>**L’élection au fauteuil 19 de l’auguste institution, l’Académie Française, celui de feu Jean-Loup Dabadie, provoque une (discrète) levée de boucliers sous la coupole. En cause : la candidature de Franz-Olivier Giesbert, qui ne fait pas l’unanimité, sur fond de guerre pour la succession de la secrétaire perpétuelle.**
>C’est un peu comme jouer à Donjons et Dragons, avec Hélène Carrère d’Encausse dans le rôle du maître de donjon. Le but, décrocher le fauteuil 19. Première étape, se familiariser avec le mode d’emploi en rendant visite au secrétaire perpétuel de l’Académie. N’importe qui, vous, moi, peut jouer. Seconde étape, adresser à chacun des membres une missive personnalisée. Pas de copié-collé. « Celui qui fait ça est cramé », dit l’historien Pascal Ory, élu en mars 2021. Écrire à la main les trente-cinq cajoleries en sollicitant un rendez-vous. Rencontrer les académiciens qui le proposent. Attendre le résultat du vote. Combien voteront ce jeudi 12 mai 2022 ? La Compagnie compte quarante académiciens, cinq sièges sont vacants et quatre élus, pas encore reçus. Quant-au vainqueur, sur le papier, c’est simple, l’emporte celui qui obtient la majorité absolue des voix. Sauf en cas d’élection blanche, l’Académie ayant inventé le bulletin blanc marqué d’une croix, lequel signifie le refus en bloc de tous les postulants.
>Qui donc convoite le siège de feu Jean-Loup Dabadie, scénariste et parolier ? Sont candidats cette semaine deux journalistes-écrivains, Franz-Olivier Giesbert et Olivier Barrot. Un universitaire, Julien Kilanga Musinde. Un conseiller fiscal et historien, Emmanuel Cruvelier. Un multirécidiviste, Eduardo Pisani, chanteur, écrivain, peintre, lequel se présente à chaque élection afin de battre le record d’Émile Zola, vingt-cinq candidatures et jamais élu. Zéro femme.
>Une candidature provoque des remous dans la Compagnie, celle de Franz-Olivier Giesbert, dit FOG. Cinquante ans de journalisme : il a publié son premier papier dans Paris-Normandie, dont sa famille maternelle était actionnaire, à 18 ans. À 22, il rejoint Le Nouvel Observateur dont il deviendra directeur de la rédaction avant de diriger Le Figaro puis Le Point. FOG refuse de s’exprimer : « Je ne peux pas vous aider, je suis candidat. » Parler le mettrait aussitôt hors-jeu. Sa candidature est, dit-on, combattue par un petit bataillon d’académiciens mené par Marc Lambron, fauteuil 38, et François Sureau, fauteuil 24. « Des choses horribles » ont été dites contre lui, selon les proches du journaliste. Mais « il a le cuir de crocodile et s’en remettra ». L’entrée « Controverses » de sa fiche Wikipédia le confirme : Franz-Olivier Giesbert est indestructible.
>Les calomnies, les académiciens eux-mêmes les répètent en fin de conversation en les attribuant à autrui. Choses entendues : « La candidature de Giesbert ? Pfttt. Vulgaire. Grossier. Inintéressant. Enfin, c’est ce que disent certains. » Si un brevet d’hypocrisie est indispensable pour rejoindre la Compagnie, FOG n’y a pas sa place : grand cynique sans illusions, il s’affiche comme tel. « Laissons pisser le mérinos », sa maxime fétiche en cas d’attaque.
>**Le clan des universitaires**
>« Une tradition de courtoisie prévaut à l’Académie », dit Frédéric Vitoux, fauteuil 15. « Nous sommes un club de gentlemen », renchérit Marc Lambron. Hostile à FOG, Lambron? « Je ne lui suis pas opposé. Les cinq ou six dernières élections dessinent une succession très digne. J’espère qu’on va rester dans cette ligne. » Hum. Quelle forme a donc la ligne digne ?
