DIx ans du 13-Novembre : l’enquête racontée par l’ancien patron de l’antiterrorisme • FRANCE 24

Philippe Chadri, je l’ai dit, vous étiez à l’époque directeur de la l’antiterrorisme. Quel souvenir personnel gardez-vous de cette soirée ? Bien, un souvenir indébilement comme beaucoup de Français, un souvenir aussi de de chaos, de grande confusion, mais il se trouve qu’à ce moment-là, j’étais en responsabilité de la sous-direction antiterroriste et nous avons été saisis des des faits qui étaient commis à Saint- N Paris. En tant que chef justement de l’antiterrorisme, vous étiez préparé à une telle éventualité. Alors évidemment parce qu’il faut recontextualiser les attentats de du 13 novembre n’arrivent pas par hasard. On a une menace qui est extrêmement prignante. Charlie Hebdo en janvier et Hypercacher. On a Charlie Hebdo, on a l’Hyper Cacher et puis on a ce cette situation inédite en France où de nombreux français ou ressortissants français partent sur zone pour combattre dans les rangs de l’État islamique et on sait que l’État islamique à ce moment-là prépare des attentats majeurs sur le territoire français. notamment la France était prête à affronter des attaques coordonnées en plusieurs lieux de la capitale et quasi simultanément absolument puisque la direction centrale de la police judiciaire avait dès le juste après les attentats de Londres et de Madrid he 2004 2005 prévu un plan nous avions un dispositif attentat qui permettait de faire face à des attentats multiples, à des attentats majeurs et ce dispositif avait été déjà mis en place lors des attentats de janvier à Paris. La nuit des attentats, la BAC, la brigade anticriminalité et la BRI, la brigade de recherche et d’intervention arrive au Bataclan environ une demi-heure après que les trois assaillants ont ouvert le feu sur la foule, faisant presque immédiatement 80 morts, s’en suit, une prise d’otage, des exécutions et finalement l’assaut de la BRI, c’est qui tout double ? Il y a 1500 spectateurs à l’époque hein dans l’enceinte du Bataclan. Absolument. Mais lorsque la B intervient, nous sommes déjà saisis des faits, donc nous sommes déjà dans l’enquête et la BRI va effectivement libérer les otages. Nous avons évidemment une pensée pour nos collègues qui vont devoir intervenir dans des conditions très difficiles, mais le dispositif attentat est déjà est déjà engagé et nous commençons à développer l’enquête à ramener à rappeler les les équipes euh qui pour la plupart d’ailleurs reviendront spontanément et qui se mettent au travail. les enquêteurs commencent à se mettre au travail d’ors et déjà alors qu’on a une prise d’otage en cours et on ne sait même pas à ce moment-là combien de scènes de crime nous avons à traiter. Ça ve qu’on aura 8 scènes de crime à traiter. Donc en fait, on s’organise euh et avec une situation inédite d’une prise d’otage toujours en cours. On s’organise pour recueillir des informations, des indices mais pour faire face aussi un poste médical avancé he se mettant en place devant le Bataclan pour prendre en charge les blessés, ceux qui ont réussi à prendre la fuite d’abord puis les autres. Un véritable hôpital de campagne avec des pratiques de médecine de guerre. Ça donne un retour d’expérience pour les attaques qui auront lieu ultérieurement en France. On pense notamment à Nice he le 14 juillet 2016 et et 86 morts à l’époque. Évidemment, nous avons été également saisis de l’attentat de Nice, hein, comme vous vous l’avez mentionné. Effectivement, ce sont des scènes qui sont très difficiles, c’est-à-dire que pour les secours évidemment, mais pour les enquêteurs également, c’est c’est ce sont des scènes que l’on n’oublie pas. Euh c’est extrêmement compliqué euh d’intervenir dans dans de dans une situation dégradée. Euh les secours doivent évidemment faire euh leur travail et puis ensuite c’est la place aux constatations. Les constatations sont extrêmement importantes parce qu’elles permettent de recueillir des indices, des preuves et surtout évidemment d’identifier les victimes. Bien sûr, combien de victimes ? Et surtout répondre à la fameuse question, c’est y a-t-il des terroristes encore dans la nature ? Ouais. Et alors justement ces victimes euh les survivants, ils sont en état ce soir-là de donner des informations bien tout dépend parce que effectivement les victimes sont aussi des témoins pour nous. Donc effectivement, il y a des victimes qu’on va entendre parce qu’elles sont légèrement blessées et puis celles qu’on ne peut pas entendre, on ne les entend pas. Euh évidemment euh il faut aussi euh elles sont ventilées dans l’ensemble des hôpitaux parisiens et de la région parisienne. Donc c’est aussi euh une tâche qui nous incombe, c’est-à-dire de euh dénombrer les victimes, le nombre de personnes décédées, le nombre de personnes blessées, où sont-elles ? Et de recueillir leur témoignage. Il y a la question aussi de préserver l’intégrité de la scène de crime pour pouvoir recueillir ces indices. Bien sûr, une scène de crime comme celle du Bataclan par exemple est