La présomption d’innocence ça devient de plus en plus compliqué …
Les bras m’en tombent …
Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM
21 mai 2022 | Par Marine Turchi
L’ancien patron des députés LR, Damien Abad, a été nommé ministre des solidarités en dépit d’un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont Mediapart a recueilli les témoignages, l’accusent de viols, en 2010 et 2011. Il conteste les faits.
Mise en garde
Cet article fait état de faits de violences sexuelles, sa lecture peut être particulièrement difficile.
« Par la présente, je souhaite témoigner de faits de viol concernant Damien Abad, député LR de l’Ain, pressenti pour rejoindre le gouvernement, et de facto investi par Renaissance dans l’Ain. » Dans la lettre qu’elle a adressée le 13 mai à l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, Chloé*, 41 ans, ne cache pas sa démarche : alors que le nom de Damien Abad circule comme potentiel ministre, et qu’il est candidat aux législatives, elle souhaite alerter sur le comportement qu’il aurait eu avec elle.
Une semaine plus tard, malgré cette alerte, Damien Abad, ex-président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale et porte-parole du candidat François Fillon en 2017, a été nommé ministre des solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées.
Dans son courrier, consulté par Mediapart, Chloé dénonçait un viol qu’elle aurait subi, mais elle évoquait aussi l’existence d’une plainte pour viol, classée sans suite, déposée par une autre femme. « Il est attendu des élu·e·s de la République de faire montre d’exemplarité en toutes circonstances, écrit-elle dans son courrier à l’Observatoire. La libération de la parole des femmes ne suffit pas à mettre un terme aux situations abusives. »
Dans une réponse écrite à Mediapart (à lire en intégralité en annexe), l’élu de 42 ans conteste les accusations et « affirme avec force que les relations sexuelles qu’[il a] pu avoir ont toujours reposé sur le principe du consentement mutuel ».
À la demande de Chloé, l’Observatoire – créé en février par des initiatrices du collectif #MeTooPolitique telles que Fiona Texeire, Mathilde Viot et Alice Coffin, pour accompagner les femmes qui le souhaitent dans leurs démarches – a adressé par mail son témoignage (anonymisé) aux directions de deux partis, le 16 mai : Les Républicains, que vient de quitter Damien Abad, et LREM, qu’il rejoint. En fin de semaine, il a aussi envoyé le courrier au procureur de la République.
Dans son signalement, l’Observatoire souligne que « la gravité des faits qui sont mentionnés [dans le courrier] rend impératif qu’il soit porté à [la] connaissance » de ces partis. Cette alerte est, à ce stade, restée sans réponse des deux partis.
Contacté par Mediapart, Christophe Castaner, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, assure n’avoir « rien reçu ». Il a, après nos questions, porté ces faits à la connaissance du procureur, et « conseille à la victime de porter immédiatement plainte ». De son côté, Stanislas Guérini, délégué général d’En Marche, qui vient lui aussi d’être nommé ministre, fait savoir qu’il n’avait pas relevé sa boîte mail et assure donc avoir découvert le mail de signalement samedi matin, suite à nos questions. Matignon n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.
Aurélien Pradié, secrétaire général de LR, dit ne pas avoir consulté la boîte mail sur laquelle cette alerte lui a été adressée, mais indique que les « trois fois » où il a été saisi de témoignages de violences sexuelles concernant d’autres hommes du parti, il a lancé des procédures. Il affirme surtout avoir lui-même confronté Damien Abad en 2020 après avoir entendu parler « de comportements inappropriés qu’il aurait eus avec des collaboratrices ».
Le cas Abad vient à nouveau poser une question qui concerne tous les partis politiques – on l’a vu récemment avec le cas de Taha Bouhafs à La France insoumise (LFI) : comment les partis, lorsqu’ils sont alertés de possibles violences sexuelles et sexistes, gèrent ces situations ?
L’affaire met sur la table une autre question, transpartisane elle aussi : l’usage que ferait un élu de son pouvoir, face à des militant·es, des assistant·es, des administré·es. Ces dernières années, nombre d’hommes politiques – ministre, élus ou cadres de gauche comme de droite – ont été accusés d’avoir abusé de leur pouvoir, petit ou grand, pour obtenir des faveurs sexuelles, ou bien imposer des violences sexuelles.
Dans une longue enquête débutée en janvier 2021, Mediapart a recueilli les témoignages des deux femmes qui accusent Damien Abad de viol. Elles ne se connaissent pas, mais les faits qu’elles dénoncent se seraient déroulés à quelques mois d’intervalle, fin 2010 et début 2011, après l’élection au Parlement européen du centriste. (Il fut eurodéputé de 2009 à 2012, avant d’être élu à l’Assemblée nationale.)
Je suis pour qu’il soit écarté du gouvernement mais je m’interroge. Comment as t-il pu la trainer jusqu’à la chambre d’hôtel avec son handicap ?
