Ce mardi 25 novembre se poursuivait le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, soupçonné d’avoir empoisonné 30 personnes, dont 12 mortellement, entre 2008 et 2017, dans deux cliniques privées de Besançon (Doubs). Revivez les temps forts du 51e jour d’audience, avec notre journaliste sur place, Jeanne Casez.

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➜ Cet article est régulièrement mis à jour tout au long de la journée. N’hésitez pas à rafraîchir votre page. Pour lire les débats dans l’ordre chronologique, rendez-vous en bas de page.

19h20 : Julie Péchier n’a pas de questions à poser au Dr Darcq. L’audience est suspendue, elle reprendra demain matin à 9h.

19h15 : “C’était donc assez facile de ne pas se faire attraper ?” poursuit Me Berna. Clément Darcq acquiesce : “Effectivement, c’était le crime presque parfait. Ce qui a changé la donne, c’est cette frénésie dans les enchaînements des actes en 2016. Je pense qu’il y avait un petit côté addictif, pour la personne qui a commis ces empoisonnements.”

19h10 : Les deux derniers cas du procès sont étudiés. Les questions de Me Berna, aussi, sont plus générales. “Je suis désolé, ça tombe sur vous, dit l’avocat au Dr Darcq. Comment on explique, devant la multiplicité des évènements, qu’on ne s’en soit pas rendu compte avant ?” “Je comprends que ça puisse paraître un peu fou, répond le chirurgien. Mais quand on est à l’intérieur du système, on ne peut pas imaginer une seule seconde que cet acte criminel soit commis à l’intérieur d’une clinique. C’est en dehors de la raison et du réel.”

Me Berna, avocat de parties civiles au procès de Frédéric Péchier.

Me Berna, avocat de parties civiles au procès de Frédéric Péchier.

© Fabienne Le Moing / France Télévisions

19h : “Vous êtes médecin, vous êtes urologue. Vous n’êtes pas infirmier, encore moins brancardier. Et pourtant, vous ne maitrisez pas les anesthésiques locaux ?” interroge Christine de Curraize. “Si un jour, je devais faire face à un surdosage en anesthésiques locaux, je ne saurais pas le reconnaître”, illustre le Dr Darcq en guise de réponse. “Et la mépivacaïne ?” “Alors là, avant de venir à ce procès, je ne savais pas que ça existait.”

18h50 : Et puisque l’heure est aux remarques d’ordre général, le chirurgien livre ses conclusions. “Ce procès est difficile, car il dure dans la longueur. On pense aux victimes, aux familles et aussi à l’opprobre qui est jetée sur le corps médical. On a l’impression que le procès avance.

On se dit que l’étau se resserre autour de l’accusé. On se dit que si l’accusé pouvait reconnaitre des choses évidentes, ça pourrait aider la profession à tourner la page, et les familles à faire leur deuil.

Clément Darcq, chirurgien urologue

“Je suis bien désolé de voir un tel gâchis. On avait toutes les conditions pour travailler et apporter un énorme bénéfice à une population.”

18h45 : Le Dr Darcq s’autorise une remarque, avant les questions du ministère public. “Je voulais revenir sur cette notion de meilleur anesthésiste. Personnellement, j’ai confiance en tous les anesthésistes avec qui je travaille. Tous ceux qui travaillent dans cet établissement sont bons. C’était pour moi important de faire cette remarque, car on l’entend tout le temps, on le voit dans la presse et sur le principe, ça m’agace un petit peu.”

18h35 : Dès février 2017, le Dr Darcq pense que son patient a pu être empoisonné. “À cette époque, l’affaire n’était pas sortie, mais les cas Simard et Gandon avaient eu lieu. Et c’est comme ça que les choses me sont venues.” Le chirurgien a partagé ses suspicions à ses confrères. Mais “ça n’a pas trop fait mouche”.

Clément Darcq, chirurgien urologue au procès de Frédéric Péchier.

Clément Darcq, chirurgien urologue au procès de Frédéric Péchier.

© Jean-Stéphane Maurice – France Télévisions

18h30 : “Tout à coup, le scope se met à sonner”, raconte Clément Darcq. “Le Dr Assila qui était dans l’autre salle, arrive en quelques secondes, c’était très rapide. Comme je suis au contact du patient, je débute le massage cardiaque. De temps en temps, on fait des pauses pour voir si le coeur reprend.”

“On va prendre le temps, vous n’êtes pas obligé de parler aussi rapidement”, l’interrompt la présidente.

“Pardon, je ne m’en rends pas compte”, répond le médecin avant de replonger dans ses souvenirs. “On était assez contents car on avait réussi à le faire revenir, on pensait qu’on avait réussi à passer le cap”. M. Quenillet décèdera finalement au CHU de Besançon, au lendemain de ces évènements.

18h25 : Clément Darcq est la dernière personne entendue ce soir. Partie civile de ce procès, il était le chirurgien urologue en charge d’opérer Henri Quenillet, le 21 novembre 2016, à la clinique Saint-Vincent. “Sa biopsie s’est avérée positive au cancer de la prostate. Comme toujours, on a fait une balance bénéfices-risques. Et on a opté pour un traitement chirurgical de ce cancer.”

18h10 : L’audience est suspendue, elle reprendra à 18h25.

18h05 : Pour la première et la dernière fois, Sylvain Serri fait face à Julie Péchier dans cette cour d’assises. Pour rappel, la sœur de l’accusé remplace au pied levé Randall Schwerdorffer, absent cette semaine. Elle pose deux questions d’affilée et l’anesthésiste l’arrête net : “Maître, si je peux me permettre, vous parlez beaucoup trop vite. Je suis peut-être un peu âgé, mais il me faut du temps pour intégrer votre flot. Laissez moi répondre à vos questions une à une.”