>Les derniers à avoir rejoint ce que Marc Lambron surnomme « l’Ehpad le plus prestigieux de France » sont Antoine Compagnon, Pascal Ory, Maurizio Serra, François Sureau, Mario Vargas Llosa et Chantal Thomas. Deux professeurs, un ex-ambassadeur, un haut fonctionnaire-avocat, un Nobel de littérature ; Vargas Llosa excepté (mais qui écrit en espagnol), un unique romancier. À l’Académie française, la corporation universitaire représente désormais 20 % de la troupe : Jean-Luc Marion, Pascal Ory, Antoine Compagnon, Barbara Cassin, Michel Zink, Michael Edwards et Hélène Carrère d’Encausse. Le clan des profs, sensibles au savoir et aux titres académiques, fustige les journalistes : « Des bateleurs ! » Un corporatisme snob ? « Les universitaires chassent en meute. Les écrivains, eux, sont divisés », note un partisan de FOG. « Ne dites pas mon nom, ma voix serait invalidée… » – avant l’élection, chacun doit jurer ne pas avoir engagé sa voix. Celle de jeudi lui semble un point de bascule : « Allons-nous vers un Collège de France bis ou nous ouvrons-nous à la création vivante en faisant entrer des écrivains, des journalistes, des cinéastes ? »
>Les anciens critiques littéraires sont déjà largement représentés quai Conti. Daniel Rondeau, qui fut rédacteur en chef des pages cultures de Libération, Dominique Bona et Jean-Marie Rouart, anciens critiques du Figaro, Fréderic Vitoux au Nouvel Observateur, Marc Lambron, ex-collègue de Giesbert, qu’il a croisé au Figaro et au Point, Angelo Rinaldi dont les journaux s’arrachaient la plume trempée dans la strychnine : tous ont eu une carte de presse. Ceux-là, dans l’ensemble, seraient favorable à FOG.
>Disert, l’académicien est peu avare de son temps immortel. Il parle, longuement. Si chacun répète qu’un académicien ne peut signifier ses préférences, aucun ne parvient à celer ses intentions, off the record. En fin de conversation, bien peu retiennent les fléchettes. « Giesbert, candidat ? Il a trahi tout le monde ! »
>Certains, comme François Sureau, classé dans le camp hostile, refusent de s’exprimer : « Il me semble que d’autres sujets peuvent requérir notre attention collective », répond-il par SMS. Ponctuation impeccable, aucune abréviation, un brin pontifiant : texto académique.
>Le clan d’en face, celui des pro-Giesbert, n’est pas non plus avare de perfidies. « Quoi, il a dit ça de FOG, Machin ? Un maniaco-dépressif. Il a été hospitalisé à Sainte-Anne », balance un immortel impavide dans un salon germanopratin de son éditeur. Dans le hall, les portraits en noir et blanc de plusieurs de ses pairs, auteurs de la maison.
>« L’agrément de l’Académie ? Une classe de terminale avec de vieux élèves vachards et primesautiers », affirme Lambron. Et de citer, comme les autres, Paul Valéry : « Une élection, avant, c’est imprévisible. Après, c’est inexplicable. »
>Les observateurs de cette nasse dorée se régalent : « Le jeu le plus trouble, c’est celui d’Hélène Carrère d’Encausse. Elle passe son temps à instrumentaliser les candidatures. » Frédéric Mitterrand, Pascal Bruckner ou Benoit Duteurtre, qui postulèrent au siège de Michel Déon, en savent quelque chose.
>**Pénurie de bons romanciers**
>Derrière la petite bataille pour l’attribution du fauteuil 19 s’en profile une autre, plus âpre. Certains convoitent déjà le siège du secrétaire perpétuel. Somptueux appartement de fonction. Chauffeur. Pouvoir. D’opérette, mais pouvoir. Son occupante, certes en excellente santé, n’affiche-t-elle pas 93 ans ? On peut être gentleman et calculateur. On avance des noms de prétendants : Xavier Darcos, Frédéric Vitoux, Jean-Christophe Rufin, Marc Lambron… « On ne prête qu’aux riches, répond ce dernier. Qui va succéder à Hélène Carrère d’Encausse ? Hélène Carrère d’Encausse. Elle est perpétuelle, immortelle… »
>Des dossiers sortent, et cruels. Derniers en date, ceux mettant en cause le fauteuil 40, Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France. Le Canard Enchaîné en juillet dernier, La Lettre A, Marianne puis, en décembre dernier, Le Monde dans un article fort bien documenté, révèlent que deux enquêtes préliminaires de la brigade financière visent l’Institut et son chancelier. L’une pour soupçon d’entente et de favoritisme dans le marché du château d’Enghien, sur le domaine de Chantilly, l’autre pour prise illégale d’intérêts dans une société créée par Xavier Darcos et un de ses protégés, alors salarié de l’Institut. Cet établissement, qui, outre la Française, chapeaute quatre académies (Inscriptions et belles lettres, Sciences, Sciences morales et politiques et Beaux-arts), règne sur des fondations à n’en plus finir, domaines, châteaux, musées, « des budgets à faire pâlir d’envie le surintendant Fouquet », comme l’écrit Le Monde. Celui du domaine de Chantilly, dont dépend le château d’Enghien, par exemple. Dans des conditions discutables, l’Institut envisageait d’en céder la concession à un entrepreneur privé afin qu’il le transforme en hôtel de luxe. Scandale, en décembre, le parquet national financier a perquisitionné le bureau du chancelier.
