À 33 ans et 22 longs métrages au compteur, Lyna Khoudri s’impose comme l’une des actrices françaises les plus engagées de sa génération.
Jouer en arabe et en français : deux langues, deux corps
Pour Les Aigles de la République, thriller politique sur les coulisses du cinéma égyptien sous le régime d‘al-Sisi, Lyna Khoudri a dû apprendre l’arabe égyptien. Un défi pour cette actrice née à Alger, qui parle la darija algérienne (arabe dialectal). “L’arabe est une langue beaucoup dans le corps, plus grave, j’ai d’ailleurs une voix plus grave quand je parle en arabe”, explique-t-elle. C’est la réalisatrice Mounia Medour (Papicha) qui lui avait fait remarquer cette transformation physique : sa voix devient plus aiguë en français, son corps bouge différemment selon la langue. Dans le film de Tarik Saleh, elle interprète une aspirante actrice “qui n’est pas très bonne”, aux côtés de l’acteur Fares Fares, et a dû se former à l’égyptien avec un coach linguistique.
L’Algérie, un ancrage viscéral
Lyna Khoudri avait un an et demi lorsque sa famille a fui l’Algérie au début de la décennie noire, son père journaliste et intellectuel étant menacé. Mais le lien avec le pays d’origine ne s’est jamais rompu. “On n’a jamais coupé le cordon, jamais, ça a toujours été notre pays”, affirme-t-elle. Retournée en Algérie dès l’âge de cinq ou six ans, l’actrice s’y sent “complètement chez elle” et a même commencé sa carrière en y tournant des films, avant de travailler en France. “J’ai envie et j’ai besoin de raconter l’histoire de mon pays”, avait-elle confié au réalisateur algérien Merzak Allouache alors qu’elle était encore étudiante. Le César du meilleur espoir pour Papicha témoigne de cet engagement à porter à l’écran les réalités algériennes.
Un hommage aux femmes qui “endossent les deux rôles”
Lors de sa réception du prix Orizzonti à Venise, très jeune, Lyna Khoudri avait rendu un hommage marquant à sa mère : “Merci à ma mère, ma reine, d’avoir si longtemps été un homme.” Une formule qui saluait les femmes contraintes par les circonstances d’endosser tous les rôles. Sa mère a été vigile, caissière, des métiers qu’enfant elle “imaginait pour les hommes”.