Premiers romans, naissance d’une voix ? Parlons-en avec E. Galasso, S. Pondi et P. Gasnier
Il est 10h ici à Paris. Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans Parlons-en. Votre rendez-vous avec l’info qui prend son temps. Voici les titres de ce lundi, un lundi 22 septembre pour l’histoire. La France, par la voix d’Emmanuel Macron, reconnaîtra tout à l’heure à New York l’état de Palestine. Reconnaissance très symbolique, très politique aussi en pleine guerre à Gaza qui suscite la colère d’Israël et l’incompréhension d’une partie de la communauté juive de France. D’autres États accompagnent Paris dans cette démarche où l’ont précédé comme la Grande-Bretagne. Décision qui s’accompagne aussi d’une polémique en France suite à la décision de certaines mairies de déployer le drapeau palestinien sur leur fronton. Image ici de la mairie de Saint-Denni qui a issé ce drapeau il y a quelques minutes en présence du premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Fort. Le camp maga a rendu hommage à celui qui l’appelle son martyre Charlie Kerk. Ces dernières heures dans un stade bondé en Arizona. Le président Trump et son vice-président Jidy Vens avaient fait le déplacement Ferrarissime pour une cérémonie à la frontière entre politique et religion. Et puis l’ouverture ici en France du procès d’une affaire qui tient le pays en haleine depuis 4 ans. La disparition de Delphine Jubilard, son mari qui démant l’avoir tué comparé pour meurtre devant les assises du Tarn. [Musique] Il n’y aura pas d’ambassade française en Palestine avant la libération de tous les otages israéliens du 7 octobre. Emmanuel Macron multiplie les explications et les précisions à quelques heures du discours historique qu’il s’apprête à faire à New York. Reconnaître au nom de la France l’État de Palestine. Une décision, je vous le disais, qui suscite des critiques en Israël et dans la communauté juive française. Un chemin vers la paix, assume le président français. Une dizaine de pays dont la Grande-Bretagne accompagne Paris dans cette reconnaissance. Tho Francesque pour le commentaire en image. Les drapeaux israéliens et palestiniens côte à côte sur la tour Effel, symbole de la solution à deux États défendus par la France est porté ce lundi à l’ONU pour une journée qui s’annonce historique. Après le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Portugal qui l’ont fait ce dimanche, la France va reconnaître officiellement l’État de Palestine en marche de l’Assemblée générale des Nations- Unies à New York. Une initiative d’Emmanuel Macron qui doit s’exprimer en ce sens à 21h heure de Paris. Dimanche, il expliquait sa position à la télévision américaine. Immédiatement après cette reconnaissance, nous entamerons une première phase que je qualifierai d’urgence. C’est le feu, libération de tous les otages et troisièmement rétablissement des voies humanitaires et stabilisation de Gaza. Il y a ensuite un deuxième volet, celui de l’après. Nous y reviendrons. Comment organiser Gaza en terme de gouvernance, de sécurité, de reconstruction ? un troisème volet, la perspective des deux États. Mais reconnaître aujourd’hui un État palestinien est le seul moyen d’apporter une solution politique à une situation qui doit cesser. Une reconnaissance dans le cadre d’un sommet organisé par la France et l’Arabie Saoudite sera la solution à deux États qui a permis il y a 10 jours un vote de 142 États sur 193 en faveur de la création d’un état palestinien sans le Hamas. Paris ne fixe plus de conditions comme la démilitarisation du Hamas pour reconnaître l’État palestinien. Mais elle attend la libération des otages pour concrétiser certains actes. Mais vous ne faites pas de la libération des otages une condition avant la reconnaissance. Pour nous, ce sera une exigence très claire avant d’ouvrir par exemple une ambassade en Palestine. La Belgique, le Luxembourg, Malte, Andor et Saint-Marin doivent suivre la France dans cette reconnaissance de l’État palestinien ce lundi. Les États-Unis, membres permanents du Conseil de sécurité, y sont eux toujours fermement opposés. On reviendra bien sûr sur ce titre dans le journal de 11h mais on va s’écarter jusqu’à 10h45 de cette actualité riche pour nous intéresser à une exception culturelle française la rentrée littéraire. Près de 400 livres publiés pour ce mois de septembre. une vague de mots et de récits qui cueillent les accros au téléphone que nous sommes mais sonnent comme un appel à revenir aux pages et à l’encrée. Si vous êtes un peu perdu parmi tous ces livres, on a choisi pour vous aujourd’hui trois récits intimes singulièrement différents les uns des autres mais qui ont un point commun. Ils sont les premiers textes publiés de mes trois invités. Premier roman, la naissance d’une voix. Question posée ce matin à Éléenora Galasso, Sephora Pondi et Paul Gasnier. Bonjour à tous les trois. Merci d’être là. etonora Galasso, bonjour à vous. Bonjour, merci d’avoir accepté notre invitation vous signer en cette rentrée la vie selon Zoé qui vient de sortir chez Michel Lafond. Bonjour Sephora Pond. Bonjour et bienvenue sur ce plateau sociétaire de la comédie française. Depuis 2021, vous avez triomphé dans mé au printemps dernier. On verra votre prochaine mise en scène, je crois bestiole à partir du mois de janvier. On vous reverra aussi dans Écube pas Écube et sous peu dans un courtmétrage d’Alice Diop. Vous avez peut-être peur de l’ennui et vous signez en cette lande rentrée littéraire Aval qui est sortie chez Grassé. Et puis en face de vous Paul Gasnier. Bonjour. Bonjour. Pas de théâtre pour vous. Pas encore. Vous êtes journaliste. On vous retrouve tous les soirs dans le talk show à succès ici en France qui s’appelle quotidien et vous signez Collision chez Galimar. Il est dans la première sélection du très prestigieux prix concours Mazette. C’est trois livres très différents. Quoique j’ai évidemment essayer d’en tirer quelques similarités. On y reviendra bien sûr. Ils ont le point commun majeur qu’ils sont pour chacun d’entre vous un premier roman. Appellation un peu imparfaite car elle englobe des récits qui ne sont pas forcément des romans. C’est votre cas Paul, on y reviendra. Mais donc vous publiez pour la première fois aujourd’hui. C’est ce qui nous intéresse aujourd’hui. C’est faond. C’est comment la première fois ? C’est un pur bonheur vraiment. En plus, j’ai la chance que le livre soit assez remarqué pour le moment. Donc c’est vraiment très très jubilatoire. Jubil jubilatoire. Éléonora Galasso, je peux vous dire que c’est extraordinaire