>« L’Académie me paraît en recherche d’harmonie, musicalement », dit Dominique Bona, qui la voudrait rajeunie. Par qui ? « L’Académie est un corps où l’on reçoit des gens titrés, des hommes en place, des gens de robe, des médecins, des géomètres et même parfois des gens de lettres », a écrit Voltaire, prédécesseur de Bona au fauteuil 33 avec 100 % des voix, un cas unique.
>L’Académie peine à recruter de bons romanciers. À l’image du paysage littéraire français, elle est en crise. Qui pour succéder aux Caillois, Yourcenar, Ionesco, Cocteau, Morand, Senghor d’après-guerre ? À François Mauriac qui lui proposait d’entrer à l’Académie, Georges Bernanos répondit : « Il y a des vérités qu’on ne peut plus dire en costume de carnaval. » C’était dans les années 1930…
>Les romanciers déjà honorés par le prix Nobel, Modiano et Le Clézio, ont dédaigné le hochet ; celui qui en rêve (du Nobel), Michel Houellebecq, aussi. Nombre d’autres, Jean Echenoz, Jean-Paul Kauffmann, Milan Kundera, Amélie Nothomb, Mona Ozouf, Pascal Quignard, Sylvain Tesson, ont refusé. « C’est beau et rarissime, les gens qui ne cèdent pas à la vanité. À peine 5 %, peut-être », dit une experte informée du monde des lettres.
Et si on faisait l’économie de ces académies ?
Sinon ils pourraient élire un linguiste. Ça fait juste 117 ans qu’il n’y en a pas eu à l’Académie Française. Du coup, même pour le “clan des profs” qui se vante de mérites académiques, la technicité de la langue française, ce n’est pas leur rayon… Oups.
Et puis un linguiste ça aurait peut-être été plus utile qu’élire un Nobel de Littérature qui publie en espagnol…
Parce qu’à côté des homologues belges et québecquois, nos Immortels passent pour une belle bande de guignols.
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>**L’élection au fauteuil 19 de l’auguste institution, l’Académie Française, celui de feu Jean-Loup Dabadie, provoque une (discrète) levée de boucliers sous la coupole. En cause : la candidature de Franz-Olivier Giesbert, qui ne fait pas l’unanimité, sur fond de guerre pour la succession de la secrétaire perpétuelle.**
>C’est un peu comme jouer à Donjons et Dragons, avec Hélène Carrère d’Encausse dans le rôle du maître de donjon. Le but, décrocher le fauteuil 19. Première étape, se familiariser avec le mode d’emploi en rendant visite au secrétaire perpétuel de l’Académie. N’importe qui, vous, moi, peut jouer. Seconde étape, adresser à chacun des membres une missive personnalisée. Pas de copié-collé. « Celui qui fait ça est cramé », dit l’historien Pascal Ory, élu en mars 2021. Écrire à la main les trente-cinq cajoleries en sollicitant un rendez-vous. Rencontrer les académiciens qui le proposent. Attendre le résultat du vote. Combien voteront ce jeudi 12 mai 2022 ? La Compagnie compte quarante académiciens, cinq sièges sont vacants et quatre élus, pas encore reçus. Quant-au vainqueur, sur le papier, c’est simple, l’emporte celui qui obtient la majorité absolue des voix. Sauf en cas d’élection blanche, l’Académie ayant inventé le bulletin blanc marqué d’une croix, lequel signifie le refus en bloc de tous les postulants.
>Qui donc convoite le siège de feu Jean-Loup Dabadie, scénariste et parolier ? Sont candidats cette semaine deux journalistes-écrivains, Franz-Olivier Giesbert et Olivier Barrot. Un universitaire, Julien Kilanga Musinde. Un conseiller fiscal et historien, Emmanuel Cruvelier. Un multirécidiviste, Eduardo Pisani, chanteur, écrivain, peintre, lequel se présente à chaque élection afin de battre le record d’Émile Zola, vingt-cinq candidatures et jamais élu. Zéro femme.
