La sécurité sur le flanc sud de l’OTAN est indissociable de la sécurité de l’Alliance tout entière. Certaines questions, comme la migration, le terrorisme et l’instabilité dans le voisinage de l’OTAN, ont des répercussions pour tous les Alliés. De fait, elles exigent une réponse collective. En visite à Madrid et à Melilla, les législateurs de l’OTAN ont rencontré des représentants du gouvernement espagnol, de hauts responsables militaires et des universitaires qui leur ont présenté la contribution de l’Espagne à l’Alliance, les mesures prises par le pays pour se préparer aux principaux risques en matière de résilience ainsi que la perspective espagnole sur la région MOAN (Moyen-Orient et Afrique du Nord).

La délégation était menée par Fernando Gutiérrez, président du Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient (GSM) et Oguz Ucuncu (Türkiye), président de la sous-commission sur la résilience et la sécurité civile (CDSRCS). Elle était composée de 40 législateurs issus de 14 pays membres de l’OTAN. 

La contribution de l’Espagne à l’OTAN et à la sécurité transatlantique

L’Espagne contribue de façon assidue aux missions de l’OTAN. Elle a déployé des soldats en Lettonie, en Slovaquie et en Roumanie dans le cadre de la présence avancée rehaussée de l’Alliance. Elle s’est également engagée à participer à la nouvelle opération Eastern Sentry, de l’Alliance le long de son flanc est. De surcroit, des avions espagnols patrouillent le ciel de l’Alliance dans le cadre de missions de police du ciel. L’Espagne contribue en outre à renforcer le système de défense antimissile intégrée de l’OTAN et occupe une place centrale dans les opérations de sécurité maritime visant à sécuriser les principales voies de communication maritimes et à dissuader les menaces dans la Méditerranée et au delà.

L’Espagne est en passe de tripler ses dépenses consacrées à la défense entre 2018 et 2025 pour atteindre 2 % de son PIB, dont une enveloppe de 10,5 milliards d’euros consacrée à de nouveaux investissements stratégiques. Un représentant du ministère de la défense a expliqué que ce programme d’investissement visait à consolider les capacités de dissuasion et de défense du pays, à moderniser son armée, à renforcer la cybersécurité et à développer les technologies à double usage. Un tel programme permettra également de stimuler l’innovation industrielle, la recherche et le développement technologique dans une optique de résilience face aux menaces hybrides et aux crises émergentes.


Enfin, l’Espagne a apporté un soutien indéfectible à l’Ukraine face à l’agression non provoquée de la Russie. Qu’il s’agisse d’un soutien politique dans les forums internationaux ou d’une assistance humanitaire et militaire considérable, l’Espagne s’est montrée solidaire du juste combat du peuple ukrainien pour la souveraineté et la liberté. Le pays a envoyé du matériel militaire et une aide financière qui se sont avérés essentiels. Ses forces armées ont contribué à l’entraînement des troupes ukrainiennes. Ce soutien sans cesse renouvelé montre que l’Espagne mesure l’importance cruciale du combat de l’Ukraine pour la sécurité de la communauté euro-atlantique tout entière.

Développer la résilience sur la ligne de front de l’immigration en Europe

La visite a été l’occasion de souligner que l’Espagne, en première ligne de la sécurité aux frontières de l’Europe, était confrontée à de larges flux de migration clandestine, dont les incidences en matière de résilience se répercutent sur toute l’Alliance. À l’heure actuelle, l’immigration irrégulière en Espagne concerne principalement les Îles Canaries et, dans une moindre mesure, les Îles Baléares. Si la pression sur Melilla et Ceuta a diminué, les passages ont changé : plutôt que de franchir des clôtures, il s’agit désormais d’emprunter des routes maritimes dangereuses. De nombreuses traversées connaissent une issue tragique. Les représentants du gouvernement espagnol ont expliqué que les réseaux criminels facilitant le trafic d’êtres humains sont également impliqués dans la contrebande de drogue et dans d’autres activités illicites. Ce phénomène met en lumière les dimensions sécuritaires plus larges de la migration clandestine, outre son impact humain catastrophique.

