service après-vente débordé ; techniciens mal, voire pas du tout, formés… Bref, beaucoup trop de défauts cumulés pour pouvoir répondre correctement à la vague de demande de raccordements au très haut débit, qui déferle depuis les confinements et l’essor du télétravail et de l’école à la maison.
« De nombreux problèmes proviennent d’un dimensionnement insuffisant des réseaux locaux », explique Olivier Corolleur, directeur fibre, infrastructures et territoires à l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep). Résultat, « quand il n’y a plus de place pour raccorder un nouveau client dans l’armoire de rue, certains techniciens sont tentés de débrancher un abonné pour prendre la ligne ». Logique, ils sont payés, parfois très mal, au raccordement et non à l’intervention.
Brancher, coûte que coûte… Un opérateur dit avoir constaté sur certaines zones jusqu’à 15 % de raccordements sauvages. Dans certaines villes, des habitants, aguerris par de multiples coupures, ouvrent les armoires pour se raccorder eux-mêmes. « Beaucoup d’intervenants sur la chaîne ne gagnent pas suffisamment d’argent. Certains travaillent à perte et prennent des risques. On aura des morts si cela continue », s’alarme Philippe Le Grand, le président d’InfraNum, l’association professionnelle de la fibre.
“Cette organisation en cascade dilue la responsabilité.”
Bienvenue en France, le pays du “c’est pas ma faute”. Quand un sous traitant fait de la merde, il devrait être impensable que ça puisse servir d’excuse au donneur d’ordres. C’est pourtant le cas, et c’est systématique et institutionnel.
En meme temps avec un cable management aussi degueulasse…
Hop hop hop on renationalise tout ça
On veut pas nationaliser le système de fibre?
Le faire gérer par l’état et financé par les opérateurs ?
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**Lignes coupées, infrastructures dégradées… De 15 % à 20 % des abonnés sont touchés. En cause, trop de sous-traitance et des services après-vente débordés.**
Dans les westerns, il faut un shérif pour faire régner l’ordre. Dans les télécoms aussi. Epuisé par les coupures incessantes de la fibre optique dans sa commune, Jean-Pierre Blazy (Parti socialiste), le maire de Gonesse (Val-d’Oise), a fini par appeler ses policiers municipaux à la rescousse. Leur mission : verbaliser les techniciens qui n’auraient pas rempli de déclaration d’intervention sur les équipements télécoms de la ville. L’édile sait que ce document, créé par arrêté municipal en mars 2021, souffre d’une valeur juridique discutable. Mais le maire de cette commune de 26 000 habitants ne savait plus comment faire pour rétablir la situation et calmer la colère de ses administrés, « prêts à saisir la justice », selon Nicole Top, trésorière de l’Association de défense des usagers de la fibre optique à Gonesse.
Cette ville du Val-d’Oise n’est pas la seule commune de France embarquée dans la galère de la fibre. Survilliers et Montigny-lès-Cormeilles dans le Val-d’Oise, Saint-Priest, dans le Rhône, Gordes, dans le Vaucluse, entre autres, ont voté le même arrêté. « La fibre provoque de très fortes tensions », dit en soupirant Grégoire de Lasteyrie (Les Républicains), maire de Palaiseau (Essonne) et président de l’agglomération Paris-Saclay. Le syndicat mixte chargé de la fibre dans ce département, le Sipperec, a lancé, le 4 avril, avec 27 autres collectivités locales une mise en garde aux opérateurs, dans laquelle elles se disent prêtes à « prendre toute mesure » pour « préserver l’intégrité du bien commun que constituent les nouveaux réseaux fibre optique de [leurs] territoires ».
Saclay a beau être l’épicentre de l’industrie quantique française et héberger l’Ecole polytechnique, la qualité de sa fibre est tout sauf high-tech. Certains de ses habitants n’ont plus Internet depuis cent cinquante jours. « En octobre [2021], j’ai réuni des opérateurs commerciaux et d’infrastructures, le Sipperec, le régulateur des télécoms… Tout le monde se renvoyait la balle », raconte M. de Lasteyrie. Las, il a opté pour la manière forte : « A chaque dégradation, on portera plainte contre X. » Les premiers dossiers sont en cours de constitution.
**« Certains prennent des risques »**
Pour comprendre les raisons du cauchemar qui frappe, selon les estimations, de 15 % à 20 % des abonnés à la fibre en France, il suffit d’ouvrir les portes d’un point de mutualisation, l’armoire de rue dans laquelle sont raccordés les abonnés à la fibre d’un quartier. Direction Osny (Val-d’Oise), un lundi matin d’avril. Simon et Aurélien, deux techniciens d’Orange, qui ont souhaité garder l’anonymat, s’affairent sur un « plat de nouilles », un indigeste nœud de fibres. Démêler cet amas de spaghettis multicolores leur prendra cinq jours. Ils étaient pourtant déjà intervenus au même endroit en décembre 2021. Cinq mois et les centaines de passages des sous-traitants des opérateurs commerciaux (Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom) ont suffi à remettre le bazar dans l’armoire.
Ces plats de nouilles illustrent l’état de Far West de la filière : mauvaise communication entre opérateurs d’infrastructures, à qui appartient le réseau, et opérateurs commerciaux, ceux qui raccordent les foyers ; excès de sous-traitance, parfois jusqu’à huit rangs, selon un opérateur ; service après-vente débordé ; techniciens mal, voire pas du tout, formés… Bref, beaucoup trop de défauts cumulés pour pouvoir répondre correctement à la vague de demande de raccordements au très haut débit, qui déferle depuis les confinements et l’essor du télétravail et de l’école à la maison.
« De nombreux problèmes proviennent d’un dimensionnement insuffisant des réseaux locaux », explique Olivier Corolleur, directeur fibre, infrastructures et territoires à l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep). Résultat, « quand il n’y a plus de place pour raccorder un nouveau client dans l’armoire de rue, certains techniciens sont tentés de débrancher un abonné pour prendre la ligne ». Logique, ils sont payés, parfois très mal, au raccordement et non à l’intervention.
Brancher, coûte que coûte… Un opérateur dit avoir constaté sur certaines zones jusqu’à 15 % de raccordements sauvages. Dans certaines villes, des habitants, aguerris par de multiples coupures, ouvrent les armoires pour se raccorder eux-mêmes. « Beaucoup d’intervenants sur la chaîne ne gagnent pas suffisamment d’argent. Certains travaillent à perte et prennent des risques. On aura des morts si cela continue », s’alarme Philippe Le Grand, le président d’InfraNum, l’association professionnelle de la fibre.
“Cette organisation en cascade dilue la responsabilité.”
Bienvenue en France, le pays du “c’est pas ma faute”. Quand un sous traitant fait de la merde, il devrait être impensable que ça puisse servir d’excuse au donneur d’ordres. C’est pourtant le cas, et c’est systématique et institutionnel.
En meme temps avec un cable management aussi degueulasse…
Hop hop hop on renationalise tout ça
On veut pas nationaliser le système de fibre?
Le faire gérer par l’état et financé par les opérateurs ?