17h55 : C’est la dernière déposition du l’anesthésiste. “Pour le meilleur ?” questionne son avocate. “Je vous avoue que je ne serai pas mécontent d’arrêter”, concède ce grand homme aux cheveux blancs, appuyé sur le pupitre. “Un dernier mot sur ce procès ?” l’encourage Me Lorach. “C’était une expérience très éprouvante, mais cette recherche de vérité est… extraordinaire”, lâche-t-il les larmes aux yeux et la voix saccadée. “Je n’ai pas besoin de vous demander comme elle vous a impacté.” “Non, vous le voyez”. “Et aujourd’hui, qu’est-ce que vous pensez de Frédéric Péchier ?” “Je n’arrive pas à savoir si c’est un être humain, c’est tout.” “Vous êtes vous réveillé de ce cauchemar ?” “Pas tout à fait.”

17h45 : Thérèse Brunisso l’affirmerait presque.“En réalité, Frédéric Péchier ne vous annonce pas qu’il fait du gluconate de calcium. Vous l’apprenez sur le rapport circonstancié [de l’opération]…” “J’ai souvenir de l’adrénaline, mais pas du gluconate”, répond Sylvain Serri.

Les deux avocates générales du procès de Frédéric Péchier : Thérèse Brunisso (debout, micro en main) et Christine de Curraize (assise au milieu).

Les deux avocates générales du procès de Frédéric Péchier : Thérèse Brunisso (debout, micro en main) et Christine de Curraize (assise au milieu).

© Valentin Pasquier – France Télévisions

17h40 : En conflit depuis le printemps 2016, les Dr Serri et Péchier se querellent à nouveau à l’automne. “Ce qu’il s’est passé, c’est que je n’ai pas apprécié le fait de me faire traiter de comploteur. Je lui ai dit ‘je regrette qu’une seule chose, c’est de t’avoir fait revenir à la clinique en 2009”, se souvient Sylvain Serri. “Et je le regrette encore plus maintenant.”

17h30 : De tous les témoins et parties civiles entendues jusqu’ici, personne ne sait qui a appelé le Dr Péchier en renfort. “Je suis agréablement surpris qu’il soit là. Je ne cherche pas à savoir qui l’a appelé. Le problème du moment, c’était monsieur Collette et cet arrêt réfractaire”, rappelle le Dr Serri, dont les relations avec l’accusé s’étaient a minima réchauffées à l’époque. “On se reparlait à nouveau, pour des questions médicales uniquement.”

Sylvain Serri, anesthésiste à la clinique Saint-Vincent.

Sylvain Serri, anesthésiste à la clinique Saint-Vincent.

© France 3 Franche-Comté

17h20 : Vient l’attendue déposition du Dr Serri. Comme à son habitude, l’anesthésiste retraité témoigne sa “sympathie” aux victimes, à la famille de Bertrand Collette en l’occurrence. Le 31 octobre 2016, ce patient lui fait part d’une douleur au bras gauche. “J’ai accéléré l’anesthésie et comme il se plaignait toujours de cette douleur, j’ai pris la décision de l’endormir. Je l’ai intubé sans difficulté.” L’arrêt cardiaque survient quelques minutes après. “Très rapidement et je ne l’ai pas demandé, le Dr Péchier arrive. Il fera immédiatement de l’adrénaline et du gluconate de calcium, que je n’ai pas prescrits”, raconte-t-il à l’appui de ses notes.

17h10 : La présidente remercie Thomas Golden, mais le cardiologue ajoute un détail qui va, finalement, longuement prolonger sa déposition. “J’ai appris que Frédéric Péchier avait déclaré que les anesthésistes n’avaient pas accès aux patients et restaient derrière la vitre plombée pendant les coronarographies [une imagerie des artères]. C’est faux. C’est un mensonge. L’anesthésiste intervient souvent, en urgence ou pas, si le patient a mal, ou quoi que ce soit.”

Le cardiologue a de mauvais souvenirs des faits, mais son expérience et son franc-parler s’avèrent précieux. La cour en profite pour lui exposer d’autres doutes. La présidente cherche à savoir si un patient peut-être laissé seul, notamment après un arrêt cardiaque. Thomas Golden lève les bras en l’air. “Personne n’est seul après un arrêt cardiaque ! Il faut faire le massage, pousser le brancard. Maintenant, si vous me demandez si c’est possible de pousser une seringue pendant un transport sans que personne ne le voie, oui, évidemment, c’est possible.”

La clinique Saint-Vincent à Besançon (Doubs)

La clinique Saint-Vincent à Besançon (Doubs)

© Antoine Laroche, France Télévisions

16h55 : “Un patient qui a mal au bras, et qui déclare un arrêt cardiaque dans les trois minutes qui suivent”, répète une énième fois Stéphane Giuranna. “C’est quoi la question ?” lui demande le cardiologue en souriant. “Ben qu’est-ce que vous en pensez ? Y a plus de confraternité ici, on en est loin.”

“Un arrêt réfractaire à l’adrénaline, c’est hyper rare quoi. Et on ne peut pas penser à de l’hyperkaliémie en pré-opératoire, c’est vraiment très très étonnant”, répète Thomas Golden.

16h45 : Comme Thomas Golden connait mal le dossier, il apprend, à la barre, que son ancien patient a reçu du gluconate de calcium au cours de la réanimation. Spontanément, il fait le lien avec l’évènement indésirable grave (EIG) de Sandra Simard, survenu deux mois plus tard. “J’ai beaucoup travaillé pendant ce procès, mais j’ai essayé de suivre un petit peu. Ça revient à peu près au même cas que Mme Simard.”

Mettre du gluconate sur un patient jeune, qui n’a pas d’antécédent rénal, c’est vraiment surprenant.

Thomas Golden, cardiologue

16h35 : L’audience reprend avec l’audition du cardiologue Thomas Golden. “Vous avez déjà prêté serment, vous déposez donc sous serment. On vous écoute” “Sur ?” questionne le médecin, qui ne sait pas pourquoi il est appelé à la barre !

