
*Bonjour,*
*Je vais tenter de faire un méga thread sourcé de l’affaire qui a débutée dans un collège paisible alsacien. Une mère d’élève, Mediapart, Brigitte Macron, l’ex rectrice de l’académie de Strasbourg, une inspectrice de lettres, France 3, les professeurs du collège, le nouveau recteur de l’académie de Strasbourg, et évidemment Didier Jodin. Autant d’acteurs de cette folle affaire.*
*Toutes les sources payantes seront publiées en fil commentaire !*
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* L’affaire publique débute par un article de Mediapart, qui publie le 26 avril 2022 : “*Le cabinet de Brigitte Macron déclenche l’inspection d’un professeur de français*” ( [Lien de l’article, article complet à retrouver en fil commentaire](https://www.mediapart.fr/journal/france/260422/le-cabinet-de-brigitte-macron-declenche-l-inspection-d-un-professeur-de-francais) ).
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* Néanmoins, elle a réellement débuté en 2021, lorsqu’une mère d’élève commence à harceler de mails Didier Jodin (professeur de Lettres dans un collège du Bas Rhin) pendant des weekend jusqu’à 1 heure du matin. Le 23 février 2022, Didier Jodin est inspecté lors d’une visite conseil par une inspectrice de l’Académie, qui lui révèle pour la première fois le nom de Brigitte Macron. La mère d’élève a envoyé un courrier à Brigitte Macron demandant d’agir contre lui, le courrier a été redirigé sous des circonstances inconnues au rectorat de Strasbourg, et l’inspectrice a été dépêchée pour l’inspecter. Elle aurait même déjà vu dans le plus grand des secrets en décembre des cahiers de ses élèves. Je joins ici le lien du document que Didier Jodin a pu rédiger suite à cette inspection (il aura reçu son rapport d’inspection seulement une semaine après celle-ci, alors que certains professeurs attendent encore le leurs depuis plusieurs mois), et j’invite le lecteur à lire les chapitres 1, 2, 3 et 4 du document rédigé par Didier Jodin disponible librement ici : [lien du document libre d’accès](https://docs.google.com/document/d/1_iMl10k6G8CbSFqf_QCiygWtkUmiBTanLiKvSHopi0I/edit#).
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* Didier Jodin se met alors à se battre pour comprendre ce qu’il s’est passé, puisqu’il se sent victime d’un grave disfonctionnement de l’administration du rectorat de l’académie de Strasbourg, et contacte de nombreux médias, jusqu’à avoir une réponse positive de Mediapart, qui publie leur article ce 26 avril. Ainsi débute une médiatisation locale ( [article de actu bas Rhin libre d’accès](https://actu-fr.cdn.ampproject.org/v/s/actu.fr/societe/bas-rhin-un-professeur-de-francais-inspecte-apres-un-courrier-adresse-a-brigitte-macron-revele-mediapart_50560579.html/amp?amp_gsa=1&_js_v=a9&usqp=mq331AQKKAFQArABIIACAw%3D%3D#amp_tf=Source%C2%A0%3A%20%251%24s&aoh=16511283037332&referrer=https%3A%2F%2Fwww.google.com&share=https%3A%2F%2Factu.fr%2Fsociete%2Fbas-rhin-un-professeur-de-francais-inspecte-apres-un-courrier-adresse-a-brigitte-macron-revele-mediapart_50560579.html) : *Bas-Rhin. Un professeur de français inspecté après un courrier adressé à Brigitte Macron, révèle Mediapart* ), un autre article sort dans le DNA, un hashtag est créé sur twitter : #SOSBrigitte). Un premier reportage sort au 12h 13h de France 3 Alsace le mercredi 27 avril. Le sujet majoritairement retenu par ces médias est la question du cabinet de Brigitte Macron – ce qui n’est absolument pas le plus important aux yeux de Didier Jodin qui lui soutient que ce qui est grave, c’est bien les actions menées contre lui par le rectorat.
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* Vient le mercredi 27 avril au soir : France 3 Alsace publie un deuxième reportage au direct de 19h très différent de celui de midi, qui lui pose problème ( [lien twitter du reportage pour le visionner](https://twitter.com/i/status/1520834729167265795)) ! Didier Jodin est en effet accusé en première partie par 2 personnes interviewées de faits graves non prouvés (harcèlement, insultes entre autres). De plus, dans le reportage le principe de contradiction n’a pas été respecté pour ces accusations : Didier Jodin a bien la parole mais sur une autre question à la suite qui n’a pas grand chose à voir avec le début du reportage.