extrêmement compliquée à traiter. Donc, elle se fait selon un process qui est établi. Euh les enquêteurs ont l’habitude, les techniques de police scientifiques également. En fait, nous sectorisons la la scène de crime euh pour euh faire en sorte que une scène de crime énorme et complexe euh devienne finalement beaucoup plus simple à traiter pour les enquêteurs. Un hommage particulier a été rendu aujourd’hui he lors de ces cérémonies aux primaux intervenants. On pense bien entendu aux urgentistes qui se sont rendus sur place immédiatement, au nombreux soignants et puis également aux membres de la BRI qui sont intervenus, on les a vu d’ailleurs aujourd’hui visage masqué pour ne pas qu’on puisse les identifier et éventuellement leur nuire. Beaucoup d’entre eux, bien qu’aguéri, ont été marqués he psychologiquement par ce qu’ils ont vu cette nuit-là. C’est le cas aussi des membres de la SDAT qui ont été amenés à intervenir sur ces scènes de crime. Oui, effectivement, on a des enquêteurs qui ont dû subir un choc psychologique énorme, hein, même si ce sont des fonctionnaires aguéris qui sont dans les services antiterroristes, qui sont des qui sont volontaires comme tout comme les nos collègues de la Berie qui sont volontaires et qui sont aguéris et qui sont en capacité de faire face à des à des des scènes de crimes compliquées. Mais pour certains d’entre eux, c’est effectivement des des scènes difficilement supportables. Ça a été également sur l’att l’attentat de vous l’avez rappelé du 14 juillet 2016. Alors la nuit des attaques, 7 des neuf membres du commando sont abattus ou se font exploser. Il ne faudra que 3 jours aux enquêteurs pour retrouver les deux membres encore en fuite et les neutraliser à l’époque Shakib Akrou et Abdelhamid Abaoud. Cerveau présumé des attentats tués dans leur cach à Saint-Denis. Comment la piste a-t-elle été remontée aussi rapidement ? Et bien le dispositif attentat se dote d’outils. Euh et on a notamment un appel à témoin euh un appel d’urgence pardon, un numéro d’urgence, c’est le 197 et nous avons dès le lundi suivant à 14h56 recueilli le témoignage d’une personne qui de manière assez confuse va nous expliquer que la personne qu’elle loge a pour mission de d’héberger un certain des lamines à Baou. Effectivement, c’est ce qui va nous mettre sur la piste et et à ce moment-là, même si euh un tas d’éléments d’enquête sont déjà, euh un premier terroriste du Bataclan a été identifié, nous recueillons des indices. Nous nous savons que Salab d’Eslam euh l’un des l’un des l’un des acteurs de du 13 novembre a regagné la Belgique, n’a pas pris part manifestement à l’opération, hein. Absolument. Euh nous sommes évidemment en lien avec nos collègues belges. Nous envoyons immédiatement une équipe en Belgique et puis nous avons ce témoignage le 15 le 15 novembre à 14h56 d’un témoin que nous allons entendre comme on dit sur procès verbal en en fin de journée et qui va nous mettre sur cette piste euh d’Abdelam d’Abahoud. Oui. Et donc 2 jours euh 2 jours plus tard 3 jours plus tard 3 jours plus tard à éidv connait l’histoire, elle a été euh plusieurs fois racontée euh mais effectivement avec une une mise en place de dispositifs de surveillance de filature, de surveillance technique, de mise en place de de caméras surveillance et euh d’un moment euh le 17 euh quelques jours donc après les faits qui nous permet euh de prendre en compte à Snaid Bouasen qui avait donc pour mission de de trouver un logement à Abdelamid Baou donc prise en compte d’une filature Et on arrive rue du Corbillon à Saint-Denis. Dès le lendemain des attaques, le 14 novembre, le groupe État Islamique Daesh revendique cet attentat, ces attaques multiples en France. Vous êtes surpris à l’époque, on se souvient que les attaques contre Charlie Hebdo à l’époque, c’est Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Là, c’est l’État islamique et on a au Maghreb islamique. Oui. Là, on a une une revendication des frères clins. Les frères clins, on les connaît, ce sont des Toulousains. Ils apparaissaient déjà dans l’entourage de Mohamed Mera tout le monde s’en souvient. Euh et effectivement, on a les frères clins qui vont revendiquer dès le 14 euh cette euh ces actions terroristes avec euh des euh des choses qui nous interpelle puisqueils vont parler euh euh de huit terroristes, on en a que sept. Euh on sait euh que Salab d’Eslam est dans la nature et on sait aussi par l’exploitation des témoignages, des vidéos surveillances euh de l’enquête euh que deux autres terroristes sont probablement également terroristes qui faisaient partie du commando des terras sont probablement également en fuite et ce sera effectivement euh ce sera effectivement à Baou et et et Shaki Bakrou. Alors Salab des Slam lui sera interpellé début 2016. Il entre temps fut en Belgique, vous l’avez dit, jugé et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressive. Vous avez suivi son procès fin 2021 début 2022 ? Oui. Oui. Abdlam comme d’autres hein, il il a eu son procès en Belgique mais aussi en