d’être une italienne qui observe les cirques de la rentrée littéraire et déjà vous les français avez un mot pour tout et pour l’instant nous sommes tous les trois appelés à être primo romantiers. Euh ski dans une autre langue, c’est serait juste voilà une personne pas trop expérimentée dans l’écriture. Je trouve ça euh absolument fascinant. Et vous Paul Gasnier, la première fois c’est comment ? Euh c’est comme toutes les premières fois, on n’oubliera jamais. C’est jubilatoire, c’est excitant, c’est inattendu. Surtout quand un livre qu’on pensait passer sous les radars et et au contraire sous le feu des projecteurs et reçoit une attention euh qu’on qu’on attendait pas. C’est Ouais. C’est très excitant. Ce processus m’intéresse. J’aimerais bien que vous nous expliquiez comment Sephora Pondi on arrive à ce que ce soit ce texte là qui soit le premier publié. J’imagine que des textes avant il y en a eu. Est-ce que le processus de gestation est long ? Racontez-nous. Alors en fait moi j’ai toujours désiré écrire. Donc c’est vrai que quand on m’a proposé, quand ma mon éditrice s’est approché de moi en me demandant si j’écrivais, j’avais un peu des récits dans les placards et c’est vrai que la question d’une jeune fille entre guillemets sacrifiée, je tournais autour depuis longtemps et la question du monstre entre 75 guillemets aussi. Donc finalement, ça a été juste la collision de ces deux personnages qu’il a fallu construire. Mais c’était des récits qui étaient là depuis un moment déjà. Ouais, la collision c’est intéressant. C’est un thème qui revient dans vos trois livres de façon très différente. Pourquoi Elénora Galasso vous racontez cette histoire-là ? Pourquoi est-ce que c’est celle-là qui est votre premier roman ? Donc effectivement le livre La vie selon Zoé a commencé tel un journal intime. Au début, c’était un journal intime donc écrit dans la deuxème personne du sangulier euh pour parler à mon ami disparu euh d’un cancer au pancréas euh parce que je n’arrivais pas euh à à dépasser l’état des deuils dans lesquels dans lesquels j’étais et puis petit à petit une narration s’est tissé autour parce que effectivement cette personne convoquait à moi plusieurs plusieurs ressentis de l’ordre de l’agacement de la joie, de la flamboyance et tout cela a pris effectivement un récit avec un début euh un milieu et une fin où les dénouements est véritablement celui de l’énigme du choix amical. Pourquoi choisit-on devenir amis de d’individus qui peuvent être à l’apparence un peu différente de nous, parfaitement irresponsable, fascinant et absolument irrésistible ? Qu’est-ce que cela raconte de nous ? Et qu’est-ce qui nous reste lorsqu’on a tout donné ? Paul Gasnier, dans ce récit, donc la collision, vous revenez sur les circonstances dans lesquelles votre maman a été tué en juin 2012 à Lyon par un jeune homme à la dérive inconséquent qui faisait du ce qu’on appelle du rodéo urbain en pleine rue. Vous aviez 21 ans. Le fait que ce soit votre que votre premier texte soit celui-ci, c’est parce que vous n’auriez pas pu écrire autre chose avant de faire ce récit là. Oui, absolument. C’est un sujet qui s’est imposé et j’avais vraiment une nécessité personnelle et intime d’écrire sur sur cette histoire. Surtout que c’est pas un hasard si j’écris 10 ans après en 2022 parce que pendant pendant ces 10 ans, il s’est passé euh une évolution politique du pays, une polarisation politique et médiatique du pays avec des gains de l’extrême droite qui se servaient de fait divers similaires à celui dans lequel ma mère a été tuée et c’est cette évolution sociétale et collective qui m’a poussé à écrire mon histoire personnelle. Ouais. Je j’avais l’intuition que l’accident, que le garçon qui avait tué ma mère, tout cette collision racontait quelque chose de de la France d’aujourd’hui. J’aime beaucoup la citation de Despente en amont du texte. C’est celle-ci, cette passion qu’on les riches pour l’histoire de leur petite famille. C’est un sport de riche que de raconter son intime. Oui, je je pense que c’est un sport de riche. Et est-ce que vous assumez pas tout à fait de raconter cette histoire ? Alors, c’était une manière de de alors c’était une manière de dire d’où je parlais parce que c’est évidemment un regard de bourgeois que j’ai sur sur ce jeûne et sur cet événement. Euh c’est aussi un clin d’œil à Virginie des Pentes qui est une autrice que j’adore et qui tire son nom de plume des pentes de la Croix- Rousse où elle a où elle a grandi et où ce où où a eu lieu la collision en 2012. Et puis c’est une phrase qui m’avait fait sourire parce que j’ai souvent brocardé les les récits intimes en en estimant que c’était vraiment des bourgeois qui raconaient leur petite histoire et il se trouve que j’ai fait exactement la même chose avec ce livre. Et la rentrée littéraire est marquée par un nombre de récits intimes sur les filiations, les mers qui est assez dingue cette année. Vous l’avez dit Eléonora Galassao, vous avez puisé dans votre vie pour raconter Zoé et son amitié avec la narrate. Amitié entre deux femmes qui est un peu toxique. Euh vous racontez et ça raisonne aussi avec le récit de Paul ce qu’il reste quand les gens s’en vont. Vous l’avez évoqué, vous aviez vous aviez besoin avec ce texte de décharger quelque chose pour continuer à avancer. Ce n’est c’était plus qu’un besoin. C’était une fièvre absolue. Je je ne pouvais pas faire autre chose que de raconter cela. Et puis je trouve que l’amitié se pose comme un pacte indéfini dans les temps. Souvent différemment de l’amour. L’amour, on croit que ça sera infini et que ça nous portera plein de joie. Et souvent voilà, je sais pas vous mais j’en suis à mon à ma 3è union dite définitive dans la vie. Donc en fait euh disons que l’amitié nous tombe exactement sur voilà comme une météorite comme un coup de foudre en fait et on l’a subi beaucoup plus qu’on ne le pense. Donc, j’étais fascinée à l’idée de raconter qu’est-ce qui se passe qu’est-ce qui se passe dans dans le dans les croisements de de vie et derrière les rires et tous ces tous ces côtés tous ces aspects tragicomiques du livre parce qu’évidemment c’est une rencontre parisienne entre deux femmes. Donc la narratrice est une étrangère, imaginez-vous une italienne qui arrive à Paris et qui ne comprend pas trop ce qui se passe avec tous ces codes parisiens. C’est-à-dire par exemple, on s’est fait la bise. Je trouve ça plutôt affectueux, mais la phrase tout de suite après est bon, que faites-vous dans la vie ? Voilà. Donc en fait, il y a plein plein de contrastes dans