>Une candidature provoque des remous dans la Compagnie, celle de Franz-Olivier Giesbert, dit FOG. Cinquante ans de journalisme : il a publié son premier papier dans Paris-Normandie, dont sa famille maternelle était actionnaire, à 18 ans. À 22, il rejoint Le Nouvel Observateur dont il deviendra directeur de la rédaction avant de diriger Le Figaro puis Le Point. FOG refuse de s’exprimer : « Je ne peux pas vous aider, je suis candidat. » Parler le mettrait aussitôt hors-jeu. Sa candidature est, dit-on, combattue par un petit bataillon d’académiciens mené par Marc Lambron, fauteuil 38, et François Sureau, fauteuil 24. « Des choses horribles » ont été dites contre lui, selon les proches du journaliste. Mais « il a le cuir de crocodile et s’en remettra ». L’entrée « Controverses » de sa fiche Wikipédia le confirme : Franz-Olivier Giesbert est indestructible.
>Les calomnies, les académiciens eux-mêmes les répètent en fin de conversation en les attribuant à autrui. Choses entendues : « La candidature de Giesbert ? Pfttt. Vulgaire. Grossier. Inintéressant. Enfin, c’est ce que disent certains. » Si un brevet d’hypocrisie est indispensable pour rejoindre la Compagnie, FOG n’y a pas sa place : grand cynique sans illusions, il s’affiche comme tel. « Laissons pisser le mérinos », sa maxime fétiche en cas d’attaque.
>**Le clan des universitaires**
>« Une tradition de courtoisie prévaut à l’Académie », dit Frédéric Vitoux, fauteuil 15. « Nous sommes un club de gentlemen », renchérit Marc Lambron. Hostile à FOG, Lambron? « Je ne lui suis pas opposé. Les cinq ou six dernières élections dessinent une succession très digne. J’espère qu’on va rester dans cette ligne. » Hum. Quelle forme a donc la ligne digne ?
>Les derniers à avoir rejoint ce que Marc Lambron surnomme « l’Ehpad le plus prestigieux de France » sont Antoine Compagnon, Pascal Ory, Maurizio Serra, François Sureau, Mario Vargas Llosa et Chantal Thomas. Deux professeurs, un ex-ambassadeur, un haut fonctionnaire-avocat, un Nobel de littérature ; Vargas Llosa excepté (mais qui écrit en espagnol), un unique romancier. À l’Académie française, la corporation universitaire représente désormais 20 % de la troupe : Jean-Luc Marion, Pascal Ory, Antoine Compagnon, Barbara Cassin, Michel Zink, Michael Edwards et Hélène Carrère d’Encausse. Le clan des profs, sensibles au savoir et aux titres académiques, fustige les journalistes : « Des bateleurs ! » Un corporatisme snob ? « Les universitaires chassent en meute. Les écrivains, eux, sont divisés », note un partisan de FOG. « Ne dites pas mon nom, ma voix serait invalidée… » – avant l’élection, chacun doit jurer ne pas avoir engagé sa voix. Celle de jeudi lui semble un point de bascule : « Allons-nous vers un Collège de France bis ou nous ouvrons-nous à la création vivante en faisant entrer des écrivains, des journalistes, des cinéastes ? »
>Les anciens critiques littéraires sont déjà largement représentés quai Conti. Daniel Rondeau, qui fut rédacteur en chef des pages cultures de Libération, Dominique Bona et Jean-Marie Rouart, anciens critiques du Figaro, Fréderic Vitoux au Nouvel Observateur, Marc Lambron, ex-collègue de Giesbert, qu’il a croisé au Figaro et au Point, Angelo Rinaldi dont les journaux s’arrachaient la plume trempée dans la strychnine : tous ont eu une carte de presse. Ceux-là, dans l’ensemble, seraient favorable à FOG.
>Disert, l’académicien est peu avare de son temps immortel. Il parle, longuement. Si chacun répète qu’un académicien ne peut signifier ses préférences, aucun ne parvient à celer ses intentions, off the record. En fin de conversation, bien peu retiennent les fléchettes. « Giesbert, candidat ? Il a trahi tout le monde ! »
>Certains, comme François Sureau, classé dans le camp hostile, refusent de s’exprimer : « Il me semble que d’autres sujets peuvent requérir notre attention collective », répond-il par SMS. Ponctuation impeccable, aucune abréviation, un brin pontifiant : texto académique.
>Le clan d’en face, celui des pro-Giesbert, n’est pas non plus avare de perfidies. « Quoi, il a dit ça de FOG, Machin ? Un maniaco-dépressif. Il a été hospitalisé à Sainte-Anne », balance un immortel impavide dans un salon germanopratin de son éditeur. Dans le hall, les portraits en noir et blanc de plusieurs de ses pairs, auteurs de la maison.