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* Dès le jeudi 28, les professeurs du collège se concertent afin de trouver une ligne afin de défendre Didier Jodin, et vendredi 29 avril ils prennent l’initiative de la rédaction d’un communiqué. Ils le diffuseront ensuite sur les réseaux sociaux ainsi qu’à France 3 Alsace, dans le but de démentir les propos calomnieux qui sont proférés lors du reportage et de soutenir officiellement Didier Jodin ( [lien du communiqué en libre accès](https://snalc-strasbourg.fr/communique-de-professeurs-du-college-rembrandt-bugatti/) repartagé par le syndicat du SNALC ).
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* Le 29 avril, le syndicat du SNALC rencontre le Recteur et en fin de rencontre évoque l’affaire Didier Jodin sans réponse à priori ( [lien en libre accès du résumé de la rencontre](https://snalc-strasbourg.fr/le-snalc-recu-en-bilaterale-par-le-nouveau-recteur/) : *Le SNALC reçu en bilatérale par le nouveau Recteur*) :
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>Enfin, le **SNALC** s’interroge sur les démarches de parents qui dénoncent des faits directement à Mme Macron dont le cabinet émet des réponses ou diligente des actions sans même qu’une analyse circonstanciée de la situation ait été menée.
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* Un article sur Arrêt sur images sort le 03 mai, qui cherche à montrer avec objectivité les soucis du reportage de France 3 Alsace ( [lien de l’article, article complet à retrouver en fil commentaire](https://www.arretsurimages.net/articles/france-3-alsace-outre-les-enseignants-dun-college) : *FRANCE 3 ALSACE OUTRE LES ENSEIGNANTS D’UN COLLÈGE* ). A cette même date, France 3 Alsace répondra aux enseignants en colère avec un courrier qui ne répondra pas aux points soulevés par le communiqué.
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* Jeudi 04 mai, Didier Jodin est reçu au rectorat de Strasbourg par le chef de cabinet du Recteur, et j’invite le lecteur à lire le chapitre 5 de son document pour comprendre la teneur de cette entrevue ( [ici](https://docs.google.com/document/d/1_iMl10k6G8CbSFqf_QCiygWtkUmiBTanLiKvSHopi0I/edit#) ).
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* A ce jour sort aussi un article sur le site le Causeur ( [lien de l’article, article complet à retrouver en fil commentaire](https://www.causeur.fr/affaire-didier-jodin-brigitte-macron-seuls-les-pires-profs-passent-entre-les-gouttes-232862) : *Affaire Didier Jodin: seuls les pires profs passent entre les gouttes…* ) qui prend position avec l’enseignant (l’article est très subjectif) et révèle en même temps de nouveaux noms.
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* Jeudi 12 mai, le Recteur est reçu dans l’établissement pour une entrevue entre les professeurs représentants membres du conseil d’administration, Didier Jodin, et l’administration de l’établissement. J’invite le lecteur à lire l’épilogue du récit de Didier Jodin ( [toujours ici](https://docs.google.com/document/d/1_iMl10k6G8CbSFqf_QCiygWtkUmiBTanLiKvSHopi0I/edit#) ) qui explique le déroulé de cette réunion.
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* Dans la même journée, un nouvel article sort dans le DNA ( [lien de l’article](https://www.dna.fr/education/2022/05/12/l-administration-a-t-elle-fait-du-zele-face-a-brigitte-macron) et [lien du pdf de l’article consultable librement](https://drive.google.com/file/d/1bKdvAmktwFOS7mswx5fKBOMlaOmnyGiz/view?usp=sharing) : *L’administration a-t-elle fait du zèle face à Brigitte Macron ?* ).