lesquels cette narratrice ne se trouvait pas jusqu’au moment où elle rencontre cette femme flamboyante, fantasque, Zoé, qui qui l’amène avec vous et qui l’envoûte dans un dans une dimension qui sera une dimension AL2 euh où la la l’amitié règne absolue et et il y a quand même une recherche de beauté idéale qui fera que ça les sauvera et ça les détruira toutes les deux. Euh etonora Galasso, vous employez le mot de fièvre. Je trouve que c’est un mot qui colle bien aussi à votre écriture dans le bon sens du terme Sephora. Comme Paul et comme Élora d’ailleurs, une partie du texte est écrit à la première personne. Votre héroïne, l’âme comme vous, elle est comédienne. Elle a grandi en banlieu parisienne, élevée par des parents camerounais, voilà qui raisonnent. Et sa vie, ses rêves vont percuter, entrer en collision. Effectivement, le terme revient pour reprendre le titre de Paul avec un autre destin, celui de Tom qui va la harceler euh jusqu’au drame. Qu’est-ce que votre envie de raconter cette histoire-là dit de votre envie de raconter le monde ? En fait, j’avais envie de déjà ça me plaisait de raconter l’histoire d’une d’une jeune femme pour qui ça a fonctionné. H parce que souvent, je trouve que dans les récits de transfuge, il y a la question de la honte, de la culpabilité qui est assez récurrente et là au contraire, ça me plaisait de raconter ce qui se passe quand ça gagne. D’une part et d’autre part, bah à contrario, raconter le récit d’un garçon qui est dans une espèce d’échec, de ressentiment permanent, de frustration, c’est vraiment aussi un livre sur la fin. Et en l’occurrence, dans le cas de Tom, c’est une fin qui est pas du tout qui est pas du tout assouvie, qui est pas étanchée et qui crée énormément de de colère et de noirceur. Et j’aimais bien ce jouer sur ce cet effet de contraste. Est-ce que vous avez écrit ce que vous auriez eu envie de lire ? Oui, d’une certaine façon. Oui. Euh d’ailleurs c’est amusant parce que j’en discutais avec quelqu’un avant d’arriver sur le plateau. J’avais aussi envie d’écrire un personnage de femme noire qui est dans une forme de d’une part d’allégresse et d’autre part oui de confort. De pas forcément faire un récit sur une femme noire qui est dans le struggle et dans la douleur. Enfin, elle finit dans la douleur mais c’est pas de son fait mais en tout cas qui est Oui. qui a obtenu ce qu’elle désirait. Ouais. C’est aussi une question sur l’absence de modèle. Vous dites que vous dites que vous avez pas trouvé dans la littérature quand vous étiez jeune des filles noires bizarres et la bizarie vous dites que c’est quelque chose que vous aimez beaucoup. Énormément et je trouve qu’il y a un peu une émergence de beau bizarres depuis quelques années. Depuis quelques Ouais. depuis quelques années. Les beaux bizarres. Paul vous faites le choix ou le choix s’impose à vous d’écrire et de publier quelque chose de profondément intime, on l’a dit, et de politique. J’imagine que c’est d’autant plus compliqué, je l’ai rappelé tout à l’heure, que vous êtes une figure publique ici en France. Vous participez à une émission qui rassemble tous les soirs x millions de téléspectateurs. C’est un texte qui vous oblige à une assez grande honnêteté intellectuel. Or, l’honnêteté intellectuelle de nos jours expose beaucoup. Euh pour faire bref dans ce livre, vous décortiquez comment ce qui vous est arrivé est à la fois un carburant au discours populiste simpliste et aurait pu vous engloutir vous aussi là-dedans. Ça a failli mais ça ne l’a pas. Pour se raconter comme ça sous ce jour-là, il faut être costaud, non ? Euh oui, il faut surtout être conscient des écueil qu’il y a sur le chemin de l’écriture parce que c’est vrai que le risque c’est d’adopter une posture trop complaisante à l’égard de la délinquence ou au contraire de servir de de servir de de combustible comme vous disiez au discours d’extrême droite, ce qui était franchement pas le le but de la manœuvre. Et c’est vrai que je me suis intéressé à des sujets qui sont inflammables politiquement, surtout vu le climat actuel en France, euh que sont euh la drogue, la délinquence, la violence urbaine, l’insécurité, l’immigration. J’aborde tous ces sujets-là qui sont vraiment très touchy et pour moi c’était important d’aller dans dans de de parler de de ce sujet là qui est plutôt un domaine réservé à l’extrême droite, d’aller sur leur domaine, de planter mon drapeau et de montrer qu’on pouvait en parler avec douceur et en d’autres termes moins idéologiques que les leurs. Mais en racontant comment vous avez navigué là-dedans, vous prenez le risque encore une fois de vous exposer ? Oui, mais je m’en fous. Enfin, c’est secondaire. Moi ce qui comptait c’était de raconter mon cheminement personnel, de raconter toutes les émotions que j’avais traversé depuis 10 ans pour que peut-être ça puisse éclairer d’autres personnes. Et c’était une nécessité vitale pour moi d’écrire d’écrire sur ce cheminement et si certains le prennent mal ou le récupèrent derrière, tant pis. écrire et politique. De toute façon, Sephora et Elanora, vos livres sont de récits entre autres d’amitié au féminin. On l’a évoqué tout à l’heure. Ce sujet l’a encore largement désinvesti par la littérature pendant longtemps. Raconter une amitié de femme aujourd’hui, c’est c’est très politique. Euh je suis totalement en dehors de tout cela. Mais aujourd’hui, l’amitié par exemple, ce qui est assez intéressant, c’est que dans les salons où j’ai pu aller, j’ai reçu des témoignages qui étaient à la fois très touchant parce que c’était des témoignages des gens qui ont pu accompagner des gens aimés euh voilà dans leur dans leur parcours de fin de vie. Et de l’autre côté, c’était intéressant parce que plein de femmes sont venues me voir en fillettant les livres en disant donc est-ce que c’est de l’amitié ou c’est de l’amitié amoureuse ? Alors effectivement, je fais pas vraiment la différence entre l’amour et l’amitié si ce n’est que par la nature du pacte. L’amour, on sait que ça va nous faire souffrir et l’amitié, on se dit bah on on est ensemble et on va passer du temps ensemble surtout pour passer du bon temps. Sauf que lorsque ce cette promesse euh se dépasse elle-même, qu’est-ce qui qu’est-ce qu’il nous arrive ? En fait, c’est exactement cette collision, on en révient, entre la vérité des des de ce qu’on s’attend sociétalement. Euh je parle aussi euh dans le livre euh je je fais parler euh euh la narratice et Zoé des ces phénomène euh qui nous bombarde qui est celui de la psychologie positive et donc différents livres