Hier, comme chaque jour depuis que l’armée israélienne a lancé son offensive sur Gaza-city, la capitale du territoire palestinien, un ordre d’évacuation a été transmis aux habitants d’un immeuble. Hier c’était la plus haute tour d’habitation de Gaza, la tour Al-Ghafri, détruite quelques heures plus tard. Les vidéos de cette tour s’effondrant sous le coup de missiles israéliens ont circulé sur les réseaux sociaux, avec des habitants paniqués qui tentent de sauver leurs affaires, leurs vies.

Pour voir ce contenu, acceptez les cookies.

Pour afficher ce contenu X (anciennement Twitter), vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.
Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d’intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Gérer mes choix J’autorise

L’armée israélienne justifie chaque opération en affirmant que le Hamas utilisait ces immeubles comme centres opérationnels ou postes d’observation. Mais aucune preuve n’est fournie, et, faut-il le rappeler, les journalistes de la presse internationale sont interdits d’accès à la bande de Gaza depuis bientôt deux ans, tandis que plus de deux cents journalistes palestiniens ont été tués.

Dans ce contexte un mot refait surface, qui mérite explication : « urbicide », littéralement « tuer la ville », un néologisme créé à partir des raçines latines de « ville » et de « tuer ». Le terme ne figure pas dans les textes du droit international, contrairement à génocide apparu lors du procès de Nuremberg, à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais il a une histoire, et un sens.

Le mot apparait en 1963 sous la plume d’un auteur britannique de science-fiction, Michael Moorcock. Mais son usage politique est le fait de l’ancien maire de Belgrade, Bogdan Bogdanovic, un opposant au régime de Milosevic en ex-Yougoslavie.

Il l’a employé pour décrire les batailles urbaines menées par l’armée serbe, à Sarajevo, à Mostar ou à Vukovar dans les années 90. Pendant le long siège de Sarajevo, en particulier, les forces serbes bombardaient à partir des hauteurs qui entouraient la capitale bosniaque, tuant ses habitants mais aussi la ville elle-même, plongée dans la terreur et la privation. Il a pu être employé pour décrire Phnom Penh pendant le règne des Khmers rouges qui avaient vidé la capitale cambodgienne de ses habitants, ou les batailles urbaines à Alep ou à Homs pendant la guerre civile en Syrie.

A Gaza, le mot prend un sens plus littéral, plus sinistre aussi, puisque la destruction est systématique, pensée, voulue, pas le produit de batailles ou de dégâts collatéraux. Sans le dire, Israël rend la vie impossible dans la bande de Gaza, ville après ville, avec la destruction des immeubles, des écoles, des hôpitaux, des infrastructures.

A ce stade, l’armée israélienne envoie les populations des zones détruites vers le sud du territoire, aujourd’hui totalement surpeuplé dans des conditions humanitaires désastreuses. Quelle est la suite ? Le gouvernement israélien a évoqué à plusieurs reprises un transfert, officiellement volontaires, des Palestiniens qui l’accepteraient, vers des destinations encore introuvables ; on a évoqué le Soudan du Sud, le Somaliland – mais l’Égypte voisine redoute que ça se termine chez elle, ce qu’elle n’accepte pas.

Le corrolaire d’« urbicide », si c’est ce qui finit par se produire, c’est le nettoyage ethnique. Israël prend le risque de se retrouver accusé de plusieurs violations graves du droit international, car même si « urbicide » n’est pas dans les textes, détruire les infrastructures civiles et procéder à un nettoyage ethnique sont des crimes de guerre.

Officiellement l’objectif est toujours de détruire le Hamas, auteur du massacre du 7 octobre 2023 en Israël ; mais le ciblage des infrastructures civiles fait de cette guerre, qui va bientôt atteindre le cap des deux ans, un châtiment collectif qui isole de plus en plus Israël, malgré le soutien des États-Unis réitéré hier par Marco Rubio, le Secrétaire d’État. L’urbicide de Gaza peut se poursuivre sans entraves.