Tiens et parlons-en, de Massoud. “Victorieux des Soviétiques” ? ARTE abuse un peu. Massoud a été un excellent commandant, et il a une place unique dans la galerie des mujahideen anticommunistes parce qu’il a bâti un proto-Etat dans le Pandjshir avant l’arrivée des Talibans, mais il a surtout conservé son indépendance politiquement et non militairement. Il était assez fin pour négocier des cessez-le-feu avec les Ivans (qui en avaient bien besoin, avec six autres groupes de guérilla sur le dos) quand il fallait reconstruire ses forces, et il avait une position géographique fortifiée utile face à la doctrine “Hélicoptères, chars et infanterie aéroportée” de l’URSS. Mais c’est pas pour autant que le Pandjshir est imprenable, et les avantages géographiques sont grandement amoindris face à des Talibans qui 1) sont déjà présents dans la vallée, et 2) **sont afghans** et savent donc comment des Afghans se battent.
La loyauté qu’ils attribuent aux Afghans envers les Massoud ira jusqu’à un point, mais les Talibans ne seraient pas là où ils sont aujourd’hui s’ils ne savaient pas s’attribuer le soutien, ou tout du moins l’indifférence, de la population. Oui ils sont ultra-répressifs, mais ils apportent une forme de stabilité contrainte que les Afghans savent apprécier même s’ils en détestent la forme. Concrètement, ce que je veux dire, c’est que oui ils sont à la merci d’une milice fondamentaliste sanguinaire, mais avant ils étaient à la merci d’une milice fondamentaliste sanguinaire d’un côté et d’un gouvernement de kleptocrates violents de l’autre. Comme dit le spingheri dans le reportage, “Plus personne ne peut rien dire sans qu’un espion ne le répète aux Talibans alors on a déposé les armes”. Ça a été la même chose à Kandahar, à Herat, et même à Kaboul.
Et Ahmad Massoud fils ? Un ploutocrate afghan comme les autres, un Dostum/Ghani/Noor en puissance, un mec qui a fui et qui essaie de maintenir son petit pouvoir dans un délire grandiloquant, comme le “Conseil Suprême de la Résistance Nationale” qu’ont fondé Atta Mohammad Noor, Abdulrashid Dostum et Abdulrassoul Sayyaf… à Tashkent, bien sûr, parce que sinon c’est trop dangereux hein. Si Ahmad Massoud était un vrai combattant plein d’idéaux, il serait le seul, je dis bien LE SEUL de cette génération de seigneurs de guerre à réellement agir pour son pays et pas pour s’en mettre plein les fouilles. Statistiquement, j’y crois pas.
Même si on fournissait des armes à la résistance, ce qui me semble improbable vu que la realpolitik occidentale n’a plus aucun intérêt dans la région, je doute que ça serait utile. Et puis, dans une zone isolée, sans frontière avec le Pakistan ou le Tajikistan d’où faire transiter des armes, comment les approvisionner ?
1 comment
J’y crois pas une seule demi-seconde. Pour vous donner une idée, la zone de résistance de l’Alliance du Nord en 2001 (à son pire moment, alors qu’on prédisait qu’elle s’effondrerait bientôt), c’était [ça](https://www.researchgate.net/figure/Taliban-and-Northern-Alliance-controlled-areas-of-Afghanistan-in-2001-Dark-shaded_fig1_28576871). En gros le Badakhshān et quelques districts des provinces de Takhar, Kunar, Kapisa et Parwān.
Le Pandjshir, là où les résistants mènent leur guérilla, pour référence, c’est [ça](https://www.alamyimages.fr/photo-image-carte-politique-de-l-afghanistan-avec-le-panjshir-ou-plusieurs-provinces-est-en-surbrillance-48931635.html). Merde, ça n’avait même pas vocation à être une province à part entière, ça faisait partie de la province de Parwān jusqu’en 2004 où elle a été scindée en reconnaissance du rôle d’Ahmad Shah Massoud. Donc il faudrait déjà faire gaffe à pas surestimer l’ampleur de la rébellion.
Tiens et parlons-en, de Massoud. “Victorieux des Soviétiques” ? ARTE abuse un peu. Massoud a été un excellent commandant, et il a une place unique dans la galerie des mujahideen anticommunistes parce qu’il a bâti un proto-Etat dans le Pandjshir avant l’arrivée des Talibans, mais il a surtout conservé son indépendance politiquement et non militairement. Il était assez fin pour négocier des cessez-le-feu avec les Ivans (qui en avaient bien besoin, avec six autres groupes de guérilla sur le dos) quand il fallait reconstruire ses forces, et il avait une position géographique fortifiée utile face à la doctrine “Hélicoptères, chars et infanterie aéroportée” de l’URSS. Mais c’est pas pour autant que le Pandjshir est imprenable, et les avantages géographiques sont grandement amoindris face à des Talibans qui 1) sont déjà présents dans la vallée, et 2) **sont afghans** et savent donc comment des Afghans se battent.
La loyauté qu’ils attribuent aux Afghans envers les Massoud ira jusqu’à un point, mais les Talibans ne seraient pas là où ils sont aujourd’hui s’ils ne savaient pas s’attribuer le soutien, ou tout du moins l’indifférence, de la population. Oui ils sont ultra-répressifs, mais ils apportent une forme de stabilité contrainte que les Afghans savent apprécier même s’ils en détestent la forme. Concrètement, ce que je veux dire, c’est que oui ils sont à la merci d’une milice fondamentaliste sanguinaire, mais avant ils étaient à la merci d’une milice fondamentaliste sanguinaire d’un côté et d’un gouvernement de kleptocrates violents de l’autre. Comme dit le spingheri dans le reportage, “Plus personne ne peut rien dire sans qu’un espion ne le répète aux Talibans alors on a déposé les armes”. Ça a été la même chose à Kandahar, à Herat, et même à Kaboul.
Et Ahmad Massoud fils ? Un ploutocrate afghan comme les autres, un Dostum/Ghani/Noor en puissance, un mec qui a fui et qui essaie de maintenir son petit pouvoir dans un délire grandiloquant, comme le “Conseil Suprême de la Résistance Nationale” qu’ont fondé Atta Mohammad Noor, Abdulrashid Dostum et Abdulrassoul Sayyaf… à Tashkent, bien sûr, parce que sinon c’est trop dangereux hein. Si Ahmad Massoud était un vrai combattant plein d’idéaux, il serait le seul, je dis bien LE SEUL de cette génération de seigneurs de guerre à réellement agir pour son pays et pas pour s’en mettre plein les fouilles. Statistiquement, j’y crois pas.
Même si on fournissait des armes à la résistance, ce qui me semble improbable vu que la realpolitik occidentale n’a plus aucun intérêt dans la région, je doute que ça serait utile. Et puis, dans une zone isolée, sans frontière avec le Pakistan ou le Tajikistan d’où faire transiter des armes, comment les approvisionner ?