*Que retenir de cet ensemble : un parent d’élève a réussi à monter une inspection punitive contre un professeur grâce des propos qui n’ont jamais été remis en question et vérifiés. Le nom de Brigitte Macron a été l’élément déclencheur pour une reprise médiatique large (autant sur les journaux que sur twitter), permettant à Didier Jodin de sortir la tête de l’eau. Encore une fois, une malheureuse illustration du traitement que subit la profession dans cette nouvelle ère ! Il se dit aussi que certaines personnes bien placées avaient des comptes à régler avec Didier Jodin suite à ses critiques de la réforme de 2016 de l’école, mais cela serait une autre histoire …*
*J’espère avoir été le plus fidèle et objectif possible sur la chronologie et les faits, je remercie les lecteurs et m’excuse enfin pour les différentes coquilles qui seraient présentes. Je peux apporter des informations en commentaires et répondre à différentes questions.*
9 comments
>Article de Médiapart :
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>Le cabinet de Brigitte Macron déclenche
>
>l’inspection d’un professeur de français
>
>PAR FANNY MARLIER
>
>ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 26 AVRIL 2022
>
>Un enseignant du Bas-Rhin a été inspecté en février dernier, après que le cabinet de la «première dame» a saisi de son «cas» le rectorat. Alors que Brigitte Macron rempile à l’Élysée, les questions ressurgissent sur les contours exacts de sa mission, financée sur fonds publics.
>
>Comme tous les matins depuis plus de quinze ans, ce 23février, Didier Jodin ouvre la porte de sa classe à ses élèves de troisième. Le professeur de français au collège Rembrandt-Bugatti de Molsheim (Bas- Rhin) fait l’appel, allume le rétroprojecteur et distribue les copies. Au programme: la correction du brevet blanc, avec un extrait de La Promesse de l’aube, le roman de Romain Gary. Une journée classique à une exception près: une inspectrice du ministère de l’éducation nationale se tient au fond de sa classe.
>
>Une semaine plus tard, en lisant le rapport de la fonctionnaire très critique envers sa pédagogie, l’enseignant découvre, dans le préambule, que cette «visite conseil [s’est déroulée] suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte Macron d’un message de parent d’élève». Un coup de massue pour Didier Jodin.
>
>« Qu’il y ait des parents mécontents et que le rectorat enquête, c’est bien normal», dit-il. Mais il ne comprend pas ce que la « première dame » vient faire dans cette histoire – son histoire – et se dit «victime d’un dysfonctionnement grave».
>
>Pour mémoire, le statut de la conjointe (ou du conjoint) du président (ou de la présidente) de la République n’est codifié dans aucun texte. Seule une «Charte de
>
>transparence», publiée en août 2017, à l’initiative d’Emmanuel Macron, définit ses «missions»: «Elle répond aux sollicitations des Français», «soit par courriers, soit par des rencontres», peut-on lire notamment. Deux conseillers du chef de l’État sont «mis à sa disposition», ainsi qu’un secrétariat. En l’occurrence, le cabinet de la «première dame » a fait plus que répondre à la Française qui l’interpellait.
>
>Tout remonte au 8 décembre dernier. La mère d’une élève de Didier Jodin adresse alors un courriel à Brigitte Macron, dans lequel elle accuse le professeur de français d’«un comportement inadapté envers toute la classe». Selon elle, il «humilie» ses élèves en les traitant de «légumes», et sa fille «a déjà pleuré en revenant de cours». Elle explique avoir alerté la direction du collège, en vain. «À un moment donné, je me suis dit: “Il vaut mieux parler à Dieu plutôt qu’à César”», justifie cette mère de famille auprès de Mediapart. Elle s’est d’autant plus lancée que Brigitte Macron est «une ex-enseignante» de Strasbourg, «sensible aux questions de harcèlement scolaire».
>
>Un mois plus tard, un courrier officiel du palais de l’Élysée lui assure que «Brigitte Macron a bien reçu le courrier électronique», qu’elle a été «sensible à la confiance qui a guidé [cette] démarche», qu’elle souhaite même l’«en remercier».
>
>La lettre est signée par Pierre-Olivier Costa, directeur de cabinet de l’épouse du chef de l’État: «Soyez assurée de toute l’attention portée à vos préoccupations relatives à la situation scolaire de votre fille.» Le conseiller précise qu’il n’a «pas manqué de relayer [ces préoccupations] auprès de la rectrice de l’académie de Strasbourg». En personne.
>
>«Elle vous tiendra directement informée de la suite», va jusqu’à garantir Pierre-Olivier Costa.