“Sur le décès de M. Collette ?” finit-il par suggérer. “Malheureusement, j’ai vraiment peu de souvenirs de ce cas. Les quelques souvenirs que j’ai, c’est que j’étais avec Sylvain Serri sur un arrêt cardiaque que je ne comprenais pas trop. Je ne sais même plus si c’était en salle de réveil ou en salle d’opération.” “Vous n’avez absolument rien préparé. On va tabler sur… l’avantage de la spontanéité”, ironise la présidente.

16h14 : L’audience est suspendue, elle reprendra à 16h35.

16h05 : “Donc c’est vous qui avez préparé le rapport circonstancié ?” s’intéresse l’avocate générale Thérèse Brunisso. “Oui.” “Vous indiquez ‘injection de gluconate de calcium’. Vous souvenez-vous qui a fait cette injection ?” “Non.” Dommage. Les Dr Péchier et Serri se renvoient la responsabilité de cette injection. Passée inaperçue à l’époque, elle est aujourd’hui suspecte : celui qui a injecté du gluconate pouvait connaître le poison qui circulait dans les veines du patient.

La plupart des victimes ont subi des arrêts cardiaques en marge d'opérations chirurgicales parfois bénignes.

La plupart des victimes ont subi des arrêts cardiaques en marge d’opérations chirurgicales parfois bénignes.

© Valentin Pasquier – France Télévisions

16h : Quels souvenirs Florian Antunes garde-t-il de l’anesthésie du patient ? “On a un œil de loin, mais chacun est affairé à sa tâche. On connait les bruits des respirateurs. On sait quand quelque chose ne va pas. J’ai souvenir du respirateur qui commence à biper. Et de voir le Dr Serri et le Dr Laurain s’affairer autour de M. Collette.”

15h50 : Sébastien Pili-Floury laisse sa place à Florian Antunes. Sa déposition sera bien plus courte. Ce monsieur était l’infirmier circulant de Betrand Collette. “Je l’ai accompagné en salle d’intervention. Et lors de l’installation, M. Collette a fait une défaillance cardiaque. Je me suis reculé, de façon à pouvoir écrire tout ce qu’il se passait pendant la réanimation”, déclare le témoin avant de s’exposer au questions de la cour.

15h40 : Cette déposition est essentielle. En l’absence de séquestres révélateurs et en l’absence d’autopsie, les prélèvements sanguins du patient, ainsi que leur interprétation par les équipes du CHU sont les seuls éléments à disposition des jurés.

Julie Péchier tente donc de la tirer à son avantage. “Vous retenez trois hypothèses, un choc anaphylactique, une intoxication au potassium, ou un cumul des deux. En réalité vous ne pouvez pas départager ces trois hypothèses ?” tente de lui faire dire la sœur de l’accusé. “Vous poserez la question aux experts, ils vont revenir demain.” Le Pr Pili-Floury a peut-être une intime conviction, il la gardera pour lui.

Frédéric Péchier, défendu par sa soeur, Julie Péchier

Frédéric Péchier, défendu par sa soeur, Julie Péchier

© Valentin Pasquier

15h30 : Avec son style direct, Stéphane Giuranna devrait réussir à simplifier les débats. “La famille de M. Collette est présente dans le public. Ils vous écoutent avec attention et ont besoin de réponse. Est-ce qu’on est d’accord pour dire à cette famille que ce monsieur a reçu un apport exogène de potassium ?”

“Je peux dire que c’est possible, c’est vraiment ce que je peux dire”, mesure le Pr Pili-Floury. “Pour la cour d’assises, il faut pas que ce soit possible, il faut que ce soit probable. Il faut crever l’abcès”, répond franchement Stéphane Giuranna.

Le Pr Sébastien Pili-Floury, chef du service réanimation du CHU de Besançon, lors de sa déposition, le 11 septembre 2025, au cours du procès de Frédéric Péchier.

Le Pr Sébastien Pili-Floury, chef du service réanimation du CHU de Besançon, lors de sa déposition, le 11 septembre 2025, au cours du procès de Frédéric Péchier.

© Valentin Pasquier – France Télévisions

15h15 : Le Pr Pili-Floury n’exclut rien, pas même la possibilité d’un double accident, ou plutôt, d’un empoisonnement sur accident. “En médecine, de façon générale, quand vous êtes obligé de trouver deux diagnostics pour expliquer les choses, c’est embêtant”, expose-t-il à la barre. “Mais il y a une réalité autour des empoisonnements à la clinique Saint-Vincent. Alors on peut tout à fait imaginer un alignement des planètes, où l’empoisonneur aurait décidé d’empoisonner un patient qui a fait, par la même occasion, un choc anaphylactique.”

Avocat de la famille Collette, Me Giuranna lui fait remarquer que le patient s’est plaint d’une douleur au bras, avant son arrêt cardiaque. Le médecin réanimateur va dans son sens : “Du potassium concentré, c’est sur que ça provoque une réaction douloureuse.”

15h : La présidente revient dans les débats. “Merci de toutes ces précisions. C’est pas évident, j’espère que c’est clair pour tout le monde…” Elle s’arrête sur ce prélèvement sanguin au taux de potassium faramineux, cherche à savoir quand il a été réalisé. “À l’arrivée du patient”, répond le Pr Pili-Floury après quelques hésitations. “Au CHU, pour les arrêts cardiaques extrahospitaliers, on a un algorithme qui permet de décider, ou pas, de cette CEC [de mettre le patient sous un dispositif de circulation extracorporelle, ndlr]. Et la biologie est importante, pour savoir si le patient n’est pas trop acide, ou trop machin, ou trop ceci…”

Le CHU de Besançon.

Le CHU de Besançon.

© Antoine Laroche – France Télévisions

14h45 : “Anaphylaxie”, “tryptase”, “taux basal”, “mastocytes”… Le Pr Pili-Floury assomme la cour de termes techniques dont le sens échappe à nos esprits de profanes. En face de lui, les jurés s’accrochent jusqu’à ce que le médecin sorte du tunnel : “Tout ça est très compliqué, mais tout ça pour dire qu’aucun élément que je vous ai donné ne peut être éliminé.” En d’autres termes, le médecin réanimateur envisage plusieurs explications au décès de M. Collette, dont celle d’un choc anaphylactique [une réaction allergique exacerbée, ndlr]. Mais il préfère celle d’un “apport exogène de potassium” en raison de ce taux de kaliémie exceptionnel, cité ci-dessous.

