>La majorité présidentielle a investi cette éducatrice spécialisée de 37 ans dans une circonscription des Ardennes peu favorable au vote macroniste, notamment face au député LR Pierre Cordier, déjà bien implanté dans le territoire.
Polina Beddelem n’est ni députée sortante, ni conseillère de l’exécutif, ni la protégée d’un baron local rallié à Emmanuel Macron. Autant dire que cette franco-ukrainienne de 37 ans détonne au milieu du casting très «ancien monde» de la majorité présidentielle pour les élections législatives. En cas de victoire, elle se fera encore un peu plus remarquer en rejoignant Manuel Valls et Daniel Cohn-Bendit dans le tout petit club des élus ayant décroché un mandat dans deux pays différents.
Avant d’arriver en France en 2012 pour rejoindre son futur mari dans les Ardennes, elle fut une jeune élue locale de Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, sous les couleurs du parti pro-européen de la controversée ex-Première ministre Ioulia Timochenko . Elle a laissé là-bas ses parents, son frère et sa grand-mère de 97 ans, sources de tant d’inquiétudes depuis le début de l’invasion russe. Occupée par les troupes de Vladimir Poutine au début du conflit, la ville est à nouveau sous contrôle ukrainien. «Ils préfèrent rester là-bas», constate-t-elle, après avoir caressé le projet de mettre ses proches à l’abri en France.
**Pas un cadeau**
Polina Beddelem se démène pour son pays d’origine. Manifestations contre la guerre, collectes, aide à l’accueil des quelque 300 réfugiés ukrainiens présents dans les Ardennes… Cette ancienne enseignante en collège, devenue éducatrice spécialisée et traductrice assermentée en France, a attiré l’attention de La République en marche. C’est le siège parisien du mouvement qui l’a contactée pour lui proposer l’investiture. Pas exactement un cadeau. Dans la vallée de la Meuse, frappée par une désindustrialisation tenace, elle fait face au député Pierre Cordier (apparenté LR), bien implanté dans la circonscription. Malgré la vague Macron en 2017, Cordier l’avait emporté avec plus de 61% des voix face à son concurrent LREM de l’époque. Les bookmakers locaux ne misent pas lourd sur les chances de réussite de Beddelem. «Je pense que l’on peut avoir des
surprises. Je pars pour gagner», promet la candidate, soucieuse de «mieux faire le lien entre les entreprises et l’Etat» sur le territoire.
Considérant la circonscription difficilement gagnable, la majorité présidentielle a-t-elle tenté un effet d’image en promouvant en pleine crise internationale la belle histoire d’une candidate franco-ukrainienne parfaitement intégrée dans les Ardennes?? «Très honnêtement, ce n’est pas un aspect qui a été particulièrement mis en avant, répond le maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, soutien d’Emmanuel Macron. Les personnes volontaires pour s’engager sur ce territoire n’étaient pas légion. Il faut du courage pour y aller. C’est son volontarisme qui a emporté la décision.»
**Surveillée du coin de l’oeil**
Ravignon loue «l’énergie et la pugnacité» de Beddelem, qu’il a observée de près lorsqu’elle s’est lancée sans étiquette ni notoriété personnelle aux élections
départementales de 2021, réalisant un score honnête avec 15,52?% des voix dans un canton de Charleville-Mézières. Cordier surveille sa rivale du coin de l’oeil sans taper trop fort. «Les citoyens ne votent pas en fonction d’une nationalité mais de la capacité à travailler et faire des choses pour un territoire, commente-t-il, non sans oublier de pointer que le quartier de Charleville-Mézières où réside Polina Beddelem ne
fait pas partie de la circonscription. Quand on est candidat sur un territoire, c’est mieux d’y habiter.» Vérification faite, elle travaille dans la circonscription mais n’y réside pas.
Le député sortant se rappelle aussi avoir aidé M. Beddelem dans ses démarches administratives pour faire venir sa femme en France, en 2012. La candidate, elle, réplique que son mari a bien sollicité Cordier, maire de Neufmanil à l’époque, pour l’aider à trouver un emploi à son arrivée en France, et que la démarche est restée lettre morte. Elle raconte les efforts pour s’insérer, l’apprentissage du français, les diplômes ukrainiens non reconnus dans l’Hexagone et les nouveaux qu’elle a dû décrocher pour démarrer une nouvelle carrière. «Je sais ce qui manque pour mieux aider les gens à trouver du travail. Je suis bien placée pour aider, conclut-elle de son expérience. En travaillant dans le domaine social, on voit beaucoup de choses.» Pour mettre toutes les chances de son côté, Polina Beddelem a annulé ses vacances de juillet et les a avancées au mois de juin. En espérant reprendre l’étendard jaune et bleu de Valéria Faure-Muntian, députée LREM de la Loire , elle aussi née ukrainienne, qui n’a pas souhaité se représenter.