>
>Le même jour, le directeur de cabinet de Brigitte Macron transfère son message à la rectrice, et précise qu’il s’agit d’une «mise en cause» des «méthodes d’enseignement du professeur de français». Comme annoncé à la mère de famille, il demande à la rectrice
>
>de lui notifier «la suite susceptible d’être réservée à sa démarche».
>
>Une collègue de Didier Jodin
>
>Le recteur qui lui succède s’exécutera quelques semaines après, en indiquant à la mère qu’un «certain nombre de recommandations ont été faites» au professeur par une inspectrice, «et plus particulièrement sur sa posture professionnelle» et «sur la méthodologie employée».
Peux tu fournir la cause première des réclamations de la parente d’élève et comment on lui a répondu au début?
La j’ai commencé l’article de causeur sur le prof génial harcelé qui pourrait finir comme Samuel Pathy.
C’est peut-être vrai, mais ça me semble tellement lénifiant que j’aimerai bien une version plus équilibrée.
FRANCE 3 ALSACE OUTRE LES ENSEIGNANTS D’UN COLLEGE
La reprise d’une info “Mediapart” tourne mal
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France 3 Alsace a voulu rapporter une information de
“Mediapart” sur l’inspection d’un professeur de collège
suite à l’envoi d’un courrier par le cabinet de Brigitte
Macron. Mais la majeure partie du reportage est
consacrée aux griefs de la mère d’élève ayant écrit à la
femme du président, sans que l’enseignant ne puisse y
répondre. Déclenchant un communiqué furieux signé par
une majorité des professeurs de ce collège.
La rédaction de France 3 Alsace ne s’attendait pas à devenir, l’espace
d’un week-end, objet de la colère d’internautes sur les réseaux
sociaux. Au départ, il y a un banal reportage de journal télévisé diffusé
dans le 19/20 du mercredi 27 avril, réalisé devant un collège de
Molsheim suite à une enquête de Mediapart. Mais le 29 avril, des
enseignants du collège demandent, dans un communiqué diffusé sur
Twitter par Didier Jodin, le professeur interviewé dans le reportage, que
la chaîne “publie ce courrier et présente des excuses à notre collègue pour ces
mensonges diffusés à heure de grande écoute”. Ce document écrit par
quelques enseignants a été affiché dans la salle des profs, et est
maintenant signé par une large majorité de la communauté enseignante
de l’ établissement.
Leur principal grief? Ce reportage qui “débute sur le cabinet de Madame
Brigitte Macron – et son ingérence sur le fonctionnement de l ‘Éducation
nationale” aboutit en réalité pour eux à “livrer sur un plateau d’argent à la
vindicte populaire un enseignant respecté par ses pairs”. Parce qu’il laisse
une large part aux reproches de la mère d’élève ayant écrit à Brigitte
Macron sans “préciser que de nombreux documents et preuves détaillées
existent librement sur le net” alors qu’ils “démontrent que les dénonciations
[. . .] sont de l’ordre de la calomnie”. Et parce que le reportage n’a pas laissé
l’opportunité à cet enseignant de répondre aux affirmations de cette
mère d’élève. Ils estiment donc que France 3 Alsace “prouve encore une
fois le peu de considération que trop de Français ont de ce métier”.
“MEDIAPART” S’INTERROGE SUR
LE ROLE DE BRIGITTE MACRON
Rembobinons. Début avril, la journaliste indépendante Fanny Marlier
enquête à propos de la “visite conseil” menée en février par une
inspectrice du ministère de l’ Éducation nationale, dans la classe d’un
professeur de français du collège Rembrandt- Bugatti de Molsheim. Sa
visite s’est déroulée “suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte
Macron d’un message de parent d’élèves”, indique en effet dès les
premières lignes le rapport de la fonctionnaire sur le cours de
l’enseignant, Didier Jodin. “Cette phrase-là, les mots utilisés, leur tournure
m’ont interpellée quand j’ai eu vent de l’info, se souvient la journaliste
auprès d’ASI. Partant de là,j’ai essayé de réunir le plus de documentation
possible afin de comprendre ce qu’il s’était passé. Qu’est-ce que le nom de
Brigitte Macron venait faire là-dedans ?” Deux semaines de travail et une
dizaine d’interlocuteurs plus tard, son article est publié.
