Guerre en Ukraine : le discours triomphaliste de Kiev se heurte à des limites sur le terrain [Article en commentaires]

9 comments
  1. Parce que le sujet est ultra-crispant, je tiens à préciser que l’article n’évoque pas d’éventuelle défaite ukrainienne, mais juste la difficulté de reprendre les territoires aux mains des Russes depuis 2014-2015.

    > **Selon des experts, les livraisons d’armes étrangères sont insuffisantes pour repousser durablement les forces russes dans le Donbass et le Sud.**

    > L’Ukraine se prend à rêver d’une libération complète de son territoire, non seulement des zones occupées depuis le 24 février, mais aussi du Donbass « séparatiste » et de la Crimée annexée en 2014. Une succession de revers tactiques russes et le piétinement dans la bataille du Donbass depuis un mois et demi génèrent un discours triomphaliste à Kiev. Le haut responsable du renseignement militaire ukrainien, le général Kyrylo Boudanov, a déclaré à Sky News, samedi 14 mai, que *« le point de rupture se situera dans la seconde partie du mois d’août »* et que *« la plupart des actions de combat actives seront terminées d’ici à la fin de cette année. (…) En conséquence, nous allons réinstaurer le contrôle du gouvernement ukrainien sur tous les territoires perdus, y compris le Donbass et la Crimée ».*

    > Le ministre de la défense, Oleksiy Reznikov, estimait la semaine dernière que la guerre *« entre dans une nouvelle phase à long terme »*, dans laquelle les forces russes prendront une posture défensive pour conserver les territoires capturés. Moscou a d’abord échoué début mars à prendre d’assaut Kiev puis à encercler le gros des troupes ukrainiennes dans le Donbass au cours du mois d’avril.

    > L’afflux d’aide militaire occidentale pourrait favoriser ou accélérer un basculement du rapport de force en faveur des forces ukrainiennes. Le président américain, Joe Biden, a promulgué le 9 mai un programme d’aide de 40 milliards de dollars (38,4 milliards d’euros). Les alliés occidentaux de l’Ukraine ont fourni environ 120 canons à longue portée, capables en principe d’attaquer les positions russes profondément derrière les lignes de front.

    > **« Partir à l’offensive, c’est coûteux »**

    > Pour l’expert militaire ukrainien Alexander Musienko, il ne fait aucun doute qu’une contre-attaque ukrainienne majeure aura lieu. *« Cette contre-attaque dépendra des armes qui seront fournies par l’Occident. C’est un point fondamental. Il s’agit des canons Caesar, qui sont d’excellente qualité. Il est très important pour nous de pouvoir les utiliser. Nous disposerons également de l’obusier Panzerhaubitze 2000 et des lance-roquettes multiples américains Himars et M270, qui possèdent une portée supérieure à celle de l’artillerie russe. C’est juste 3 à 5 kilomètres supplémentaires, mais ça fait une grosse différence. C’est suffisant pour que les forces ukrainiennes puissent conserver des positions sécurisées tout en frappant les positions de tir de l’adversaire. »*

    > L’expert souligne également le rôle-clé que joueront *« des armes plus spécifiquement destinées à l’offensive, comme les drones d’attaque, les blindés et les chars d’assaut de conception soviétiques qui seront fournis par la Tchéquie, la Slovaquie, la Slovénie et la Pologne ».*

    > D’autres observateurs sont plus circonspects. *« Les livraisons d’armes sont déterminantes pour reconstruire la défense ukrainienne de demain. En revanche, je doute qu’elles influent significativement sur le champ de bataille »*, estime l’expert militaire Pierre Grasser, spécialiste de la défense russe. *« Globalement, je pense que c’est un peu trop tard pour influer sur la bataille du Donbass qui se dessine : je vois bien un encerclement de Severodonetsk ces prochains jours. Moscou donne ses coups de boutoir maintenant et va se calmer à l’été. Or, l’arrivée des nouvelles unités ukrainiennes se fera à l’été justement. En attendant, ce sont des forces engagées depuis le début qui tiennent la ligne, et en effet, depuis quelques semaines, c’est difficile. Et quand bien même cette offensive russe s’enliserait, les équipements ukrainiens ne permettraient guère de sérieuses contre-attaques. Partir à l’offensive, c’est coûteux, car les pertes seront très difficiles à remplacer. En revanche, pour remplacer le matériel perdu, pour une remise en condition après la guerre, c’est tout à fait pertinent. »*

    > **Hypothèse d’enlisement**

    > L’aide militaire occidentale est numériquement insuffisante pour faire pencher la balance en faveur de l’Ukraine, estime un expert militaire russe qui désire garder l’anonymat. *« Pour mener une large offensive, il faudrait à l’Ukraine un grand nombre de chars d’assaut et de blindés. Elle n’en a que 200 de chaque, ce qui constitue plusieurs brigades et n’est pas suffisant pour une contre-offensive de grande envergure. Les drones kamikazes américains peuvent aider à neutraliser l’artillerie russe, mais un grand nombre est nécessaire pour contrebalancer l’artillerie russe, qui est numériquement très supérieure. En outre, l’Ukraine a besoin d’avions de combat, de drones armés et de défenses aériennes sophistiquées pour lancer une contre-attaque à grande échelle. Sa maîtrise du ciel est insuffisante pour accompagner une grande offensive. »*

    > Des contre-offensives ukrainiennes ont déjà été menées avec succès autour de Kiev, Tchernigov, Soumy, Mikolaïv et une autre est en cours dans la région de Kharkiv. Il s’agit d’opérations, souvent très ciblées, menées par des forces spéciales avec le soutien de l’artillerie, et dont l’objectif était principalement de couper les lignes d’approvisionnement ennemies. Ces attaques ont frappé des forces russes n’ayant pas eu le temps de creuser des positions défensives. La réaction russe a consisté à effectuer un repli tactique et à construire des défenses.

