Des plaintes contre les fédérations, de la publicité pour les stars et de grands discours. Dans quelque 200 jours, les premiers Enhanced Games doivent témoigner de l’entrée du sport dans une nouvelle ère. C’est ce qu’affirment les créateurs de ces compétitions où le dopage n’est pas interdit, mais autorisé et constitue un moyen de gagner beaucoup d’argent. «Je pense que c’est l’avenir du sport», déclare Megan Romano, 34 ans, quatre fois championne du monde de natation et participante désignée.

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Un pronostic qui en fait frémir plus d’un. L’Agence mondiale antidopage (AMA) a déjà dénoncé le projet comme un concept «dangereux et irresponsable». Loïc Hoscheit, directeur de l’agence antidopage luxembourgeoise ALAD, tient lui aussi des mots forts: «Je trouve le concept absurde. Surtout l’argument des organisateurs selon lequel on se dope sous surveillance médicale, que tout est sans risque. Que l’on ne cherche qu’à maximiser la performance et qu’il n’y a pas d’autres raisons. C’est d’une absurdité totale».

C’est financièrement très intéressant, et je mentirais si je disais que cela m’est égal.

Ben Proud

Nageur britannique

Il précise: «Si des jeunes gens en bonne santé se gavent de médicaments pour réaliser des performances sportives de haut niveau, ils mettent leur santé en danger». Selon lui, les personnes qui se dopent ont également bénéficié d’un suivi médical par le passé. «On ne commande pas un flacon d’EPO (une hormone qui stimule la production de globules rouges, NDLR) sur Internet», dit Loïc Hoscheit. «Il y a de nombreux exemples d’ex-sportifs, aujourd’hui âgés de 50 ou 60 ans, qui doivent assumer les conséquences physiques et mentales du dopage.»

Le directeur de l’ALAD, Loïc Hoscheit, porte un jugement accablant. © PHOTO: Stéphane Guillaume

Les créateurs ont prévu trois sports: natation, athlétisme et haltérophilie. Et dans le programme très sélectif, le tri a été encore plus poussé: on nage sur 50 et 100 mètres, respectivement en nage libre et en papillon. En athlétisme, il s’agira de parcourir 100 m ainsi que 100 et 110 m haies, tandis qu’en haltérophilie, trois catégories devront venir à bout de kilogrammes jamais atteints auparavant.

Sur le plan financier, les compétitions sont dotées de prix d’une valeur équivalente à 430.000 euros, dont 215.000 euros pour la première place. À cela s’ajoutent des primes d’arrivée et surtout un million de dollars américains (860.000 euros) pour les temps non encore réalisés en course et en natation sur 100 m et 50 m nage libre.

Les dopés sont de la partie

«C’est financièrement très intéressant, et je mentirais si je disais que cela m’est égal», a déclaré à la BBC le nageur britannique Ben Proud, deuxième aux Jeux olympiques de Paris sur 50 m, plusieurs fois champion du monde et d’Europe: «Il faudrait que je gagne des titres de champion du monde pendant 13 ans pour gagner ce que je peux gagner en une seule compétition aux Enhanced Games». Il sera présent le 24 mai 2026 à Las Vegas, tout comme le nageur Marius Kusch et les sprinters Fred Kerley et Mouhamadou Fall. Le fait que Kerley et Fall soient déjà suspendus pour diverses infractions liées au dopage est particulièrement controversé.

«La plupart du temps, il s’agit d’argent», sait aussi le nageur olympique luxembourgeois Ralph Daleiden. «Parce qu’il y a une telle différence entre ce que l’on peut gagner aux World Aquatics et aux Enhanced Games. C’est apparemment pour cela qu’il y a de plus en plus d’athlètes qui veulent faire ça. C’est dommage.» Pour le jeune homme de 22 ans, une participation n’est pas à l’ordre du jour. «Je ne veux définitivement rien avoir à faire avec ça.»

La sprinteuse Patrizia van der Weken est du même avis. «Je trouve tout cela assez douteux», déclare la troisième des championnats du monde en salle 2025. «Je ne mettrais jamais ma santé en danger pour performer à un niveau supérieur». Dans ces conditions, un record du monde n’aurait de toute façon aucune valeur. «Il ne s’agit alors plus de son propre corps, mais uniquement de la capacité de ton corps à fonctionner avec des substances interdites.»

Le directeur technique du Comité national olympique, Raymond Conzemius, ne veut pas du tout comparer les Enhanced Games avec la compétition classique. «Nous nous sommes donné des valeurs morales et des règles pour les protéger. Si des gens veulent s’en échapper, nous ne devrions pas les mélanger. En tant que sport organisé privé, nous devrions nous distancer de cela». Pour Raymond Conzemius, il est clair qu’un athlète luxembourgeois se mettrait également hors-jeu en se rendant aux Enhanced Games. «La question se pose alors de savoir s’il ou si elle peut encore faire partie de notre sport».

De très nombreuses personnes se sont battues pendant longtemps pour que nous en arrivions là où nous en sommes aujourd’hui dans le sport.

Raymond Conzemius

Raymond Conzemius ne voit pas les Enhanced Games comme une menace pour les compétitions sportives classiques, voire pour les Jeux olympiques. «Ce n’est pas une concurrence». La question est plutôt: «Que représentons-nous en tant que société, que représentent les médias? De très nombreuses personnes se sont battues pendant longtemps pour que nous arrivions là où nous sommes aujourd’hui dans le sport».

Les têtes pensantes derrière cet événement controversé sont le milliardaire allemand Christian Angermayer, entre autres cofondateur d’une entreprise biopharmaceutique, et l’Australien Aron D’Souza, diplômé d’Oxford, qui veulent «créer une nouvelle super humanité». Il a également déclaré une fois au magazine Cycling Weekly: «C’est un malentendu classique de dire que les médicaments améliorant la performance ne sont pas sûrs. C’est de l’hystérie».

Le directeur du Comité national olympique, Raymond Conzemius, y voit un problème de société. © PHOTO: Christian Kemp

«Il y a bien sûr des arrière-pensées», explique Loïc Hoscheit. «Ce n’est pas dans l’intérêt des sportifs. Ce sont des hommes d’affaires qui ont des idées et qui essaient d’exploiter les gens». Raymond Conzemius met également en garde: «Le risque que d’autres règles s’appliquent soudainement est aussi un sujet de société». Et c’est ainsi que les organisateurs des Enhanced Games prévus s’attaquent à ceux qui les combattent et ont déjà déposé, selon l’agence de presse AP, une plainte antitrust de 800 millions de dollars contre la fédération mondiale de natation World Aquatics, USA Swimming et l’AMA.

Les organisateurs des Enhanced Games accusent les critiques d’avoir mené une campagne illégale visant à inciter les athlètes à boycotter l’événement. World Aquatics, par exemple, a récemment annoncé qu’elle exclurait les personnes qui participeraient aux Enhanced Games. Lors de son annonce, Ben Proud a donc été très clair: «Je vais me retirer de la natation traditionnelle».

Cet article a été publié initialement sur le site du Luxemburger Wort. Il a été traduit à l’aide d’outils d’intelligence artificielle qui apprennent à partir de données issues de traductions humaines, puis vérifié par Antony Speciale.