>« L’agrément de l’Académie ? Une classe de terminale avec de vieux élèves vachards et primesautiers », affirme Lambron. Et de citer, comme les autres, Paul Valéry : « Une élection, avant, c’est imprévisible. Après, c’est inexplicable. »
>Les observateurs de cette nasse dorée se régalent : « Le jeu le plus trouble, c’est celui d’Hélène Carrère d’Encausse. Elle passe son temps à instrumentaliser les candidatures. » Frédéric Mitterrand, Pascal Bruckner ou Benoit Duteurtre, qui postulèrent au siège de Michel Déon, en savent quelque chose.
>**Pénurie de bons romanciers**
>Derrière la petite bataille pour l’attribution du fauteuil 19 s’en profile une autre, plus âpre. Certains convoitent déjà le siège du secrétaire perpétuel. Somptueux appartement de fonction. Chauffeur. Pouvoir. D’opérette, mais pouvoir. Son occupante, certes en excellente santé, n’affiche-t-elle pas 93 ans ? On peut être gentleman et calculateur. On avance des noms de prétendants : Xavier Darcos, Frédéric Vitoux, Jean-Christophe Rufin, Marc Lambron… « On ne prête qu’aux riches, répond ce dernier. Qui va succéder à Hélène Carrère d’Encausse ? Hélène Carrère d’Encausse. Elle est perpétuelle, immortelle… »
>Des dossiers sortent, et cruels. Derniers en date, ceux mettant en cause le fauteuil 40, Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France. Le Canard Enchaîné en juillet dernier, La Lettre A, Marianne puis, en décembre dernier, Le Monde dans un article fort bien documenté, révèlent que deux enquêtes préliminaires de la brigade financière visent l’Institut et son chancelier. L’une pour soupçon d’entente et de favoritisme dans le marché du château d’Enghien, sur le domaine de Chantilly, l’autre pour prise illégale d’intérêts dans une société créée par Xavier Darcos et un de ses protégés, alors salarié de l’Institut. Cet établissement, qui, outre la Française, chapeaute quatre académies (Inscriptions et belles lettres, Sciences, Sciences morales et politiques et Beaux-arts), règne sur des fondations à n’en plus finir, domaines, châteaux, musées, « des budgets à faire pâlir d’envie le surintendant Fouquet », comme l’écrit Le Monde. Celui du domaine de Chantilly, dont dépend le château d’Enghien, par exemple. Dans des conditions discutables, l’Institut envisageait d’en céder la concession à un entrepreneur privé afin qu’il le transforme en hôtel de luxe. Scandale, en décembre, le parquet national financier a perquisitionné le bureau du chancelier.
>« L’Académie me paraît en recherche d’harmonie, musicalement », dit Dominique Bona, qui la voudrait rajeunie. Par qui ? « L’Académie est un corps où l’on reçoit des gens titrés, des hommes en place, des gens de robe, des médecins, des géomètres et même parfois des gens de lettres », a écrit Voltaire, prédécesseur de Bona au fauteuil 33 avec 100 % des voix, un cas unique.
>L’Académie peine à recruter de bons romanciers. À l’image du paysage littéraire français, elle est en crise. Qui pour succéder aux Caillois, Yourcenar, Ionesco, Cocteau, Morand, Senghor d’après-guerre ? À François Mauriac qui lui proposait d’entrer à l’Académie, Georges Bernanos répondit : « Il y a des vérités qu’on ne peut plus dire en costume de carnaval. » C’était dans les années 1930…
>Les romanciers déjà honorés par le prix Nobel, Modiano et Le Clézio, ont dédaigné le hochet ; celui qui en rêve (du Nobel), Michel Houellebecq, aussi. Nombre d’autres, Jean Echenoz, Jean-Paul Kauffmann, Milan Kundera, Amélie Nothomb, Mona Ozouf, Pascal Quignard, Sylvain Tesson, ont refusé. « C’est beau et rarissime, les gens qui ne cèdent pas à la vanité. À peine 5 %, peut-être », dit une experte informée du monde des lettres.
Et si on faisait l’économie de ces académies ?
Sinon ils pourraient élire un linguiste. Ça fait juste 117 ans qu’il n’y en a pas eu à l’Académie Française. Du coup, même pour le “clan des profs” qui se vante de mérites académiques, la technicité de la langue française, ce n’est pas leur rayon… Oups.
Et puis un linguiste ça aurait peut-être été plus utile qu’élire un Nobel de Littérature qui publie en espagnol…
Parce qu’à côté des homologues belges et québecquois, nos Immortels passent pour une belle bande de guignols.
Ils ont des sabres, qu’ils s’en servent.