Il évoque les accusations de la mère d’élève, à travers son témoignage,
ainsi qu’à l’aide des nombreux courriels envoyés à l’enseignant, mais
reste focalisé sur l’intervention du cabinet de la femme du président de
la République. “Une fois que je me suis plongée dans les échanges, je me
suis aperçu que l’affaire avait pris une tournure disproportionnée, qu’il
n’était question que de critiques envers une pédagogie et une méthode,
explique Fanny Marlier. Je ne remets pas en cause ce que la mère dit dans
ses courriers, ou son sentiment vis-à-vis de ce prof: elle a le droit d’être
inquiète pour sa fille, le droit d’écrire au rectorat et d’avoir des échanges. Ce
que je questionne, c’est ce que son courrier à Brigitte Macron déclenche, et ce
que ça soulève concernant la fonction, le rôle de première dame en France.”
Elle rappelle d’ailleurs qu’en France, les recteurs sont directement
nommés par le président de la République.
Article de Causeur :
Une inspectrice mandatée pour descendre un professeur de Lettres qui réussit trop bien dans une classe difficile, voilà qui semble aberrant. Quand de surcroît c’est sur ordre du Cabinet de Brigitte Macron…
Les bons profs, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Didier Jodin, par exemple, professeur de Lettres au collège Rembrandt Bugatti de Strasbourg, ne se contente pas de transmettre de vrais savoirs à ses élèves. Il ne se contente pas de faire progresser globalement une classe de Troisième devant laquelle nombre de ses collègues ramaient en cadence, tant l’ambiance et la bonne inintelligence qui règne entre maîtres et « apprenants » y sont explosives. Il ne se contente pas de s’inspirer des principes de la pédagogie explicite (une technique propulsée par le Canadien Steve Brissonnette, et relayée en France, entre autres, par mes amis Françoise et Bernard Appy). Il veut faire réussir ses élèves, et amener chacun au plus haut de ses capacités. C’est très mal.
En butte — comme tant d’entre nous — à la « volonté de nuire d’une mère d’élève harcelante » (ainsi s’exprime-t-il dans le courrier adressé au tout nouveau recteur de l’Académie) qui sans doute voudrait faire cours à sa place, et qui a sonné à toutes les portes, y compris à celle de l’Elysée où elle a trouvé l’oreille complaisante du Cabinet de Brigitte Macron, il s’est trouvé heureux gagnant d’une inspection-couperet menée tambour battant par une inspectrice IA-IPR, de celles qui ne cherchent pas à vous entendre, mais viennent avec leur guillotine pédagogique sous le bras. La gente dame déléguée pour lui administrer le knout s’appelle — heureux hasard lacanien — Mme Hélène Martinet : « La visite conseil, précise-t-elle en en-tête de son rapport officiel, se déroule suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte Macron d’un message de parent d’élève critiquant des propos que Monsieur Jodin aurait tenu en classe ». Il y en a d’autres qui pour des faits similaires et tout aussi mensongers, ont fini décapités.
Notez que la direction du collège, en l’occurrence Mme Schneider, a fait chorus avec l’institution. Didier Jodin a été soutenu par ses collègues, par le SNES et par les pédagos mêmes, qui ont bien senti que l’affaire accroissait le dossier « à charge » qui sera un jour retenu contre eux, l’administration a réagi comme un seul adjudant, le petit doigt sur la couture du pantalon, et la langue où vous savez.
Contrairement à Médiapart, qui a fait ses choux gras avec cette lamentable histoire (mais ils n’ont jamais rien compris à la pédagogie, chez Médiapart), je ne crois pas un instant que Brigitte Macron ait vraiment été tenue au courant des tenants et aboutissants de cette polémique. En tant que professeur de Lettres elle-même, elle a eu à cœur de former de façon très explicite les cancres ou les fumistes doués qui lui étaient confiés — et j’espère qu’ils lui en sont reconnaissants…
Didier Jodin a narré lui-même par le menu le déroulement surréaliste de cette inspection, et j’y renvoie le lecteur. Didier Jodin a joint un long dossier de 81 pages à sa contestation de cette inspection aberrante. En particulier tous les mails échangés — y compris pendant les vacances, les harceleurs n’ont pas de répit — depuis le début décembre par cette madame N***, où le professeur se trouve obligé de justifier la moindre note, le moindre exercice, vis-à-vis de parents qui ont mal compris le concept de « co-éducation » qui régente l’Education Nationale depuis quelques années. Autant le répéter : l’Education est du ressort des parents, et l’Instruction de celui des enseignants, relisez Condorcet, qui est quand même plus intelligent que Philippe Meirieu.