qui sont lus par les deux afin de se de se soulager, de se consoler des certaines désespoirs de la vie. Mais finalement la vraie amitié va au-delà de tout. Aujourd’hui, la cancel culture fé euh voilà, si on a de la mauvaise énergie euh finalement on nous parle plus tout simplement. Et et et cette amitié euh c’est une véritable amitié. Au-delà de ce qu’on peut ressentir des négatifs, on se dépasse, on se dépasse, on se dépasse parce que la personne nous demande d’abord les doigts, puis les poignées, puis les bras, puis toutes l’épaule et on se dit “Mais mais c’est très irritant, je ne peux pas faire autrement que tout lui donner.” Euh c’est ça au fond euh la nature même de la relation amicale à Monteant. Ce que j’entendais par le fait que raconter une amitié féminine, c’est politique, c’est que ça fait peu de temps en fait que sociétalement on écrit beaucoup sur l’amitié. euh à quel point c’est une ressource et notamment l’amitié euh entre les femmes. Il y a votre narratice Lame et Géia qui ont aussi euh cette amitié-là particulière qui frôle l’amour euh parfois euh la détestation. Euh euh pourquoi raconter cette affaire-là entre deux femmes ? Qu’est-ce que ça dit aussi pour vous ? Bah en réalité ça a été ce qui m’a inspiré en dans un en premier lieu. C’est même pas un choix qui a été si réflexif que ça. C’est juste que c’est ce qui m’a paru le plus captivant à raconter. Et j’espère justement que cette amitié là sera suivie avec la visité qu’on pourrait avoir pour une histoire d’amour justement. Euh c’est plutôt à cet endroit-là à la rigueur que que je me placerais de me dire bah comment on fait pour rendre cette histoire captivante et séduisante comme pour elle être un couple mythique. C’est ça que j’avais à l’esprit. Et ça encore vous l’aviez pas trouvé jusqu’ici dans la littérature ? Euh je sais pas j’ai beaucoup aimé les malheurs de Sophie. Euh donc quand même j’ai eu des quand même j’ai eu des récits d’aventure de filles qui se sertent les couilles. J’en ai quand même eu plus jeune enfant. Dans vos trois livres, il est question d’amitié et y compris dans le vôtre Paul parce que vous dites que votre maman était votre meilleure amie. Euh un mot là-dessus. C’est c’est pas comment c’est singulier de dire ça de sa maman. Oui, c’est pas commun mais c’est vrai qu’on avait un rapport de meilleurs amis. On allait dans des bars, on allait dans des fêtes ensemble, on faisait des voyages et des weekends ensemble. Et c’est quelqu’un dans les deux trois dernières années de sa vie avec qui j’avais un rapport d’adulte à adultes, d’amis à amis. C’était très fort. La mort et la violence est présente dans vos trois livres bien sûr pour des raisons différentes, pour ce qu’on fait du deuil. On y reviendra tout à l’heure. Paul, je le disais, vous inquiétez plus sur le meurtrier de votre maman que vous ne racontez votre maman. Mais entre les lignes quand même, c’est aussi son portrait que vous dressez pour faire très court et ça sera malheureusement réducteur une descendante de l’aristocratie qui a mené la vie dont elle avait envie. Vous me corrigez si je me trompe écrire et ça raisonne avec votre travailora, c’est aussi faire son deuil. Il vous a fallu écrire ce livre pour commencer à envisager de pardonner notamment. Oui, c’était surtout une manière de de pas se laisser cristalliser dans le ressentiment, dans la colère, ce qui était mon cas depuis depuis l’accident. et écrire a permis au moins de tourner cette cette page de de la colère qui me qui me tournait constamment vers le passé et vers c c cet accident qui me hanit vers la figure de ce jeune motard que je ne connaissais pas mais qui qui hantait euh euh mes journées et mes nuits et enquêter sur lui, c’était une manière de le maîtriser d’une certaine manière, de le de de le connaître de et enquêter sur cet accident. C’était aussi une une façon de maîtriser cet accident et j’ai j’ai eu besoin de passer par l’écriture et par la connaissance la plus aboutie possible de l’événement et de se meurtrier pour euh pour tourner la page de de la colère. Ouais. Et ça, j’ai réussi. Il y a quelque chose de qui vous rapproche et à la fois qui vous distingue. Paul vous raconter au cours de votre enquête en revenant sur les lieux en en vous adressant enfin en discutant avec les enquêteurs, les magistrats qui à l’époque ont enquêté d’une certaine façon ce deuil là dont vous avez été un peu dépossédé dans les premiers instants car c’était un fait d’hiver quasiment ce qui est arrivé à votre maman. Votre deuil lui est est légitime au sens où la société l’accepte. Vous êtes l’enfant d’une mère qui a disparu. Votre deuil à vous ou en tout cas celui dont vous êtes inspiré pour le livre sociétalement il est plus compliqué quand quelqu’un disparaît. On dit rarement il a réussi sa vie. Il avait beaucoup d’amis. Il ou elle. Le deuil d’un ami, la société le reconnaît moins que le deuil d’une maman. Une entreprise par exemple n’accorde pas de jours de congé à quelqu’un qui a perdu sa meilleure amie. Qu’est-ce que ça dit ça ? Ah oui. Ah oui. C’est ben en fait les étapes du deuil, c’est ça qui qui que que je voulais incarner dans ces livres. Les étapes du dauil souvent peuvent commencer bien avant la mort. En fait dans les cas de ce roman euh la protagoniste donc appelle la narratice à la veille d’une journée qui s’est veut festive de de dégustation des 20 millesimés. Effectivement très très bourgeois. Et euh elle l’appelle en disant voilà ma chérie, je voulais juste prévenir du fait que bon voilà, j’ai rattrapé une saloperie. Il était on était en 2021 et donc la narratrice répond oh mince toi aussi les Covid ce n’est pas possible. Et à ça elle répond non en fait c’est juste tu vois c’est un cancer du pancréas mais bon je vais m’ rémettre. Je voulais juste prévenir que si cela ne te dérange pas, je vais juste s’yiroter des mains. Et à ces moments-là, la narratrice en terminant cette conversation s rend comme tout le monde les fait voilà sur Google et comme la les docteur avisé qu’elle ne serra jamais, elle découvre que son ami va mourir et et c’est et c’est c’est à ces moments-là que elle est dans la phase dernière du deuil qui est celle de l’acceptation. Sauf que son ami est dans les denis, donc dans ses dans ces nuages euh joyeux du déni et elle doit la rejoindre là afin de pouvoir l’accompagner. La question que pose votre livre aussi, elle est intéressante. Est-ce qu’on peut régler ses comptes avec les morts ? Est-ce qu’on est-ce qu’on peut dire de quelqu’un qui a disparu et qu’on aimait ? Elle était quand même sacrément