14h35 : Le Dr Pily-Floury confesse être “en quelque sorte passé à côté” du patient Bertrand Collette, ce monsieur étant décédé le jour férié de la Toussaint, en son absence. Il s’est replongé dans le dossier quelques mois plus tard, après l’éclatement de l’affaire. “Ce qui m’a fait tilter, c’est le taux de kaliémie de 11”. “J’ai demandé à mes collègues si dans leur vie de réanimateur, ils avaient assisté à un tel taux après 93 minutes d’arrêt cardiaque.” Négatif, ont répondu l’ensemble de ses confrères.

Pr Sébastien Pili-Floury, chef du service réanimation du CHU de Besançon.

Pr Sébastien Pili-Floury, chef du service réanimation du CHU de Besançon.

© Fabienne Le Moing – France Télévisions

14h20 : L’audience reprend un déroulé classique. Sébastien Pili-Floury vient déposer à la barre. Chef du service de réanimation du CHU de Besançon, son équipe a reçu, entre 2008 et 2017, de nombreux patients ayant fait des arrêts cardiaques inexpliqués en provenance de la clinique Saint-Vincent.

14h15 : L’audience reprend sur les chapeaux de roue avec un clash entre Julie Péchier et Stéphane Giuranna. Les commentaires négatifs déposés sur son compte Google, évoqués ce matin en audience, ont été supprimés pendant la pause, s’offusque l’avocat. “Mon commentaire a été supprimé, celui de Me Berna aussi, mais pas celui de Maître Douchez, donc si Agathe pouvait aussi… “

“Agathe, l’épouse de Maitre Schwerdorffer ? Ou Agathe, la fille de M. Péchier ?” le coupe Julie Péchier, furieuse. Selon l’avocate, ces commentaires ont pu être supprimés par n’importe qui car “ce dossier est suivi dans la presse”. Les deux avocats se disputent alors dans un brouhaha inaudible. “Je ne veux pas que cette cour d’assises soit prise en otage !” gronde alors la présidente qui met fin à la chamaillerie. 

13h15 : L’audience est suspendue. Elle reprendra à 14h15, avec de nouvelles dépositions de médecins.

13h10 : Avocat de la veuve et des enfants de Bertrand Collette, Stéphane Giuranna demande à Jean-Marie Laurain de parler de son défunt patient. “C’est une personne que j’appréciais beaucoup. On avait des affinités. Un monsieur sympa qui était courageux”, délivre l’ancien chirurgien. “Est-ce que ça peut laisser indifférent quand on est soignant ?” questionne alors l’avocat.

Quand on m’a proposé de me constituer partie civile, j’ai pensé que notre préjudice était sans aucune commune mesure avec celui des patients et de leurs familles.

Jean-Marie Laurain, chirurgien retraité

“Mais finalement, je pense que si on met bout à bout tous ces EIG [évènements indésirables graves], si on compte le nombre de nuits blanches que tout le monde a… voilà” Jean-Marie Laurain s’arrête de parler pour retenir un sanglot. Il regarde l’avocat, trop ému pour poursuivre.

12h55 : L’infirmier quitte la salle et un homme, chauve à lunettes, lui succède à la barre. Jean-Marie Laurain est chirurgien retraité. Il était en charge d’opérer Bertrand Collette, mais le cœur de ce patient avait déjà lâché à son arrivée au bloc. “C’était très brutal, très traumatisant. C’était un patient que j’aimais beaucoup”, témoigne celui qui “n’opérai[t] plus sereinement” à cette période. “Je regardais tout le temps le scope [l’écran qui indique les fonctions vitales du patient], on avait peur des problèmes d’anesthésie. (…) À partir du moment où Frédéric Péchier est parti, il n’y a plus eu de problèmes.”

12h45 : Davy Gérome croise Olivier Verguet sur le tapis vert de l’allée, et prend sa place à la barre. Cet infirmier a assisté, impuissant, à l’arrêt cardiaque de Bertrand Collette, le 31 octobre 2016. “J’ai mal dans le bras, arrêtez, j’ai mal”, a suffoqué ce patient sous son masque avant même le début de l’opération. “Il disait qu’il était en train de mourir”, se remémore le témoin. “Le Dr Serri l’a rassuré”. Puis, l’arrêt cardiaque a pris les médecins de court, et Davy Gérome a “laissé la place aux personnes compétentes”.

“Des questions, mesdames et messieurs les avocats ?” La cour a retenu la leçon : tout le monde fait “non” de la tête. Me Giuranna joue celui qui n’a pas apprécié les remontrances de la présidente, quelques minutes plus tôt.“Non, pas de VRAIES questions”, souffle-t-il dans son micro.

12h40 : Olivier Verguet quitte la salle du Parlement pour de bon. C’était la douzième et dernière déposition du directeur d’enquête. Le temps file trop vite, alors la présidente demande aux avocats de “poser des vraies questions, et non de plaider”, car “les deux semaines à venir vont être très chargées”.

12h35 : L’ambiance se dégrade dans la salle du parlement. La présidente reproche à Julie Péchier de “revenir sur tous les points de l’enquête” au lieu de s’intéresser aux décès de messieurs Collette et Quenillet. L’avocate s’en offusque : “ça ne pose pas de problème” quand les avocates générales ou les avocats des parties civiles posent des questions de contexte. Elle obéit mais ne cache pas sa déception. “Je vais me recentrer sur cas, puisque je n’ai pas vraiment le choix de faire autrement, Mme le président.”

12h25 : Quand ils arrivent à la clinique, les médecins se connectent généralement à un logiciel pour commencer à travailler. L’accusation reproche à Frédéric Péchier d’avoir pollué des poches seul à la clinique, tôt le matin. Julie Péchier cherche donc à savoir “si des démarches ont été faites pour savoir à quelle heure Frédéric Péchier se connectait [sur ce logiciel]”. Olivier Verguet n’a pas d’éléments à communiquer sur ce point.

