Dylan, acquitté dans l’affaire de Viry-Châtillon : « Les policiers m’ont enlevé six ans de ma vie »

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  1. **Accusé à tort d’avoir grièvement blessé des policiers en 2016 sur la base de faux procès-verbaux rédigés par les enquêteurs, Dylan a fait 18 mois de détention pour rien. Acquitté définitivement en avril 2021, il a porté plainte contre les policiers chargés de l’enquête. L’un d’entre eux le met désormais en cause pour des menaces.**

    *Pascale Pascariello*

    *6 mai 2022 à 12h41*

    « J’ai décidé de m’exprimer parce que je ne vois plus la fin de cette histoire », soupire Dylan qui préfère garder l’anonymat, afin de ne pas subir de « nouvelles représailles de la part des policiers ».

    Accusé d’avoir participé à l’agression de policiers à Viry-Châtillon (Essonne), en octobre 2016, Dylan a passé 18 mois en prison sur la base de faux procès-verbaux, rédigés par les enquêteurs. Bien que convaincus de son innocence mais décidés à l’impliquer malgré tout, ils avaient déformé les propos du principal témoin qui le mettait hors de cause. Comme nous l’avions révélé, ces policiers ont fabriqué de faux coupables en falsifiant les déclarations de plusieurs mis en cause.

    Depuis le procès en appel, en avril 2021, qui a révélé ces pratiques frauduleuses, certains des mis en cause, dont Dylan, ont porté plainte contre les policiers de la sureté départementale de l’Essonne, chargés de l’enquête, pour « faux en écriture publique », « violences volontaires » et « tentative d’escroquerie au jugement », par personne dépositaire de l’autorité publique.

    En juillet 2021, le parquet de Créteil y a donné suite en ouvrant une information judiciaire. Aujourd’hui, l’un des policiers mis en cause a porté plainte contre Dylan pour des menaces. « De nouveaux mensonges et pressions », selon le jeune homme qui témoigne auprès de Mediapart.

    « Acquitté ? Ça fait un an que je le suis définitivement mais sans avoir l’impression de l’être. Je n’ai toujours pas eu de réparation de la part de la justice pour les dix-huit mois passés en détention alors même que les policiers ont falsifié mes propos dans les procès-verbaux », déplore Dylan.

    Or, dans cette enquête, en l’absence de preuves matérielles, les procès-verbaux d’auditions en garde à vue ont été déterminants. Ils sont en effet repris par les juges d’instruction non seulement pour conduire leurs interrogatoires, mais également pour motiver leurs décisions à toutes les étapes de la procédure : mise en examen, placement en détention ou renvoi devant la cour d’assisses jusqu’à la première condamnation.

    Déposée le 7 octobre 2021, la demande d’indemnisation de Dylan n’avait toujours pas été transmise par le parquet de Paris à la chambre de la cour d’appel qui en a la charge, en avril 2022, soit sept mois plus tard. Un dysfonctionnement qui ralentit une procédure déjà longue. « C’est terrifiant de constater avec quelle rapidité la justice m’a mis derrière les barreaux et avec quelle lenteur elle répare son erreur. »

    Alors que Dylan évite « la police », il a subi des « intimidations » depuis l’annonce de sa plainte contre les enquêteurs. « Elles viennent de l’un des policiers contre lesquels j’ai porté plainte. Il a lui-même déposé plainte contre moi. C’est invraisemblable. »

    > Les policiers m’ont mis les menottes et une cagoule sur la tête devant ma mère et mes grands-parents. – Dylan

    Le 2 novembre 2021, Dylan a été convoqué et auditionné par la police pour des « menaces de commettre un crime ou un délit sur une personne dépositaire de l’autorité publique ». Les faits se seraient produits le 15 mars 2021, lors d’une des audiences du procès en appel, au cours duquel les enquêteurs ont été notamment questionnés par les magistrats et les avocats concernant les falsifications des procès-verbaux.

    « À la fin de l’audience, j’ai simplement dit à l’un d’entre eux “je vais porter plainte contre vous. Vous devrez rendre compte devant la justice”. Ça n’a rien d’une menace. Mais, encore une fois, il falsifie la vérité. Il s’acharne. »

    Cette plainte du brigadier-chef Sébastien D. est « un nouveau mensonge pour me pousser à bout. Mais je tiens », assure Dylan, néanmoins épuisé par toutes ces années de « combat judiciaire pour prouver [son] innocence et faire en sorte aujourd’hui que la responsabilité des policiers soit reconnue et qu’ils soient condamnés par la justice ».

    Sébastien D. est non seulement mis en cause pour les faux procès-verbaux mais également pour des violences commises contre plusieurs jeunes, lors de leur audition. Ainsi est-il allé jusqu’à insulter la mère d’un jeune homme, décédée peu de temps auparavant : « Tu vendrais ta mère, la pauvre elle est morte, mais tu la vendrais s’il fallait la vendre. […] T’en as rien à foutre de ta mère, de ta pauvre mère qui est décédée. […] Et ben va la baiser ta mère, j’en ai rien à branler ! Espèce de petite merde va ! T’as même pas de respect pour elle. »

    « Nos auditions se passaient violemment, se rappelle Dylan. Les policiers ont utilisé le fait que j’étais préoccupé par la santé de mon grand-père en me disant que si j’étais en prison, je ne pourrais pas lui venir en aide. C’était lâche de leur part d’exercer de telles pressions psychologiques. »

    Comme lui, sa famille ne sortira pas indemne de cette histoire. Lors de son arrestation, le 17 janvier 2017, Dylan avait 20 ans. « Les policiers sont venus fracasser ma porte au petit matin et m’ont mis les menottes et une cagoule sur la tête devant ma mère et mes grands-parents, alors que je ne représentais aucune menace et que j’étais calme. »

    Un souvenir qu’il ne parvient pas à effacer de sa mémoire. « C’est si loin et si proche. Les policiers m’ont enlevé six ans de ma vie », lâche-t-il, le souffle coupé par ce constat vertigineux.