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>La majorité présidentielle a investi cette éducatrice spécialisée de 37 ans dans une circonscription des Ardennes peu favorable au vote macroniste, notamment face au député LR Pierre Cordier, déjà bien implanté dans le territoire.
Polina Beddelem n’est ni députée sortante, ni conseillère de l’exécutif, ni la protégée d’un baron local rallié à Emmanuel Macron. Autant dire que cette franco-ukrainienne de 37 ans détonne au milieu du casting très «ancien monde» de la majorité présidentielle pour les élections législatives. En cas de victoire, elle se fera encore un peu plus remarquer en rejoignant Manuel Valls et Daniel Cohn-Bendit dans le tout petit club des élus ayant décroché un mandat dans deux pays différents.
Avant d’arriver en France en 2012 pour rejoindre son futur mari dans les Ardennes, elle fut une jeune élue locale de Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, sous les couleurs du parti pro-européen de la controversée ex-Première ministre Ioulia Timochenko . Elle a laissé là-bas ses parents, son frère et sa grand-mère de 97 ans, sources de tant d’inquiétudes depuis le début de l’invasion russe. Occupée par les troupes de Vladimir Poutine au début du conflit, la ville est à nouveau sous contrôle ukrainien. «Ils préfèrent rester là-bas», constate-t-elle, après avoir caressé le projet de mettre ses proches à l’abri en France.
**Pas un cadeau**
Polina Beddelem se démène pour son pays d’origine. Manifestations contre la guerre, collectes, aide à l’accueil des quelque 300 réfugiés ukrainiens présents dans les Ardennes… Cette ancienne enseignante en collège, devenue éducatrice spécialisée et traductrice assermentée en France, a attiré l’attention de La République en marche. C’est le siège parisien du mouvement qui l’a contactée pour lui proposer l’investiture. Pas exactement un cadeau. Dans la vallée de la Meuse, frappée par une désindustrialisation tenace, elle fait face au député Pierre Cordier (apparenté LR), bien implanté dans la circonscription. Malgré la vague Macron en 2017, Cordier l’avait emporté avec plus de 61% des voix face à son concurrent LREM de l’époque. Les bookmakers locaux ne misent pas lourd sur les chances de réussite de Beddelem. «Je pense que l’on peut avoir des
surprises. Je pars pour gagner», promet la candidate, soucieuse de «mieux faire le lien entre les entreprises et l’Etat» sur le territoire.
Considérant la circonscription difficilement gagnable, la majorité présidentielle a-t-elle tenté un effet d’image en promouvant en pleine crise internationale la belle histoire d’une candidate franco-ukrainienne parfaitement intégrée dans les Ardennes?? «Très honnêtement, ce n’est pas un aspect qui a été particulièrement mis en avant, répond le maire de Charleville-Mézières, Boris Ravignon, soutien d’Emmanuel Macron. Les personnes volontaires pour s’engager sur ce territoire n’étaient pas légion. Il faut du courage pour y aller. C’est son volontarisme qui a emporté la décision.»
**Surveillée du coin de l’oeil**
Ravignon loue «l’énergie et la pugnacité» de Beddelem, qu’il a observée de près lorsqu’elle s’est lancée sans étiquette ni notoriété personnelle aux élections
départementales de 2021, réalisant un score honnête avec 15,52?% des voix dans un canton de Charleville-Mézières. Cordier surveille sa rivale du coin de l’oeil sans taper trop fort. «Les citoyens ne votent pas en fonction d’une nationalité mais de la capacité à travailler et faire des choses pour un territoire, commente-t-il, non sans oublier de pointer que le quartier de Charleville-Mézières où réside Polina Beddelem ne
fait pas partie de la circonscription. Quand on est candidat sur un territoire, c’est mieux d’y habiter.» Vérification faite, elle travaille dans la circonscription mais n’y réside pas.
Le député sortant se rappelle aussi avoir aidé M. Beddelem dans ses démarches administratives pour faire venir sa femme en France, en 2012. La candidate, elle, réplique que son mari a bien sollicité Cordier, maire de Neufmanil à l’époque, pour l’aider à trouver un emploi à son arrivée en France, et que la démarche est restée lettre morte. Elle raconte les efforts pour s’insérer, l’apprentissage du français, les diplômes ukrainiens non reconnus dans l’Hexagone et les nouveaux qu’elle a dû décrocher pour démarrer une nouvelle carrière. «Je sais ce qui manque pour mieux aider les gens à trouver du travail. Je suis bien placée pour aider, conclut-elle de son expérience. En travaillant dans le domaine social, on voit beaucoup de choses.» Pour mettre toutes les chances de son côté, Polina Beddelem a annulé ses vacances de juillet et les a avancées au mois de juin. En espérant reprendre l’étendard jaune et bleu de Valéria Faure-Muntian, députée LREM de la Loire , elle aussi née ukrainienne, qui n’a pas souhaité se représenter.
le tru du forceur