Julie Péchier, avocate aux côtés de son frère Frédéric Péchier, médecin anesthésiste soupçonné d'avoir empoisonné des patients.

Julie Péchier, avocate aux côtés de son frère Frédéric Péchier, médecin anesthésiste soupçonné d’avoir empoisonné des patients.

© SEBASTIEN BOZON / AFP

12h20 : Julie Péchier interroge Olivier Verguet sur le mobile des crimes. L’enquêteur répond que les Dr Assila, Balon-Dole et Serri étaient les “trois anesthésistes comploteurs” désignés par Frédéric Péchier. Et tous les trois ont subi un évènement indésirable grave (EIG) à cette période. “Il était effectivement pas très malin, cet empoisonneur qui va désigner ses trois prochaines victimes de manière écrite et formelle dans un mail” semble s’étonner l’avocate. “Il a perdu pied sur la fin, mais il était suffisamment malin pour passer entre les gouttes jusqu’en 2017”, nuance le directeur d’enquête.

12h10 : La parole est à Julie Péchier. L’avocate explique pourquoi son frère “ne parlait que de l’enquête” au téléphone, comme l’a spécifié le directeur d’enquête, plus tôt dans la matinée.

En 2017, ce n’était pas une assignation à résidence, mais c’était tout comme. Car quand vous avez votre portrait dans tous les journaux, vous ne sortez plus.

“Quand deux ans plus tard, vous êtes, pour le coup, assigné à résidence chez vos parents, vous ne croyez pas que vous êtes obnubilé par ce qu’il se passe ?” Olivier Verguet ne la contredit pas.

Les écoutes téléphoniques sont “triées sur le volet”, ajoute alors Me Péchier. L’avocate reconnait des grossièretés proférées par son frère dans “des moments de colère intenses”. Mais il existe aussi, selon elle, “des heures [de conversations téléphoniques] passées sous silences, qui traduisaient un profond désespoir chez le Dr Péchier. Mais ça, on ne le retrouve pas dans le dossier.”

12h : À l’image de ce que vient de faire Stéphane Giuranna, l’autre avocat principal des victimes et de leurs familles, Me Berna, dit avoir subi des attaques “ad-personam” de la part de la défense. Randall Schwerdorffer a notamment déposé plainte contre lui. “L’argumentum ad-personam, c’est l’argumentaire le plus bas, et celui qu’on utilise quand on n’a plus aucun argument à faire valoir”, décrie, à son tour, Me Berna.

Kévin Louvet, avocat des Dr Jeangirard, Assila et de Bénédicte Boussard (patiente victime d'un arrêt cardiaque en avril 2009 à la polyclinique), lors du procès de Frédéric Péchier le 18 septembre 2025 à Besançon.

Kévin Louvet, avocat des Dr Jeangirard, Assila et de Bénédicte Boussard (patiente victime d’un arrêt cardiaque en avril 2009 à la polyclinique), lors du procès de Frédéric Péchier le 18 septembre 2025 à Besançon.

© Fabienne Le Moing / France Télévisions

11h50 : Kevin Louvet défend, lui, les intérêts particuliers du Dr Assila. Il rappelle que le décès de M. Quenillet est “le seul EIG [évènement indésirable grave] mortel qu’elle aura subi depuis 2017 et jusqu’à aujourd’hui”. Il demande à l’enquêteur si “le fait qu’elle ait compris très rapidement les intentions de Frédéric Péchier, le fait que ce soit une jeune associée talentueuse, qu’elle prenne la tête de la société d’anesthésistes” expliquent “qu’il ait voulu l’écarter” ? “Pour nous, le lien est évident”, approuve Olivier Verguet.

11h40 : Stéphane Giuranna fustige ensuite les prétendues “méthodes d’intimidation” de la défense. Dont une anecdote cocasse. “Après le premier jour d’audience, mes associés m’appellent et me disent ‘t’as plein de mauvais avis sur Google !’. Je vérifie et je vois une certaine Agathe, ça vous dit quelque chose une Agathe ?”

“Attention à ce que vous êtes en train de sous-entendre”, prévient Julie Péchier, assise à côté de son frère.

Me Giuranna s’entête. Il cite plusieurs commentaires “catastrophiques”, notés d’une seule étoile. “Puis, quelques minutes après, tenez-vous bien, la même personne met 5 étoiles à Randall Schwerdorffer [l’avocat de Frédéric Péchier].”

“Je ne sous-entends pas, j’affirme”, conclut-il en plantant ses yeux dans ceux de Julie Péchier.

Stéphane Giuranna, avocat d'une quarantaine de parties civiles lors du procès de Frédéric Péchier.

Stéphane Giuranna, avocat d’une quarantaine de parties civiles lors du procès de Frédéric Péchier.

© SEBASTIEN BOZON / AFP

11h30 : Stéphane Giuranna se permet une déclaration, avant de poser ses questions. L’avocat souhaite passer un message, de la part des nombreuses victimes qu’il défend dans ce dossier, à l’enquêteur Olivier Verguet. “Tout simplement merci. Elles vous doivent beaucoup, parce que l’enquête que vous avez faite… Je ne suis pas le dernier à critiquer le travail de la police judiciaire, mais force est de constater que vous y avez mis vos tripes.”

Plus encore, ce sont les habitants qui vous doivent beaucoup. Parce que combien il y’en aurait eu d’autres [des empoisonnements] sans votre travail.

Stéphane Giuranna, avocat

Les mains sur le pupitre et le visage tourné vers son interlocuteur, le Major Verguet hoche la tête. Le compliment semble bienvenu.