Et les notes, figurez-vous, doivent être systématiquement optimistes, pour ne pas décevoir les élèves — y compris ceux qui n’ont pas fichu grand-chose. D’ailleurs, a répondu le rectorat, la pédagogie « doit être au service de la réussite de l’élève », tout en lui transmettant « les valeurs de citoyenneté ».
La réussite de tous les élèves. C’est cela, la beauté du collège unique. Abaissez la barre, et tous sauteront.
Et si par malheur le professeur, qui a autre chose à faire, ne répond pas dans le détail à des mails de deux pages, il est cloué au pilori — ne pas oublier l’étape finale de cette vaine polémique, qui bouffe un temps fou et épuise les enseignants. Depuis qu’Internet et Pronote permettent aux parents de s’immiscer dans la vie de la classe, les professeurs doublent leur emploi du temps en répondant aux questions des parents. Est-ce que nous nous permettons, nous, d’expliquer à un médecin, un boulanger ou un laboureur comment il doit pratiquer ? Non — mais les enseignants sont si déconsidérés, à force d’être sous-payés, qu’on peut tout oser.
Cela se clôt, comme l’on pouvait s’y attendre, par une suggestion dont Mme N*** n’a apparemment pas saisi l’ironie :
« Permettez-moi de vous aider dans vos démarches, avec le document récapitulatif ci-joint [l’ensemble des courriels échangés. Après le Rectorat et le Ministère, n’oubliez pas d’informer la Présidence de la République, la Cour européenne des Droits de l’Homme, la Cour internationale de justice, etc. »
Cher Didier Jodin, on peut faire de l’humour entre amis. Mais les imbéciles n’y comprennent jamais rien, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Et au fait que oui, Mme N*** a osé.
« On ne peut que s’interroger quand ces pratiques, écrit le SNES-Strasbourg, visent par ailleurs un collègue très critique des réformes qui ont touché et affaibli l’Éducation Nationale et qui a pu apporter son soutien à des enseignants mis en cause par leur hiérarchie pour s’être exprimés. Notre institution montre encore une fois qu’elle n’a rien appris des événements passés et est trop souvent prête à mettre les collègues en accusation. Ces pratiques sont-elles isolées ? »
J’ai une réponse claire et nette : non, ce ne sont pas des pratiques isolées. Profitant de ce que Jean-Michel Blanquer avait davantage la tête à la campagne présidentielle qu’aux affaires courantes de la rue de Grenelle, les pédagos, et particulièrement les Inspecteurs qui le sont devenus en prêtant allégeance à cette idéologie délétère et qui ont été cooptés par les pédagos en place, comme je l’explique dans mon dernier livre, cherchent partout à reprendre leur pourvoir. Au lycée international de Luynes, près de Marseille, une dame Florentina Gherman, dite localement « la dragonnesse des Carpates », qui ne doit bien entendu qu’à ses seules inaptitudes d’être devenue inspectrice, a fusillé une jeune et brillante agrégée, avant de s’en prendre dans la foulée à une Certifiée coupable d’avoir donné à ses élèves quelques notions d’histoire littéraire sur Flaubert, au lieu d’aller à la pêche de leur « sentiment » sur un texte qu’ils étaient bien incapables de comprendre seuls. Mais quand on lit les explications de textes-types que cette inspectrice a publiées en ligne, on reste atterrés devant la combinaison de la fatuité et du vide intersidéral. Madame, si vous me lisez, sachez que j’offre des cours gratuits de reformatage à la littérature française aux inspecteurs en dérive pédagogique.
Jean-Paul Brighelli
Y’a un TLPL svp ? Je suis trop flemmard pour lire tout ça même si je dois reconnaître qu’il y a un sacré travail
Roo, moi qui m’attendais à une histoire croustillante avec la premiere dame…
Merci pour le boulot de synthèse !
C’est loin d’être un cas isolé et il est temps que ces histoires explosent pour faire cesser le prof bashing permanent.
J’ai jamais vu un fil aussi sourcé.
Bravo.
Est-ce qu’il a porté plainte contre la mère d’élève ?