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La présomption d’innocence ça devient de plus en plus compliqué …
Les bras m’en tombent …
Violences sexuelles : Damien Abad nommé ministre malgré un signalement adressé à LREM
21 mai 2022 | Par Marine Turchi
L’ancien patron des députés LR, Damien Abad, a été nommé ministre des solidarités en dépit d’un signalement pour des faits présumés de viols adressé à LREM et LR par l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique. Deux femmes, dont Mediapart a recueilli les témoignages, l’accusent de viols, en 2010 et 2011. Il conteste les faits.
Mise en garde
Cet article fait état de faits de violences sexuelles, sa lecture peut être particulièrement difficile.
« Par la présente, je souhaite témoigner de faits de viol concernant Damien Abad, député LR de l’Ain, pressenti pour rejoindre le gouvernement, et de facto investi par Renaissance dans l’Ain. » Dans la lettre qu’elle a adressée le 13 mai à l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, Chloé*, 41 ans, ne cache pas sa démarche : alors que le nom de Damien Abad circule comme potentiel ministre, et qu’il est candidat aux législatives, elle souhaite alerter sur le comportement qu’il aurait eu avec elle.
Une semaine plus tard, malgré cette alerte, Damien Abad, ex-président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale et porte-parole du candidat François Fillon en 2017, a été nommé ministre des solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées.
Dans son courrier, consulté par Mediapart, Chloé dénonçait un viol qu’elle aurait subi, mais elle évoquait aussi l’existence d’une plainte pour viol, classée sans suite, déposée par une autre femme. « Il est attendu des élu·e·s de la République de faire montre d’exemplarité en toutes circonstances, écrit-elle dans son courrier à l’Observatoire. La libération de la parole des femmes ne suffit pas à mettre un terme aux situations abusives. »
Dans une réponse écrite à Mediapart (à lire en intégralité en annexe), l’élu de 42 ans conteste les accusations et « affirme avec force que les relations sexuelles qu’[il a] pu avoir ont toujours reposé sur le principe du consentement mutuel ».
À la demande de Chloé, l’Observatoire – créé en février par des initiatrices du collectif #MeTooPolitique telles que Fiona Texeire, Mathilde Viot et Alice Coffin, pour accompagner les femmes qui le souhaitent dans leurs démarches – a adressé par mail son témoignage (anonymisé) aux directions de deux partis, le 16 mai : Les Républicains, que vient de quitter Damien Abad, et LREM, qu’il rejoint. En fin de semaine, il a aussi envoyé le courrier au procureur de la République.
Dans son signalement, l’Observatoire souligne que « la gravité des faits qui sont mentionnés [dans le courrier] rend impératif qu’il soit porté à [la] connaissance » de ces partis. Cette alerte est, à ce stade, restée sans réponse des deux partis.
Contacté par Mediapart, Christophe Castaner, président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, assure n’avoir « rien reçu ». Il a, après nos questions, porté ces faits à la connaissance du procureur, et « conseille à la victime de porter immédiatement plainte ». De son côté, Stanislas Guérini, délégué général d’En Marche, qui vient lui aussi d’être nommé ministre, fait savoir qu’il n’avait pas relevé sa boîte mail et assure donc avoir découvert le mail de signalement samedi matin, suite à nos questions. Matignon n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.
Aurélien Pradié, secrétaire général de LR, dit ne pas avoir consulté la boîte mail sur laquelle cette alerte lui a été adressée, mais indique que les « trois fois » où il a été saisi de témoignages de violences sexuelles concernant d’autres hommes du parti, il a lancé des procédures. Il affirme surtout avoir lui-même confronté Damien Abad en 2020 après avoir entendu parler « de comportements inappropriés qu’il aurait eus avec des collaboratrices ».
Le cas Abad vient à nouveau poser une question qui concerne tous les partis politiques – on l’a vu récemment avec le cas de Taha Bouhafs à La France insoumise (LFI) : comment les partis, lorsqu’ils sont alertés de possibles violences sexuelles et sexistes, gèrent ces situations ?
L’affaire met sur la table une autre question, transpartisane elle aussi : l’usage que ferait un élu de son pouvoir, face à des militant·es, des assistant·es, des administré·es. Ces dernières années, nombre d’hommes politiques – ministre, élus ou cadres de gauche comme de droite – ont été accusés d’avoir abusé de leur pouvoir, petit ou grand, pour obtenir des faveurs sexuelles, ou bien imposer des violences sexuelles.
Dans une longue enquête débutée en janvier 2021, Mediapart a recueilli les témoignages des deux femmes qui accusent Damien Abad de viol. Elles ne se connaissent pas, mais les faits qu’elles dénoncent se seraient déroulés à quelques mois d’intervalle, fin 2010 et début 2011, après l’élection au Parlement européen du centriste. (Il fut eurodéputé de 2009 à 2012, avant d’être élu à l’Assemblée nationale.)
Je suis pour qu’il soit écarté du gouvernement mais je m’interroge. Comment as t-il pu la trainer jusqu’à la chambre d’hôtel avec son handicap ?