11h15 : Christine de Curraize se lève. “Bonjour Major Verguet. Force est de constater que Frédéric Péchier était au centre du tableau. C’est une expression que vous avez eue”. “Concordance entre les modes opératoires, concordance spatiale [Frédéric Péchier se trouve dans le bloc d’à côté], concordance temporelle [il rentre de vacances ou intervient immédiatement]”… L’avocate générale cite, une fois encore, des éléments de contexte accablants pour l’accusé. Suffisants pour le condamner ? Jeudi, les experts nuanceront avec le manque de preuves scientifiques dans ces deux dossiers, pour lesquels aucune poche n’a été récupérée, ni aucune autopsie réalisée.

Christine de Curraize, avocate générale lors du procès de Frédéric Péchier à Besançon.

Christine de Curraize, avocate générale lors du procès de Frédéric Péchier à Besançon.

© Fabienne Le Moing / France Télévisions

11h05 : “Que ressortait-il des écoutes téléphoniques de Frédéric Péchier au cours de cette enquête ?”, s’intéresse l’assesseur de la présidente. “Il nous est apparu qu’il ne parlait que de ça”, répond Olivier Verguet. “Très peu de sujets de conversation sortaient du cadre de cette affaire, ce n’étaient que des écoutes qui évoquaient des problématiques techniques.”

Le directeur d’enquête s’est aussi aperçu que l’accusé ne “donnait pas toujours les bonnes informations. À son père notamment, quand il cherchait à comprendre ce qu’il se passait, il le noyait dans les explications. Il l’embrouillait, le papa étant anesthésiste et à même de comprendre ce qu’il se passait.”

“Et sur la forme, comment pensez-vous qu’il considérait ses patients ou ses confrères ?”

“On sentait une manipulation, surtout une arrogance, une assurance et un mépris, finalement, de tous. Dans toutes les corporations, les magistrats, les experts, Frédéric Péchier se plaçait au dessus de tous les intervenants”, répond Olivier Verguet, qui précise que l’anesthésiste a une fois qualifié un patient de “plouc”. À sa droite, Frédéric Péchier hausse les sourcils.

10h50 : Entre autres déclarations marquantes, celles du Dr Assila aux enquêteurs, après la mise en examen de Frédéric Péchier. “Il était prêt à tuer des malades pour paraitre le meilleur, pour se rendre justice. C’est-à-dire : tu te prenais la tête avec lui, et ton patient subissait un arrêt. Il va venir tous nous flinguer, il est complètement taré et tordu.” Le directeur d’enquête confirme : le Dr Assila était “très inquiète pour elle, car le Dr Péchier n’avait pas été incarcéré.”

Procès Péchier - Anne-Sophie Balon Dole, anesthésiste

Procès Péchier – Anne-Sophie Balon Dole, anesthésiste

© France 3 Franche-Comté

10h45 : Delphine Thibierge s’intéresse à l’ambiance délétère qui régnait sur la clinique, en 2016. Pour mieux l’illustrer, la présidente lit à la cour des comptes rendus de réunion, ainsi que des échanges de mail entre praticiens. “TU es à l’origine du schisme [entre anesthésistes]. (…) Fais-toi plaisir puisque tu sembles être l’homme providentiel et au-dessus de tout reproche”, avait notamment écrit le Dr Balon-Dole à l’accusé.

10h40 : L’audience est reprise. La salle du Parlement est comble. Le directeur d’enquête, Olivier Verguet, est encore là pour quelques instants : la cour a des questions à lui poser. 

10h20 : L’audience est suspendue, elle reprendra à 10h40.

10h15 : Les derniers mots d’Olivier Verguet s’adressent aux victimes. “Les patients qui n’ont pas été forcément identifiés”, mais aussi “les différents personnels des deux établissements touchés”. Reçus, “pour certains des dizaines de fois” par le directeur d’enquête, ces professionnels du soin sont “véritablement traumatisés” et auront, selon lui, “du mal à cicatriser”.

Olivier Verguet, directeur de l'instruction ayant mené à ce procès d'assises.

Olivier Verguet, directeur de l’instruction ayant mené à ce procès d’assises.

© Valentin Pasquier – France Télévisions

10h10 : Olivier Verguet a terminé ses deux exposés. Le directeur d’enquête tire une conclusion sur “cette affaire vertigineuse” qui l’a (pré)occupé pendant plus de huit ans. “C’est la douzième fois que je viens aujourd’hui. Triste record dont je me serais bien passé, je vous le dis franchement.”

“Je voulais également vous dire que cette enquête a été très difficile, de par la matière médicale, de par le nombre d’évènements. Et je le répète, nous sommes convaincus que nous en avons laissé sur le bord de la route. Difficile aussi car nous avons a été attaqués par une défense hyper agressive. Ça fait partie de l’ère du temps.”

Ce qu’on ne peut pas comprendre, c’est qu’on puisse être attaqué et blessé personnellement. C’est la seule fois où on a été traité de la sorte dans notre carrière.

Olivier Verguet, directeur d’enquête

10h05 : L’anesthésiste de M. Quenillet était le Dr Assila, un autre médecin en conflit avec Frédéric Péchier. “Manifestement et sans aucun doute, il y a un lien de causalité évident entre ces conflits et les arrêts cardiaques qui vont survenir. Pour le coup, on peut dire que le mobile du crime est clairement identifié pour ces deux dossiers”, expose Olivier Verguet.

La famille Quenillet présente au procès du docteur Frédéric Péchier lors du 51e jour d'audience, avec, au premier rang avec sa veste verte,  la veuve de Henri Quenillet.

La famille Quenillet présente au procès du docteur Frédéric Péchier lors du 51e jour d’audience, avec, au premier rang avec sa veste verte, la veuve de Henri Quenillet.

© Fabienne Le Moing

10h : “Les expertises toxicologiques n’apporteront rien pour expliquer le décès de M. Quenillet, pas plus que pour le patient Collette, car on allait s’apercevoir qu’aucune poche [de soluté] n’avait été conservée”, regrette le directeur d’enquête. Pour rappel, c’est l’arrêt cardiaque suivant, celui de Mme Simard, survenu en janvier 2017, qui poussera les médecins à récupérer les poches à la déchetterie, découvrir le pot aux roses – une dose phénoménale de potassium dans ce contenant – ce qui lancera l’enquête policière tentaculaire que nous connaissons aujourd’hui.