pénible et compliqué à vivre. Et c’est quelque chose euh c’est quelque chose qui m’a valu quelques quelques polémiques, mais euh effectivement il y a eu euh des moments où la narratte aussi euh euh de la du du déni et et de l’imprise quelque part que la protagoniste a sur elle. Et par exemple euh dans les livres, il a raconté un épisode où Zoé réécore son appartement à 2 mois de sa mort et elle est elle est très amenancie. On voit bien que ça va être bientôt la fin. Et elle elle lui demande de d’aller la voir en disant voilà AD va venir faire des photos. Cet appartement est absolument extraordinaire. C’est à quoi la narratice lui répond mais je n’en peux plus. Quand est-ce que tu vas crever ? Et en fait le le les situations amicales ne sont pas aussi lisses qu’on veut les raconter. Et souvent il y a beaucoup beaucoup de conflits intérieurs qui nous qui racontent quelque chose aussi de nous et de ce que nous on a à dépasser. Et ce qui m’intéressait aussi beaucoup, c’est qu’est-ce qu’est-ce qui fait cette attraction au-delà voilà des rigolas et des moments de de bonheur qu’on peut passer ensemble ? Quelles sont les fellures intimes qui réit deux personnes et quand est-ce qu’on découvre qu’est-ce que c’est et qu’est-ce que cela nous fait ? Ça raisonne les féures intimes Sephora Pondy. Absolument et surtout la question de la de la de la dispute vraiment avec un D majuscule qui est aussi très présente dans mon dans mon livre où il y a justement un grand un immense conflit entre l’âme et Génia où il y a toute la cruauté du monde qui s’exprime aussi et donc je comprends tout à fait ce désir là de quand même raconter aussi une une amitié qui peut se fracturer et à quel point les choses dites peuvent être des cataclysmes. Ça me fait penser à une rubrique du monde qui s’appelle “Comment je me suis disputé” qui est fascinante où les gens racontent effectivement leurs disputes et c’est souvent avec leurs amis en l’occurrence et parfois certains qui sont euh qui ont euh disparu. Il y a quelque chose de commun. Euh, j’essaie de trouver des parallèles entre vos textes. Ce sont ces destins. C’est marrant parce que Collision qui est le mot de Paul euh le titre de ce récit qui couvre tout autre sujet. Vous l’avez tout, il est dans la le le le derrière de votre livre. vous l’avez employé euh tout à l’heure, mais ça dit quand même beaucoup du fait que vos écritures sont nourries, moi j’enfonce une porte ouverte, mais du grand hasard euh de la vie qui font que les existences vont se percuter à un moment. Euh et d’ailleurs de quoi la littérature et d’autre chose que de ça en fait Paul, votre maman est celui qui la tue. Ééodona, ces deux femmes qui vont avoir ce coup de foudre amoureux. Sephora, cette comédienne avec son ami et celui qui va la harceler. Il y a quelque chose qui vous est commun qui est de l’ordre du fracas. Euh et si et si ce jour-là j’avais pas été là, si elle n’avait pas pris son vélo, si elle n’était pas allée à ce dîner ? Euh c’est dingue non ? Quand même ? Oui, c’est vrai. En même temps, je peut-être que ça répond aussi à enfin, je vais parler en mon nom euh pas au vôre, je vais pas vous impliquer, mais c’est peut-être aussi que j’ai le sentiment personnellement que on vit une époque de grands antagonistes. En fait, je pense que c’est ça qui se joue aussi, c’est euh que euh que il y a des choses qui sont tellement polarisées, tellement tranchantes, tellement conflictuelles que je pense que mon livre aussi il répond à à ce à ce climat qui est très très conflictuel. Dans une interview, vous parliez de d’une espèce de de colère enfouie qui vous avait guidé dans l’écriture. Elle vient d’où la colère ? Oh bah je pense de du monde tel qu’il va peut-être de frustration d’enfance, de sentiments de de rejet. Je pense que c’est tout ça mélangé et qui sont des choses avec lesquelles je suis absolument pas confortable dans la vie de tous les jours. Alors dans l’écriture, en revanche ou même au théâtre, c’est vraiment des forces obscures qui jaillissent à ce moment-là. Et écrire fait passer la colère. Euh, ça la transforme. Et j’aime beaucoup la transformation. Ça la transforme aussi Paul. C’est ce que vous disiez. Oui, absolument. Ouais. Enf en tout cas, ça permet de de tourner la page de la colère et c’était un un début de l’écriture pour mener vers le vers un début de pardon. Ouais. Donc bien sûr que ça transforme la colère. C’est ça le miracle que permet l’écriture. Elleora sur la colère euh parce que la maladie a quelque chose d’extraordinairement injuste. C’est injuste et c’est un timing. C’est un compte à Ribbourg. Donc effectivement les romans construit un compte à Ribébourg du début de cette amitié qui était 10 ans avant voilà le le la fin. Et et donc on s’est rend compte que chaque moment euh raconte la fin comme une prophétie en fait. La première phrase de la protagoniste Zoé euh dite voilà à voix haute depuis la terrasse euh de d’ d’un appartement parisien, c’est “J’aime la vie à mourir.” Voilà. Donc en fait tout ce qui se passera par la suite euh voilà raconte raconte ce qui sera finalement euh l’épilogue et c’est vrai que cette amitié qui commence avec euh des questions absolument anodine et et et pas très captivante comme “Quelle est ton actualité ?” Ce qui me met vraiment toujours en angoisse ces mois de septembre. Voilà. Quelle est ton actualité ? C’est quelque chose voilà qui qui me me faisait sentir très fortement toute ma petitesse de touriste italienne à Paris. Effectivement, l’actualité des de la mort, c’est quelque chose avec lesquels ensuite on va devoir faire les comptes et pour un temps qui n’est pas les temps aussi socialement voulu du deuil parce que en fait au bout de quelques temps souvent on voilà on nous voit on nous voit triste, on nous voit enragé, on nous voit députés, bah on dit bon voilà là c’est bon. Et en fait les les temps les temps de l’actualité du dail, il est très intime, il est très introspectif et il n’a pas de temps. D’ailleurs, singulièrement euh vos récit commence tous par la fin. Disons on sait ce qu’il va arriver euh à vos protagonistes dès le début. Ça vous y comptiez ? On n’est pas là pour que le lecteur attende la chute enfin si d’une certaine façon. Mais les enjeux sont posés dès le début à tous les trois. C’est intéressant ça. Sephora oui. Euh alors alors déjà j’avais envie de donner le temps tout de suite et que ce soit comme une promesse pour le lecteur à savoir que tout ça va être une histoire assez assez noire et inquiétante. Pas que mais en tout cas Et vous avez pas hésité là-dessus ? C’était dès le départ c’était votre idée. Oui. La première phrase pour le coup elle a jamais bougé. Il y a beaucoup de choses qui ont bougé dans dans le roman évidemment pas celle-là mais c’était une question avec les personnes avec qui dont je parlais du du livre justement. Est-ce que c’est pas trop est-ce que c’est pas trop féroce ? parce que c’est pas trop inquiétant pour les gens de commencer là-dessus. Et finalement, je suis assez contente d’avoir conservé ce choix. Cela devait forcément arrivé. C’est la première phase de votre livre Paul. Vous aussi, elle était comme une évidence ? Euh non, ça c’est le résultat de mon enquête. C’est ce que tous les protagonistes que j’ai rencontré qui ont travaillé sur l’accident, que ce soit des éducateurs sociaux, des magistrats, des policiers, des avocats m’ont dit, ils m’ont tous dit que cet accident était inévitable. Alors, c’est assez étonnant parce que c’est quand même ça reste un accident mais les gens me disent “Non, c’est pas tout à fait un accident. Mais c’est pas un meurtre non plus, c’est euh c’est un accident qui était euh qui était inscrit dans le parcours de ce jeune qui était dans une telle dérive euh par rapport à la loi qu’il allait forcément finir par tuer quelqu’un en moto. C’est tout à fait étonnant, c’est ce que tout le monde m’a dit et c’est pour ça qu’ils ont accepté de me rencontrer, c’est que eux-mêmes avaient besoin de de parler de cette collision qui était inévitable selon eux et qui raconte quelque chose de de ce quartier. Ouais, je me fais l’écho, je devance une question qu’on ne manquera pas de nous poser en regardant l’émission. En tout cas, je le je le souhaite. Euh, avez-vous rencontré enfin j’ai la réponse à la question, mais avez-vous rencontré ce jeune homme ? Je ne l’ai pas rencontré. J’ai longtemps hésité. Je me suis dit ce serait très fort de le rencontrer. Et puis finalement, je je l’ai pas fait parce que je je ne me sentais pas les épaules assez solides et l’âme assez grande pour aller prendre un café avec le garçon qui m’a qui m’a rendu orphelin. Vous auriez pu car vous êtes retrouvé à quelques mètres de lui. J’aurais pu. un moment, je me suis retrouvé dans une salle de tribunal où où il passait en comparution et et j’étais dans le public et à un moment, je me suis retrouvé dans le tribunal à fumer une cigarette à côté de lui. J’étais il était à porté de baffe comme on dit et j’aurais pu j’aurais pu aller lui parler et finalement je l’ai pas fait parce que je je voyais pas quoi lui dire et surtout j’avais peur que lui n’ait rien à me dire et je pense que son parcours raconte plus de choses que ce que lui aurait pu me dire et j’avais suffisamment de de matière pour raconter sa vie sans sans risquer une empathie non consentie avec lui. J’ai une une autre question qui m’est venue en en préparant cette émission sur un tout autre sujet, c’est sur euh l’écriture euh sur le style euh de l’écriture. Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui écrivent des choses dans leur téléphone, sur leur petit carnet euh qui sont sans doute souvent assez méchants de ce qu’ils écrivent. Sinon, j’imagine ils essaieraient de se faire publier. Est-ce que on se dit aujourd’hui Eléora, vous avez déjà écrit des spectacles pour le théâtre et puis plein d’autres choses. Est-ce que vous dites aujourd’hui mon style euh bah je l’ai trouvé ou j’ai envie encore de changer des choses ? J’ai je suis impatiente de le voir évoluer au cours des prochains livres. Qu’est-ce que vous dites ? Euh écriture, je ne suis pas sûre d’être tellement intéressée par moi et mon style. Je suis intéressée par l’exploration des choses que je ne comprends pas. Donc tant que il y a des choses que je ne comprends pas, je pense que je serai intéressé à l’écriture. Et puis il faut aussi dire euh que je me retrouve malgré moi donc dans dans ces milieux de la rentrée littéraire, la la rentrée littéraire française, les français n’est pas ma langue maternelle. Euh je rappelle que j’ai appris les Français il y a environ une quinzaine d’années en arrivant à Paris, un regardant des films euh de la nouvelle vague un VO avec euh sous-titres euh originaux pour pouvoir appendre apprendre à la à la fois euh l’oral et l’écrit à me en ayant dans les dans les dans les dans les derniers dans les poyers de de la Comédie française pour écouter les Alexandrans parce que je trouve cette langue importante et donc Je c’est ma déclaration d’amour aussi à la langue française et en fait au mélange un peu schizophrène dans ma tête entre la langue italienne et celle française, c’est-à-dire je pense un italien, j’écris en français et cela va de soi aussi pour ce qui est des moments d’onirque. Donc pour moi c’est plutôt cette dimension là dans l’écriture. Oui. Vous aussi Sephora, vous êtes tombé amoureuse de la littérature et de la langue française je crois en allant petite ou en regardant des pièces jouées à la comédie française. N’est-il pas ? Alors, je suis allée euh collégienne, mais avant ça, j’ai beaucoup lu. Donc, j’ai beaucoup traîné dans les bibliothèques, médiathèques et et consort. Euh et donc la question du style, pour moi par contre, elle est assez obsédante. Euh évidemment, je l’ai pas trouvé, c’est le premier mais par contre c’est vraiment une quête pour aller chercher ma propre musique et j’ai hâte de de continuer à écrire pour poursuivre pour essayer de traquer ce mystère là de du style. Un texte comme celui qu’on lit aujourd’hui euh vous l’avez retravaillé d’un point de vue du style de l’écriture. Ah oui, tout à fait. Ah oui oui. Jusqu’à plus soif. Jusqu’à plus soif. J’ai C’est drôle parce que j’envoyais beaucoup de mails à mon éditrice et à mon agente littéraire en disant “Ça y est, c’est la dernière version d’Avaloer. C’était pas du tout la dernière, c’est la 25e version.” Euh donc oui oui, on a on a on a traqué ça. À la limite, c’était pas ce qui était le plus difficile pour moi humblement. C’était pas la question du style, c’était la structure. Ça ça a été très très important, très majeur de trouver la bonne structure. Comme c’est un récit à deux voix entre l’âme et Tom, il fallait d’une part que leur voix soit soit différente et d’autre part que tout ça tienne un peu debout. Et comment on travaille ? Très concrètement, on a des postites sur son bureau et on c’est ce qui vraiment ce qui s’est passé vraiment limite tableau Excel parce qu’en plus comme la chronologie est à l’envers, enfin bon. Il y a beaucoup de choses techniques au technique avec ce roman qu’il a fallu rendre un peu béton quoi. Oui, mais c’est