Des tirs de grenade et de LBD, une petite fille de 8 ans blessée : récit d’une intervention policière qui dégénère à Saint-Denis

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  1. Quand la police aux ordres d’un pouvoir aux abois tire sur ses propres citoyens pour les intimider, il faut sérieusement s’interroger sur la suite.

  2. *Le 6 février, quelques supporteurs fêtent la victoire du Sénégal à la CAN. L’intervention de la police municipale sera particulièrement violente. Une vidéo de 15 minutes a permis de reconstituer les faits.**

    [Sur cette capture d’écran d’une vidéo tournée le 6 février 2022, place Georges-Arnold, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), on voit un policier en civil, devant la voiture de police (en haut à gauche), brandir une grenade lacrymogène, avant de la jeter en criant « Messieurs, cadeau ! » DOCUMENT « LE MONDE »](https://img.lemde.fr/2022/05/13/0/0/1697/955/664/0/75/0/ea12141_1652449020540-capture-d-e-cran-2022-05-13-a-15-10-26.jpg)

    Etait-ce Osiris, Pacha, ou l’un des deux autres malinois de la nouvelle brigade cynophile de la police municipale de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ? L’animal était-il mal tenu en laisse ? A-t-il été encouragé par le maître-chien policier ? La scène ne dure pas plus de deux secondes. Il fait nuit. Les yeux rivés à l’écran de son téléphone portable, un homme coiffé d’une casquette blanche traverse les voies du tram T8, dans le quartier de la gare. Le chien bondit, l’inconnu sursaute, lâche son téléphone, le malinois retourne aux pieds de son maître. Une anicroche, en somme. Un presque rien. Mais un presque rien qui offre un prélude révélateur à la séquence de 13 minutes et 28 secondes filmée ce soir-là depuis la fenêtre d’un immeuble voisin. Cette vidéo, que Le Monde a pu visionner, fournit un exemple flagrant des mauvaises pratiques parfois en cours au sein des forces de police.

    Ce soir-là, dimanche 6 février, l’équipe du Sénégal vient d’offrir au pays sa première victoire en finale de la coupe d’Afrique des nations face à la sélection égyptienne après une éprouvante série de tirs au but (4-2) au stade Olembé de Yaoundé (Cameroun). A Saint-Denis, la communauté sénégalaise a suivi le match depuis la minuscule salle du restaurant Ugo, rue Ernest-Renan, où une brève panne de courant a soulevé un cri d’effroi au milieu de la seconde mi-temps. D’autres supporteurs ont préféré se réunir dans le salon de Bintou (les prénoms ont été modifiés), qui a préparé le tiep, un savoureux ragoût de poisson frais accompagné de riz et de légumes. Après quoi, une trentaine de supporteurs a pris la direction d’une zone piétonnière qui relie le quartier de la gare au centre-ville pour célébrer l’événement.

    **Etait-ce Osiris, Pacha, ou l’un des deux autres malinois de la nouvelle brigade cynophile de la police municipale de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ? L’animal était-il mal tenu en laisse ? A-t-il été encouragé par le maître-chien policier ? La scène ne dure pas plus de deux secondes. Il fait nuit. Les yeux rivés à l’écran de son téléphone portable, un homme coiffé d’une casquette blanche traverse les voies du tram T8, dans le quartier de la gare. Le chien bondit, l’inconnu sursaute, lâche son téléphone, le malinois retourne aux pieds de son maître. Une anicroche, en somme. Un presque rien. Mais un presque rien qui offre un prélude révélateur à la séquence de 13 minutes et 28 secondes filmée ce soir-là depuis la fenêtre d’un immeuble voisin. Cette vidéo, que Le Monde a pu visionner, fournit un exemple flagrant des mauvaises pratiques parfois en cours au sein des forces de police.

    Ce soir-là, dimanche 6 février, l’équipe du Sénégal vient d’offrir au pays sa première victoire en finale de la coupe d’Afrique des nations face à la sélection égyptienne après une éprouvante série de tirs au but (4-2) au stade Olembé de Yaoundé (Cameroun). A Saint-Denis, la communauté sénégalaise a suivi le match depuis la minuscule salle du restaurant Ugo, rue Ernest-Renan, où une brève panne de courant a soulevé un cri d’effroi au milieu de la seconde mi-temps. D’autres supporteurs ont préféré se réunir dans le salon de Bintou (les prénoms ont été modifiés), qui a préparé le tiep, un savoureux ragoût de poisson frais accompagné de riz et de légumes. Après quoi, une trentaine de supporteurs a pris la direction d’une zone piétonnière qui relie le quartier de la gare au centre-ville pour célébrer l’événement.

    **« Il y avait des enfants ! »**

    Depuis des incidents après des rencontres sportives, la municipalité a pris un arrêté anti-attroupement. C’est pourquoi la police municipale intervient sans délai. « Ils nous ont demandé d’aller place Georges-Arnold, juste en face, à côté de la pharmacie », affirme un témoin. Au cœur de l’hiver, la température n’atteint pas 10 °C, pas de quoi réchauffer une ambiance assez terne : quelques danses et des chants de joie, des couvercles de marmite que l’on entrechoque en rythme et cinq drapeaux du Sénégal vert, or et rouge, qui flottent au-dessus d’une vingtaine de supporteurs. Parmi eux, Salimata, 36 ans, accompagnée de sa petite fille de 8 ans.

    De l’autre côté de la rue, presque confondus avec le gris sombre de la chaussée, sept uniformes de la police municipale font face aux supporteurs. C’est au pied de l’un de ces policiers, quelques minutes auparavant, qu’a volé ce qui semble être une canette, lancée depuis une rue adjacente. Un supporteur drapé dans un étendard sénégalais s’est précipité pour calmer les esprits. Tout est redevenu calme.

    Pourtant, 2 minutes et 45 secondes après le début de la vidéo, un fonctionnaire se met à agiter nerveusement sa gazeuse en faisant le tour de la troupe, à laquelle il semble donner de discrètes consignes. Les policiers forment alors une ligne puis, quinze secondes plus tard et sans préavis, chargent le petit groupe. Dans la bousculade et les cris, la petite fille lâche la main de sa mère et chute lourdement sur le pavé. On perçoit distinctement un bruit très sec, suivi de hurlements et de pleurs. Salimata relève sa petite fille, constate que deux de ses dents du haut sont brisées. « J’ai dit aux policiers : “Vous avez vu ce que vous avez fait ? Il y avait des enfants ! On n’a rien fait de mal ! Pourquoi vous avez fait ça ?”», s’indigne-t-elle, encore choquée plus de trois mois après l’incident.

    [IMAGES AMATEUR OBTENUES PAR « LE MONDE »](https://assets-decodeurs.lemonde.fr/redacweb/Arnold/Arnold_A_1.mp4)

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