9h50 : Dossier numéro 2. Un nouveau patient perdu sans explication. Henri Quenillet est décédé à l’âge de 73 ans. Son cœur a lâché au cours d’une ablation de la prostate, le 21 novembre 2016, il y a presque exactement neuf ans. Quelques mois après l’opération, quand l’affaire éclate dans la presse, son épouse “très affectée, vous l’imaginez, par la perte de son mari”, a regretté de ne pas avoir souhaité l’autopsie de son mari, se remémore le directeur d’enquête à la barre.

9h45 : Le directeur d’enquête précise, qu’ “encore une fois”, Frédéric Péchier est de garde le jour de l’opération de M. Collette, comme c’était le cas pour quatre autres décès inexpliqués en 2016. Qu’ “encore une fois”, le drame survient alors que l’accusé revient de congés. “Encore une fois, d’étranges similitudes. Des coïncidences qui n’en sont plus” considère Olivier Verguet.

9h40 : Frédéric Péchier est arrivé très tôt à la clinique, le matin de l’opération de M. Collette. Son téléphone a “déclenché” à 5h58, illustre Olivier Verguet. “On peut s’interroger sur cette présence aussi prématurée, puisque je rappelle que cette année-là, il s’était engagé auprès de son épouse à réduire son investissement à la clinique Saint-Vincent.”

9h30 : L’anesthésiste en charge de M. Collette était le Dr Serri. En 2016, alors que Frédéric Péchier avait brutalement mis fin à leur amitié, ce médecin a connu une effrayante série d’évènements graves indésirables (EIG) sur ses patients. “Quatre arrêts cardiaques sur table, dont trois morts en un an”, décompte Olivier Verguet. “Je pense que le Dr Serri détient un triste record au niveau national.’

Patricia Collette, femme de la victime Bertrand Collette.

Patricia Collette, femme de la victime Bertrand Collette.

© Fabienne Le Moing – France Télévisions

9h25 : Mais avant le décès de M. Quenillet, Olivier Verguet se penche sur celui de M. Collette. Le 31 octobre 2016, cet homme de 56 ans doit se faire poser une prothèse de la hanche à la clinique Saint-Vincent. Subitement, il déclare une asystolie, 13 minutes à peine après le début de l’intervention. “Encore une fois, un patient va faire un arrêt cardiaque dans des conditions incomprises avant même que le chirurgien n’entre en action”, dit Olivier Verguet d’une voix grave.

Frédéric Péchier rentre de vacances ce jour-là. Il participe à la réanimation du patient “en injectant un produit que vous connaissez bien, maintenant, puisqu’il s’agit du gluconate de calcium”. Une substance non recommandée dans le cas d’une asystolie, précise le directeur d’enquête, alors que Julie Péchier, la sœur de l’accusé et avocate dans ce dossier, semble désapprouver.

La famille de Bertrand Collette, dont les membres se sont constitués partie civile dans le procès de l'anesthésiste Frédéric Péchier. À gauche Philippe et à droite Jean-Pascal, les deux frères de Bertrand Collette. Au centre, la femme de Philippe Collette.

La famille de Bertrand Collette, dont les membres se sont constitués partie civile dans le procès de l’anesthésiste Frédéric Péchier. À gauche Philippe et à droite Jean-Pascal, les deux frères de Bertrand Collette. Au centre, la femme de Philippe Collette.

© Fabienne Le Moing / France Télévisions

9h20 : Olivier Verguet remonte la frise chronologique de cette année clef de l’enquête, pour en arriver à l’automne, et la période de deux derniers décès qui nous intéressent aujourd’hui. À cette époque, Frédéric Péchier avait quitté la société des anesthésistes de la clinique et comptait employer son propre infirmier, dans des conditions qu’il choisirait. Au même moment, une jeune praticienne, le Dr Assila, intégrée à la clinique depuis un an à peine, prenait les rênes de la dite société et tentait de faire entendre raison à l’accusé. Une période si éprouvante pour le Dr Assila, qu’elle s’est mise en arrêt maladie, pendant six semaines. “C’est le jour de son retour que son patient [M. Quenillet] va connaître un arrêt cardiaque sur table inexpliqué”, précise Olivier Verguet à la barre.

9h10 : Autre élément de contexte : la détresse psychologique de l’accusé en 2016. “Le 26 mai, le Dr Péchier ne va pas bien du tout”, déroule le directeur d’enquête. Frédéric Péchier a en effet sollicité une psychologue, ce jour-là. Et “il n’exclura pas les risques d’une tentative de suicide au cours de cet entretien.” “Il va progressivement se marginaliser du groupe d’anesthésistes, il va s’isoler.”

Olivier Verguet, directeur d'enquête dans l'affaire Péchier.

Olivier Verguet, directeur d’enquête dans l’affaire Péchier.

© Fabienne Le Moing – France Télévisions

9h05 : Déjà les premiers au revoir ! C’est la dernière fois que M. Verguet est appelé à la barre. “Vous allez nous manquer”, plaisante la présidente, Delphine Thibierge. Le directeur d’enquête sourit, mais retrouve aussitôt son sérieux pour rappeler “le contexte de cette année 2016 qui apparait comme essentielle à la compréhension des évènements”. Il se lance ensuite dans une énumération glaçante : les noms de chacun des patients ayant subi un évènement indésirable grave (EIG) cette année-là, dont certains sont décédés, et dont certains n’ont pas été retenus dans le cadre de ce procès. “On a parlé d’hécatombe. J’ai insisté pour dire qu’il s’agissait plutôt d’une escalade. L’empoisonneur a perdu pied en 2016.”

9h : L’audience est reprise. Olivier Verguet, veste de costume bleue, attend de déposer à la barre. Directeur de l’enquête de police, l’homme à lunettes vient présenter deux nouveaux cas à la cour. Deux décès, survenus à quelques semaines d’intervalle, qui ont clôturé l’année 2016, la plus sombre que la clinique Saint-Vincent ait connu.