ça aussi et c’est ça qui nous intéresse aussi aujourd’hui dans cette émission. Moi po je m’interroge. Donc on l’a dit, vous êtes dans la catégorie des premiers romans mais ce n’est pas un roman. C’est un texte à la fois très intime. C’est aussi une forme d’enquête journalistique. Ouais. Euh qu’est-ce qu’on écrit après ça ? Ah, bonne question. C’est vrai quand on a écrit aussi un texte aussi intime et personnel, je pense que c’est le livre le plus le plus important de ma vie parce que ça raconte l’événement qui a qui a changé ma vie, qui aurait pu aussi la changer autrement. Qu’est-ce qu’on écrit après ça ? Je ne sais pas. Moi, j’ai une déformation professionnelle, c’est que j’ai le malheur d’être journaliste. Donc ça, j’ai je me sens incapable d’écrire de la fiction ou ou des ou des histoires purement imaginées. Et et pourquoi pas ? Il y a beaucoup de journalistes qui écrivent de la fiction. Oui, ils ont un talent que je n’ai pas et moi j’aime beaucoup les récits du réel. C’est ce que j’ai essayé de faire, ce que les Américains appellent la narrative non fiction, c’est-à-dire des récits où le le narrateur, le journaliste se met en scène, écrit à la première personne et devient un personnage à part entière. Il y a toute une tradition comme ça anglo-saxonne de de récit à la première personne que j’aime beaucoup. C’est ce que j’ai essayé de faire et si je continue d’écrire, c’est ça que je ferai, je pense. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas euh disait un grand auteur français dont le nom m’échappe et j’ai vraiment honte. Mais je voulais aller sur ce que vous évoquiez tout à l’heure. Je crois que c’est Hugo en vrai mais Élora Galasso sur cette rentrée littéraire spécifiquement française. Je disais 400 livres publiés en quelques semaines. Alors pour le coup, il y a pas de traduction de rentrée littéraire dans une autre langue que le français. Pourtant on ne cesse d’alerter sur le fait que pas que les français mais que nos contemporains lisent de moins en moins happés par leur téléphone et autres séries. Ça dit quoi pour vous ? Ça dit que le monde de l’édition français est complètement fou ou qu’il y a quelque chose d’autre ? Moi, je trouve que les Français sont toujours un peu euh à côté de à côté d’eux-mêmes, c’est-à-dire c’est un pays euh qui jouit de vraiment des privilèges extraordinaires et malgré euh malgré ces ces rallements constants que j’entends et qui m’attendri énormément parce que c’est comme les rallemands, euh Paris pour moi c’est comme les pères que je n’ai jamais eu et qui en fait même si il est un peu abruti à Noël méfile un petit chèque. Donc je trouve que dans dans ces rallemands que qui sont qui sont les vôtres, je insidieusement il y a beaucoup de joie. En fait, c’est un la France est un est est est un pays qui qui est un paradis vécu comme si c’était l’enfer, mais véritablement entre voilà t tous les privilèges voilà sociétal comme l’assurance maladie, le fait que je retrouve à tous les coins des des rues des des librairies que je vois des gens dans les métro lire des livres ou éc écouter des audiolibres, ce n’est pas quelque chose que je vois dans mon pays d’origine, dans d’autres pays latins, ça n’existe plat la rencontre avec deseurs vivants. On a même théâtralement parlant à Paris seulement plus que des sans théâtres et mis à part voilà la comédie française ou d’autres lieux du public, on a plein d’aires vivants qui peuvent s’exprimer. Je trouve cela vraiment extraordinaire. Je serai pas pessimiste. Non non, mais Sephora, sur notre rapport au livre, moi ça me fascine de voir effectivement à la librairie un nombre de titres dingues qui sortent pas que à la rentrée littéraire de de de de septembre parce qu’il y en a aussi en janvier. Enfin, c’est c’est sans fin les les publications de livre. Preuve qu’il y a quand même les éditeurs ne sont pas suicidaires, j’imagine. Preuve qu’il y a forcément un lectorat. Qu’est-ce que ça dit ? Qu’on n pas tous complètement foutus. Ah oui, je me suis persuadé. D’ailleurs, on s’est rendu compte qu’on avait été toutes les deux au salon du livre de Besançon hier et c’était blindé. C’était vraiment blindé et de gens divers et variés avec vraiment une certaine mixité en en tout cas de l’extérieur, c’est ce que je semblais, c’est ce que je percevais de des enfants, des gens qui sont venus et qui ont bravé la pluie, le mauvais temps, qui étaient vraiment là, qui avait envie de parler des romans, qui avaient envie de donner de la force. Donc moi, je suis assez Oui, je je nous fais confiance. Oui, moi aussi. C’est vrai qu’on est on est une nation très littéraire et il suffit de voir tous les débats publics qui ont été lancés après des publications de livres. Je pense notamment à t tous les récits sur les violences sexuelles et et les violences pédocriminelles qui sont sorties ces dernières années. Ça lance des débats, ça occupe du temps d’antenne, il y a aussi des lois qui évoluent. Donc la littérature est très puissante en France. Est-ce que c’est inversement proportionnel à l’état du monde ? Est-ce qu’il y a une forme de refuge dans la littérature, y compris dans des récits qui ne sont pas nécessairement joyeux ou gay, mais est-ce qu’il y a aussi ce besoin là de s’enfermer dans quelque chose d’autre que les fracas de la planète ? Oui, absolument. C’est une manière de de s’isoler du vacarme du monde et des temps modernes, surtout à une époque où l’actualité est autant anxiogène. Je pense que la littérature est une est une forme d’évasion euh que les jeunes générations vont redécouvrir, j’en suis sûr, parce que je pense que la fatigue de l’information et la fatigue du téléphone, au bout d’un moment, on cherchera on cherchera une échappatoire et elle est là dans en en quelques pages apporté de tout le monde. Ouais. Mais d’ailleurs, contrairement au ce qu’on pourrait penser, je ne suis pas sûre que ce soit les jeunes qui lisent de moins en moins versus des plus vieux. Quel lecteur lectrice vous êtes ? On est à peu près tous de la même génération. Éléenora Guelasso, est-ce quelle lectrice vous êtes vous ? Je suis très gourmande, hein. Tous les repas pour moi sont christiques, y compris les repas littéraires. Donc je d’une traite ou rien du tout. Euh et puis et puis je me sens effectivement comme tous les gens des de ma génération euh euh bombardé par les par les informations et des temps à autres, je me suis découverte ces dernières années me dire euh je suis en train de lire mais je ne devrais pas en fait je devrais peut-être aller sur Insta ou peut-être je devrais