    > *« A la différence des Russes, nous procédons à des offensives limitées et prudentes, car nous économisons au maximum la vie de nos soldats, explique M. Musienko. L’armée ukrainienne est plus efficace et mieux préparée que l’armée russe aux combats en zone urbaine. »* L’expert ukrainien reconnaît en revanche que mener une grande offensive dans le Sud sera difficile. La reconquête de la région de Kherson impose de traverser la frontière naturelle constituée par le Dniepr et de combattre sur la steppe, qui n’offre guère de moyens de se dissimuler. *« Kherson est la zone la moins favorable à l’emploi de la tactique des “petits groupes” menant des raids contre l’ennemi. A Kherson, il est sans doute préférable d’utiliser une tactique plus classique, avec de l’artillerie lourde de longue portée, des tanks, l’aviation d’attaque au sol et les drones de combat. »* Ces moyens massifs faisant aujourd’hui défaut à l’Ukraine, l’hypothèse d’enlisement débouchant sur une guerre de position paraît plus probable.

  2. Raison de plus pour fournir une aide encore plus massive à l’Ukraine. La Russie n’ose pas bouger contre les pays occidentaux alors que des livraisons d’artillerie et de tanks se font, autant continuer encore plus sachant que pour le moment la diplomatie n’est pas possible entre les deux pays.

    La diplomatie ne reviendra amha que lorsque Kherson et Melitopol seront de nouveau ukrainiens, et que l’armée russe sera définitivement cassée – à ce moment les deux parties auront possiblement de quoi perdre avec la continuation de la lutte (et de quoi gagner). Limite plus vite on arrivera à cette phase plus on limitera les pertes pour tous.

  3. Voir la Crimée revenir à l’Ukraine ça serait normal, mais sachant que Poutine a organisé un pseudo-référendum pour son annexion à la Russie et qu’il brandit l’arme nucléaire en disant que c’est pour protéger son intégrité territoriale, je le vois mal laisser l’armée ukrainienne “simplement” marcher vers le Sud.

    Surtout que je soupçonne la péninsule d’être massivement retranchée depuis 2014/2015.

    D’ailleurs, quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi il tient tant à la Crimée ? Parce que géographiquement, la Russie a accès à la Mer Noire, même sans Sévastopol.

  4. C’est une évidence que s’engager dans des offensives complexes de grande envergure pour reprendre un terrain fortifié depuis 2015, c’est pas pareil que de se défendre contre un ennemi qui tente maladroitement d’envahir tes propres positions fortifiées depuis 2015.

    Ceci étant dit, le matériel occidental lourd est à peine en train de commencer à arriver. Entre ce facteur et l’usure des unités russes qui continuent de se faire décimer en attaquant, alors que l’Ukraine a une capacité supérieure à se renforcer… (c’est contre-intuitif, mais l’Ukraine, faisant face à une menace vitale, est en mobilisation générale, alors que la Russie prétend toujours mener une simple “opération spéciale”).

    Sans que la reconquête soit gagnée du tout, le simple fait qu’elle soit envisageable est “triomphant” en soi. Ya 2 mois, on lisait partout que la Russie aurait pris Kiev en 48 heures. (Ce qui ne lui faisait pas gagner la guerre pour autant, mais on s’attendait à des mois de guerrilla sur tout le territoire, pas à voir la Russie perdre 20K hommes et à peine avancer.)

  5. Mouais, “les limites sur le terrain”, ils en parlent pas dans l’article. L’armée Ukrainienne est en bien meilleure forme qu’ils ne le laissent entendre. Ils ont un meilleur équipement, de meilleures tactiques et leur artillerie et beaucoup plus efficace avec l’utilisation massive de drone en attaque, en guidage et en reconnaissance. Ils ont aussi réussit à lancer des offensives importantes (Kharkiv), donc la confiance qu’ils ont dans leur capacité à continuer n’est pas en contradiction avec “le terrain”.

    Et je ne parle même pas de l’armée Russe qui n’a avancé que de quelques kilomètres en un mois sans avoir pris une seule ville. La supériorité de l’artillerie russe, elle n’existe que sur le papier en comparant le nombre. Mais en regardant l’utilisation, il est clair que l’Ukraine à l’avantage militairement parlant dans ce domaine. Ils ont aussi des gros problèmes de personnels et de commandements (ils ont perdu 10 généraux depuis le début de la guerre).

    > Pour mener une large offensive, il faudrait à l’Ukraine un grand nombre de chars d’assaut et de blindés. Elle n’en a que 200 de chaque, ce qui constitue plusieurs brigades et n’est pas suffisant pour une contre-offensive de grande envergure

    Je ne sais pas d’où il tient ses nombres, mais ils ont commencé la guerre avec au moins un millier de tanks (6400 au total, mais la majorité ne sont pas opérationnels), ils en ont perdu à peu près 200 depuis le début de la guerre et ils en ont capturé autant des Russes. En y ajoutant les 250 qu’ils ont reçus de l’OTAN, ils en ont au moins autant qu’au début, si ce n’est plus.

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