7h45 : Bienvenue dans ce direct. Tout au long de la journée, vivez à nos côtés le procès du médecin anesthésiste Frédéric Péchier, comme si vous étiez dans la salle d’audience.

Le docteur Péchier est soupçonné par la justice d’avoir empoisonné 30 personnes, dont 12 mortellement, entre 2008 et 2017. Son procès devant les assises au tribunal de Besançon doit se terminer la semaine du 15 décembre au terme de 15 semaines de procès. Il comparait libre, il n’a jamais été incarcéré durant les 8 années d’instruction.

Que s’est-il passé la veille ?

La journée du lundi 24 novembre était un concentré de ce que le procès Péchier donne à voir depuis ses débuts. Des débats techniques, dans la matinée, tout d’abord, avec les dépositions d’Alain Miras et de Matthieu Biais. Pour le petit Tedy, 4 ans au moment de son arrêt cardiaque, comme pour Laurence Nicod, décédée à 50 ans, les deux experts ont retenu la thèse d’un empoisonnement. Pas question, en revanche, d’évoquer un meurtre. Malgré les sollicitations des avocats des parties civiles, les experts s’en sont tenus à des conclusions médicales.

Le début d’après-midi était fort en émotion, puisque les proches des victimes ont été entendus. Le père du Tedy a rappelé la difficulté de “voir son petit garçon branché”, dans le coma. Le frère de Laurence Nicod a livré un témoignage poignant à cette sœur, mère de famille, médecin et amie qui semble avoir laissé un souvenir heureux partout où elle est passée. Sa fille garde de lourdes séquelles liées à sa disparition. “En 2017, j’apprends l’affaire sur Facebook. En mars, je passe devant la clinique Saint-Vincent et je ne peux plus bouger” a-t-elle raconté en coupant le souffle de l’assemblée.

L’accusé a ensuite répondu aux questions de la cour entre 15h et 20h. Un interrogatoire éprouvant, au cours duquel on lui a reproché quelques lapsus, mais qui n’a pas vu flancher Frédéric Péchier. “Où est la preuve ?” s’est-il égosillé. “C’est bien beau de me faire passer pour ce que je ne suis pas, par des méthodes que je trouve assez dures, et d’essayer de me faire dire n’importe quoi à la barre.”

Pourquoi la justice soupçonne le docteur Péchier ?

Frédéric Péchier, ancien médecin anesthésiste, a travaillé au sein de la clinique Saint-Vincent, mais également de la polyclinique de Franche-Comté, à Besançon, entre 2008 et 2017. À cette époque, plusieurs EIG, acronyme utilisé pour “événements indésirables graves”, se produisent dans ces deux établissements privés de soin, dans une proportion démesurée.

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Notre journaliste Sarah Rebouh vous aide à comprendre les enjeux du procès de l’ex-anesthésiste Frédéric Péchier, en moins de 3 min.

©Sarah Rebouh / France Télévisions

De trop nombreux patients qui ne présentent pas de fragilités particulières, font des arrêts cardiaques en pleines opérations chirurgicales. Sur 30 cas dont la responsabilité est attribuée à Frédéric Péchier par les enquêteurs, douze décèdent. L’anesthésiste, un professionnel particulièrement impliqué dans son travail selon ses pairs, est soupçonné d’avoir provoqué ces incidents médicaux pour faire valoir ces qualités de réanimateur, mais aussi pour nuire à certains de ses collègues avec qui il était en conflit.

Frédéric Péchier a toujours nié fermement les faits. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité. Ce dernier comparaît libre, sous contrôle judiciaire. Son procès doit durer 15 semaines, du 8 septembre au 19 décembre 2025.

Relire tous nos articles au sujet de l’affaire Péchier.

Les grandes dates de l’affaire Péchier11 janvier 2017 : une femme de 36 ans fait un arrêt cardiaque inexpliqué à la Clinique Saint-Vincent à Besançon alors qu’elle est opérée.20 janvier 2017 : un nouveau malaise cardiaque inexpliqué se produit dans la même clinique. Des fortes quantités de potassium ou d’anesthésique, à dose létale, sont retrouvées dans les poches d’anesthésie des deux patients.6 mars 2017 : Frédéric Péchier est placé en garde à vue et mis en examen pour “empoisonnements avec préméditation” sur sept patients, dont deux sont morts entre 2008 et 2017. Il clame son innocence.Décembre 2017 : les corps de quatre personnes dont les morts sont suspectes sont exhumés pour analyses. La justice n’ordonne ce type d’acte que très exceptionnellement.17 mai 2019 : le docteur Péchier est mis en examen pour 17 nouveaux événements indésirables graves (EIG). Il clame toujours son innocence. Il n’a plus le droit de paraître dans le Doubs.Il ne peut plus exercer son métier.1er octobre 2021 : Frédéric Péchier fait une tentative de suicide en se défenestrant du premier étage.27 septembre 2022 : les soupçons concernent désormais 32 patients qui auraient été empoisonnés dont 13 mortellement.22 mars 2023 : Frédéric Péchier est mis en examen pour 30 cas, dont 12 mortels.5 août 2024 : le médecin anesthésiste est renvoyé devant la cour d’assises du Doubs pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels.8 septembre 2025 : ouverture prévue du procès de Frédéric Péchier devant la cour d’assises du Doubs. Il doit durer 15 semaines.

France 3 Franche-Comté se mobilise pour vous faire vivre le procès de Frédéric Péchier, comme si vous y étiez. Du 8 septembre au 19 décembre 2025, suivez les débats en cours dans la salle d’audience, en direct sur notre site internet, grâce à nos journalistes web sur place Jeanne Casez, Antoine Comte et Sarah Rebouh.

Avec la collaboration de Sophie Courageot, rédactrice en chef adjointe et Morgane Hecky, chargée d’édition numérique et des équipes de reportage présentes à l’audience.:

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