faire mes mails, ça serait quand même plus judicieux mais arrête là. Donc en fait, il faut juste euh étendre son portable et s’autoriser du temps de de de nourriture cérébrale. C’est c’est un luxe la lecture aujourd’hui. Bah, je comprends le sens de votre question dans la mesure où trouver l’espace pour euh euh à l’intérieur d’une vie de famille peut-être qui nous prend du temps, euh d’un travail qui nous avale, c’est vraiment euh c’est sûr que ça il faut quand même il faut quand même grignoter euh faut réussir à trouver à grapiller euh l’espace pour ça. Il se trouve que je l’ai, j’ai de la chance. Et vous, vous êtes quel genre de lectrice à lire d’un trait, à avaler tout d’un coup ? Ouais, vraiment. Et surtout maintenant, je pioche dans plusieurs euh formes de médium. Avant, j’étais obsédée par la littérature, maintenant je lis beaucoup plus d’essais aussi de de roman graphique. Donc voilà, je mais j’écris plus que je ne lis en ce moment en réalité. Et vous Paul, vous êtes quel genre de lecteur ? Un lecteur incohérent qui n’a pas du tout de ligne éditoriale définie et qui qui fonctionne surtout aux recommandations des gens que j’aime. Donc je lis à peu près de tout ça. Je peux passer d’un classique du 19e à à un roman qui vient de sortir. Voilà, aucune cohérence. C’est marrant le rapport à la lecture. On parlait de l’amitié. Il y a beaucoup de gens qui qui ont avec leur livre quelque chose de très passionné. Je te commence mais je t’aime pas. Je te mets sur le côté, je te reprends, je te donne une deuxième chance. C’est intéressant ce que ça dit notre rapport à l’objet livre ou à la tablette ou que sais-je. Euh c’est forcément très sentimental le rapport au livre. Moi, j’ai aucun rapport sacré à l’objet. Moi, le livre, c’est un c’est un objet que je que je laisse tomber, que je rature, que je corne et que je passe à d’autres. Donc je sais que beaucoup de gens fétichisent l’objet du livre. C’est pas mon cas, heureusement. C’est des c’est des objets vivants qui doivent vivre et qui doivent être marqués physiquement par le lecteur qu’il a eu entre les mains. Ouais. J’ai j’ai pratiqué beaucoup de de supplices sur ces livres pour cette émission Raturé Corné. Non pas raturé mais entouré Corné et cetera. Oui oui je me sens effectivement infiniment limitée dans ma compréhension du monde. C’est pourquoi j’exige des moi-même la discipline des lire jusqu’au bout. Après quoi je dis pas du genre abandonné en cours de rout ? Non, je ne peux pas l’abandonner parce que parce que c’est là dirait des moi quelque chose que je sais au fond euh et que je ne veux pas bah la petitesse d’esprit et donc euh et et après et parfois on on lit des mauvais livres parfois. Ah non, c’est moi je me dis toujours qu’il y a quelque chose et qu’il y avait un un message à passer après la lecture du livre. En revanche, les livres peut absolument générique comme beaucoup de gens peuvent peuvent l’utiliser aussi à un chevé de nuit. Euh voilà, euh les livres à suite à la consommation deviennent tout à fait autre chose et je ne le fétichise pas du tout, je le passe, je le je les donne à des voisins, ça devient un objet du quotidien. Ah, moi je suis complètement dans le camp des fétichistes. Mes livres sont mes livres, il est hors de question qu’on me les prenne et qu’on me les rende pas. Ah, c’est ce que jeis dire. Moi, je suis vraiment de l’équipe des fétichistes au dernier degré mais c’est parce que j’ai aussi une manière de tout sacraliser justement ce qui est je pense épuisant pour les autres. Mais oui oui, ça a toujours été au contraire des des objets que j’ai vraiment chéri, j’ai désiré longtemps, que j’ai que j’ai emporté avec moi dans un rapport très très charnel et obsessionnel. Ah non, je suis extrêmement fétichiste de manière générale. Et puis une bibliothèque dit beaucoup de soi quand même généralement. Bah là pour le coup, je rejoindrai Paul sur le fait que c’est très hétéroclite. Enfin, ça part un peu dans tous les sens maintenant. Alors qu’avant oui, j’étais très obsessionnelle, très pointu, très snob et j’ai beaucoup changé. Ben écoutez, bravo à tous les trois. Je serais bien incapable d’écrire euh un livre. Alors rien que ça, rien que pour ça, c’est déjà je trouve ça extraordinaire. Paul Gasnier euh quand même première sélection euh du prix concours. Euh pas du chiffre des livres mais bon quand même ça fait un petit quelque chose. Oui, c’est inattendu et c’est un honneur évidemment même si c’est évident que ça ira pas plus loin que les premières listes mais c’est déjà énorme. La collision donc est sortie chez Galimar, un des textes très remarqués de cette rentrée littéraire. Merci beaucoup d’être venu nous en parler. Sephora Pond chez Grassé. Là encore, on en a beaucoup entendu parler et ce ce style que vous avez bien travaillé a été très très remarqué. Éléanora Galasso, a-t-il plus universel que l’amitié, que ce qu’il reste des gens quand ils partent, des comptes qu’on a à rendre à ceux qu’on a forellement aimé, la vie selon Zoé chez Michel Lafond. Merci infiniment à tous les trois d’avoir parlé de vos livres et de littérature et de lecture. Ça fait du bien. On se retrouve dans un quart d’heure pour la suite de ce rendez-vous d’info. On reprendra le fil de l’actualité riche internationale de ce lundi. à tout à l’heure.
Aujourd’hui dans “Parlons-en”, une exception culturelle française : la rentrée littéraire. Près de 400 livres publiés pour ce mois de septembre, une vague de mots et de récits qui cueillent les accros au téléphone que nous sommes et sonne comme un appel à revenir aux pages et à l’encre. Honneur aux premiers romans avec Eleonora Galasso, actrice et autrice de “La vie selon Zoé” (éd. Michel Lafon, 2025), Sephora Pondi, comédienne pensionnaire de la Comédie française et autrice de “Avale” (éd. Grasset, 2025) et Paul Gasnier, journaliste et auteur de “La collision” (éd. Gallimard, 2025).
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5 comments
Trump declare que c'est un conflit de longue durée, mais qu'il espère pouvoir parvenir a des changements.
Le premier drapeau palestinien a été hissé au dessus de la première ambassade palestinienne a Londres. Il y a quelques minutes.
Ce que dit Macron est logique, … dabord Israël doit rendre les milliers d'otages palestiniens dans ses prisons et ensuite seulement… 😂😂 on ouvre l'ambassade française 😂
Les belges célèbrent la Palestine au parlement européen en ce moment même… bravo.
Le pouvoir d’achat des français va augmenter avec ce lundi historique
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