Melilla, l’un des deux seuls territoires européens partageant une frontière terrestre avec l’Afrique – l’autre étant Ceuta –, subit de nombreuses pressions découlant de la géographie, de l’instabilité au Sahel, des déséquilibres démographiques et de l’évolution des conditions politiques et climatiques. « Ici, à Melilla, nous nous trouvons véritablement sur la ligne de front de la migration clandestine et de la sécurité aux frontières », a commenté Fernando Gutiérrez. Les parlementaires de l’AP-OTAN ont pu observer les clôtures marquant la frontière entre Melilla et le Maroc, où les autorités espagnoles maintiennent une surveillance 24 heures sur 24. Ils se sont également rendus au Centre de séjour temporaire pour migrants (CETI), qui fournit un hébergement à court terme, de la nourriture, des soins médicaux et psychologiques, une assistance juridique ainsi que des services sociaux aux migrants. Ce lieu est représentatif des réalités opérationnelles et humanitaires de la gestion migratoire sur la frontière méridionale de l’Espagne. Par ailleurs, au Commandement général de Melilla, la délégation a écouté un exposé sur le rôle de l’armée espagnole sur ce territoire.

Renforcer le flanc sud de l’OTAN grâce à la coopération régionale

La visite a mis l’accent sur un fait essentiel : la sécurité euro-atlantique est indivisible, et les défis présents sur le flanc sud de l’OTAN – terrorisme, États fragiles ou encore migration clandestine – peuvent se répercuter sur l’Europe et toute la zone transatlantique. Pour lutter contre ces pressions, les intervenants du ministère des affaires étrangères et du ministère de l’intérieur ont insisté sur la solidarité entre Alliés et sur le renforcement de la coopération avec les partenaires méridionaux. « Les défis présents ici sont des défis communs, qui nécessitent une approche globale impliquant toute l’Alliance ; les membres du nord doivent comprendre la pression venant du sud et vice-versa », a déclaré Marcos Perestrello, président de l’AP-OTAN.

Le dialogue entre l’Espagne et le sud est guidé par cinq lignes d’action prioritaires : soutenir la stabilité et la sécurité au Sahel et en Afrique du Nord ; renforcer les liens économiques, énergétiques et commerciaux ; approfondir les relations culturelles et sociales ; progresser dans la gestion de la migration, y compris en explorant les voies de la migration légale et circulaire ; et encourager la cohésion régionale par des partenariats bilatéraux et multilatéraux. Pour l’Espagne, le sud est une source à la fois de défis et d’opportunités. Un rapprochement avec les partenaires est essentiel pour lutter contre l’instabilité, renforcer la résilience et mettre la sécurité régionale au service d’une prospérité commune.

Rapport du GSM – Exposé de la menace posée par l’Iran à la sécurité de la région MOAN et à la sécurité euro-atlantique

Pendant cette visite, le GSM a adopté son rapport annuel 2025, intitulé La menace posée par l’Iran à la sécurité régionale et euro-atlantique. « Soutenir l’Ukraine et dissuader la Russie le long de notre flanc est reste la principale priorité de l’OTAN, a déclaré Utku Cakirozer, vice président et rapporteur du GSM. « Toutefois, on ne saurait ignorer ce qui se passe au sud [de l’Alliance]. Une approche à 360 degrés est indispensable. » Le rapport se penche sur les activités déstabilisatrices de l’Iran, ses réseaux de soutiens, ses interventions régionales et l’assistance que le pays fournit à la Russie dans le cadre de la guerre brutale et illégale que celle-ci mène contre l’Ukraine. Ce faisant, il met en lumière les menaces pour la sécurité euro atlantique et les intérêts des Alliés. Le rapport en appelle à plus de diplomatie, de coordination et de coopération en matière de sécurité en vue de renforcer la stabilité régionale, et ce par l’affermissement des liens avec le voisinage méridional.


Le GSM a également élu sa nouvelle direction : Giangiacomo Calovini (Italie) devient président et Rachid Temal (France) rapporteur, tandis que Darya Safai (Belgique) et Nikolaos Panagiotopoulos (Grèce) deviennent vice-présidents.


Si l’Assemblée est, sur le plan institutionnel, distincte de l’OTAN, elle constitue un trait d’union essentiel entre cette dernière et les parlements de ses pays membres. Elle assure une plus grande transparence des politiques de l’OTAN et permet aux législateurs et aux citoyens de l’Alliance de mieux en percevoir les objectifs et les missions. 

 

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