France hein puisque l’attentat les attentats du 13 novembre en quête hors norme ont donné lieu également à un procès hors norme puisque 14 personnes vont comparaître devant une cour d’assis spécialement composée à Paris. Qu’avez-vous retenu de ce procès ? Beaucoup ont déploré son mutisme. C’est un choix qu’il a fait. Euh je ne sais pas ce qui ce qui lui dans quel état d’esprit il était. C’est quelqu’un de qui était très radicalisé visiblement qui n’a pas renié ses son son djihadisme son islam son islamisme radical. Après, dans quelle situation il était au moment du procès, je peux pas vous rép. en fin d’année dernière encore, celle qui était sa compagne lui a fourni une remis une clé USB he sur laquelle figurait de la propagande jihadis qu’ l’a consulté à plusieurs reprises sur un ordinateur. C’est ce que l’on sait aujourd’hui depuis le centre pénitentiaire he de Vandain Levieil dans le Pas de Calais où il est incarcéré. Il se dit prêt aujourd’hui par la voix de son avocate à participer à une expérience de justice restaurative avec des victimes d’autres attentats. Que pensez-vous de cette initiative J’en pense rien. Je pense que voilà, il a été condamné de multiprise. Il fait partie du commando du 13 novembre. Après ça c’est c’est Vous jugez utile ce type d’initiative. Pas forcément d’ailleurs de la part de Salab des mais en matière de terrorisme beaucoup trouvent cela très discutable contre la nature même des crimes. Peut-être peut-être. Moi je pense que les crimes sont absolument odieux. La le le la justice restaurative met en relation finalement des victimes et des auteurs. Pas des mêmes actes mais de même nature. Probable. À titre personnel, j’ai j’ai quand même un doute sur l’intérêt de de ce genre de de process. La direction générale de la sécurité intérieur, la firme depuis 2015, près de 80 projets d’attentat ont été déjoués en France. Ne9u pour l’année dernière, 6 depuis le début de cette année. Où on est la menace djihadiste ici en France ? La menace après 2015 a changé de nature euh d’une menace exogène. Nous sommes par passés à une menace endogène, c’est-à-dire sont des gens qui sont sur notre territoire national qui n’ont pas euh subi euh qui n’ont pas qui ne sont pas allés sur zone, qui n’ont pas subi d’entraînement sur zone. Donc on constate, qu’est-ce qu’on constate ? Un ragenissement euh de ces euh de ces terroristes, des attentats qui sont beaucoup plus simples, qui sont qui n’ont rien à voir avec les les attentats coordonnés qui ont été ceux de ce de novembre. Ouais. Euh des certains individus qui ont un profil psychologique qui pose question. Ouais. Et puis une jeunesse. Euh on a des des gens affaire à des gens très très jeunes qui commettent qui commettent ses attentats avec des modes opératoires très simples. Sommes mieux mieux armés. L’arsenal législatif lui a été considérablement renforcé avec l’association de malfaiteurs terroristes. Désormais considéré comme un crime passible de 30 ans de réclusion. L’inscription dans le droit commun aussi des mesures héritées de l’état d’urgence comme les perquisitions administratives sans décision judiciaire préalable mais sous l’autorité d’un jeu administratif la signation à résidence la la fermeture sur décision administrative de sites internet ou de lieu de culte faisant l’apologie du du terrorisme. Tout cela cela concours a à mieux protéger la France aujourd’hui. Évidemment lorsque nous avions cette vague de départ de de Français en Syrie, en Irak de combattants pour aller combattre hein, nous n’avions pas ces mesures administratives pour les empêcher de partir. Donc nous avions une une entrave judiciaire qui est évidemment plus complexe à mettre en œuvre puisque il faut réunir des éléments de preuve pour établir que telle ou telle personne a l’intention de se rendre en Syrie ou en Irak a l’intention d’intégrer un groupe terroriste en l’occurrence l’État islamique puisque 80 % des des Français des ressortissants français ont intégré l’État islamique. Mais c’est pas une barrière infranchissable. Non, c’est pas une barrière infranchissable. Et puis la la situation bouge he vous avez vu ça évolu encore la loi d’après vous. Non, je pense qu’on a un arsenal législatif qui est qui est quand même robuste euh et qui euh et qui nous aide évidemment au quotidien et qui aide aussi les services de renseignement à à prévenir les à prévenir les attentats bien sûr. Merci beaucoup Philippe Chadrice d’avoir été avec nous votre témoignage du du 13 novembre 2015. C’est là.

Dix ans après les attaques du 13-Novembre qui ont frappé Paris et Saint-Denis, Philippe Chadrys, ancien patron de l’antiterrorisme, revient sur les coulisses d’une enquête menée dans l’urgence.
#13Novembre

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8 comments
  1. 10 ans après et l'État (et ses chiens de garde, tels que France24) continue toujours de cacher les scènes innombrables d'éventrement, énucléations, décapitations, castrations etc durant ces trois heures.

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