    Le 3 février 2017, Dylan est placé en détention provisoire pour « tentative d’homicide volontaire sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Il encourt la perpétuité. Le jeune homme se « refai[t] alors en boucle chaque audition », ne comprenant pas comment il pouvait se retrouver « derrière les barreaux pour des faits qu’[il n’avait] pas commis ».

    Au parloir, face à sa mère, Dylan « fait semblant que tout va bien ». Mais : « Je me suis complètement refermé. J’écoutais mon codétenu sans jamais lui parler de moi. J’étais l’ombre de moi-même. »

    Après ces dix-huit mois d’incarcération, « la joie d’être sorti » s’est vite tarie face à « l’angoisse grandissante » de l’attente du procès. Chaque nuit, avant de dormir, il imagine la suite : « Je me projetais devant les juges pour leur clamer mon innocence. C’était mon obsession durant des heures d’espoir et de peur. »

    **La fabrique de faux coupables**

    Après vient « l’immense soulagement » de l’acquittement lors du procès en première instance, en décembre 2019. C’est au cours de ce procès que les avocats de la défense ont découvert ce décalage entre les déclarations des jeunes mis en cause et leurs retranscriptions par les enquêteurs. S’agissant de faits de nature criminelle, les auditions avaient en effet été filmées, conformément à la loi de 2007.

    Au cours de l’audience, la diffusion de certaines vidéos des auditions d’un témoin clé, initialement mis en cause durant l’enquête, établit que ses propos ne correspondent pas aux retranscriptions des procès-verbaux rédigés par les policiers. Deux ans plus tard, lors du procès en appel, deux experts mandatés par la présidente de la cour d’assises retranscrivent mot pour mot les auditions de ce témoin central de l’accusation et témoignent de l’ampleur des falsifications.

    « Plusieurs avocats avaient retranscrit nos auditions et s’étaient rendu compte que nos propos avaient été également modifiés. Tout ce que je dénonçais depuis le début pouvait enfin être prouvé et mon innocence reconnue. » Définitivement acquitté, Dylan décide alors de porter plainte contre les policiers.

    Le jeune homme attend désormais de la justice qu’elle « répare les victimes et poursuive les policiers, sinon elle se rendrait complice de leurs pratiques ». Durant l’audience du procès en appel, « le responsable de l’enquête a lui-même déclaré devant la juge n’avoir aucune certitude dans ce dossier, ni sur la culpabilité des personnes poursuivies. C’est scandaleux », s’emporte Dylan.

    > Si j’étais blanc de peau et si je n’habitais pas dans une cité en banlieue, l’histoire aurait-elle été la même ? – Dylan

    En effet, comme nous l’avions rapporté, à plusieurs reprises, selon des personnes ayant assisté au procès en appel, le commandant chargé des investigations, Sylvain Chavouet, a fait part de ses doutes et reconnu ne pas « être capable de dire qui était là et qui a fait quoi à part quelques-uns. [Il n’a] aucune certitude dans ce dossier ». Avant de lancer en regardant le box des accusés : « Il y a des jeunes ici présents, je ne mettrais pas ma main à couper en disant qu’ils ont participé. »

    Cela fait seulement six mois que Dylan parvient à dormir, chassant « ce cauchemar de six ans » loin de lui. Il travaille dans une société d’électronique et tente de reprendre une « vie normale ». Depuis sa détention, désabusé, il a arrêté le foot, n’ayant « plus goût aux passions » qui l’animaient depuis son enfance. « Je me revois encore dans ma cité, avec mes amis. » Mais ce temps-là est révolu. Cette affaire a « tout cassé. Les amitiés sont mortes ».

    Une question le taraude encore. « Si j’étais blanc de peau et si je n’habitais pas dans une cité en banlieue, l’histoire aurait-elle été la même ? »

  2. Malheureusement pour ce genre de flics, les camps de rééducation ne seront pas suffisant. Ils sont irrécupérable

    Nous les enverrons simplement aux Kerguelen, jusqu’à leurs morts, afin de les mettre hors d’état de nuire, définitivement

  3. MC Solaar aussi a eu le droit à des procès verbaux factices, qu’il relate très bien dans “Souvenir” :


    Ils portent des casquettes, comme les mecs qu’ils arrêtent

    Mettent des coups de pression, comme les mecs qu’ils arrêtent

    Mentent et sont armés, comme les mecs qu’ils arrêtent

    Et volent au-dessus des lois, comme les mecs qu’ils arrêtent

    En gros, des racailles en uniforme, et la plupart de leurs victimes font leur peine et ne pourrons jamais faire éclater leur vérité, pendant que les vrais criminels ne sont jamais inquiétés.

  4. Je me demande si nos fafs voudraient aussi envoyer ces flics au bagne en Guyane comme ils le demandent pour les racailles sans uniforme.

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