>Les Américaines vont-elles perdre leur droit à l’avortement? L’hypothèse est sur la table depuis que le site Politico a révélé le 3 mai que la Cour suprême projette d’annuler l’arrêt Roe vs Wade. Adopté en 1973, il garantit ce droit à toutes les femmes du pays, qu’importe où elles habitent. Si ce scénario se réalise, une vingtaine d’États conservateurs, du centre ou du Sud, sont prêts à interdire, voire criminaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le Texas a déjà réduit le délai légal à 6 semaines, et incite les citoyens à porter plainte contre les personnes qui aident les femmes à avorter, dont les chauffeurs de taxi qui les amènent dans une clinique.
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>La perspective de l’annulation de l’arrêt Roe vs Wade a suscité une vague d’inquiétude dans le monde de la technologie et de l’internet aux États-Unis. Car la criminalisation de cet acte prendrait en effet une tout autre dimension à l’heure de l’hyper connectivité. Dans le pire des scénarios, les smartphones des résidantes des États où l’IVG deviendrait illégale pourraient, en raison de l’utilisation des données personnelles, les emmener droit devant les tribunaux. Il faut savoir qu’aux États-Unis, contrairement à l’Europe, aucune loi ne protège les citoyens de l’utilisation de ces données numériques par la justice d’un État.
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>Du coup, en guise de mesure de prévention, des associations ont diffusé massivement des conseils pour apprendre à cacher ses traces numériques. Il est recommandé aux Américaines faisant face à une grossesse non désirée dans les États concernés de faire leurs recherches en ligne sur l’avortement en navigation privée. Elles devront en discuter avec leurs proches sur des messageries chiffrées où les échanges sont effacés automatiquement. Pour échanger avec la clinique et recevoir les factures, elles ne devront pas utiliser leur adresse e-mail habituelle. Il leur est aussi grandement conseillé de laisser chez elles leurs smartphones pour se rendre aux rendez-vous médicaux. Ou, à défaut, d’acheter en liquide un téléphone prépayé. Dans ce cas, il ne faudra pas activer la géolocalisation ni se connecter à ses réseaux sociaux.
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>Absence de protection des données personnelles
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>Sans que nous n’en ayons vraiment conscience, les smartphones, PC, ainsi que les sites web et les applications mobiles collectent de nombreuses informations personnelles: déplacements, navigation, échanges, recherches… Ces données sont captées et exploitées dans le but d’exposer les internautes à de la publicité personnalisée. Un marché qui pèse près de 200 milliards de dollars aux États-Unis, et sur lequel règnent Google et Meta (ex-Facebook).
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>Ce que la chercheuse américaine Shoshana Zuboff nomme le «capitalisme de surveillance» peut aussi se muer en mine d’or pour les services de police. Et ce d’autant plus dans un pays qui n’a pas de législation sur de la protection des données personnelles. «Nos lois sur la vie privée datent du Moyen Âge. Le projet de la Cour suprême va illustrer les conséquences concrètes de législations qui ne sont plus adaptées à notre époque», souligne auprès du Time Magazine le sénateur démocrate Ron Wyden. Ce dernier espère que ses collègues au Congrès vont prendre conscience de la nécessité d’engager une réforme fédérale. «Certains élus m’ont approché en me confiant qu’ils n’avaient jamais vu le problème des données personnelles sous cet angle-là», explique-t-il.
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>L’exploitation de ces données «permet de pénétrer dans l’esprit et les préoccupations de l’internaute», prévient la chercheuse Cynthia Conti-Cook. **Des recherches sur Google pour se renseigner sur l’avortement, l’achat sur Amazon d’un test de grossesse, une géolocalisation à proximité d’un centre de Planning familial, une discussion sur ce sujet sur Messenger ou un transfert d’argent sur PayPal sont autant de preuves qui pourraient être utilisées par un tribunal.**
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>Les outils que peuvent utiliser les enquêteurs ont drastiquement augmenté avec l’essor de la surveillance technologique
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>Cela n’est pas de la science-fiction. En janvier 2018, une habitante du Mississippi, accusée d’avoir fait passer un avortement hors délai pour une fausse couche a été poursuivie pour meurtre au deuxième degré. L’accusation se basait en partie sur le fait qu’elle avait tapé la recherche «acheter en ligne pilule abortive Misoprostol» sur son smartphone, remis aux autorités. La jeune femme, qui risquait 40 ans de prison, a été relaxée en 2020. «Les outils que peuvent utiliser les enquêteurs ont drastiquement augmenté avec l’essor de la surveillance technologique», poursuit Cynthia Conti-Cook. Le site Vice en a fait l’expérience. Il a pu acheter auprès du courtier en données SafeGraph la liste anonymisée des smartphones qui se sont rendus au cours de la semaine précédente dans l’un des 600 centres de Planning familial aux États-Unis. Le fichier précisait d’où venaient ces appareils, combien de temps ils étaient restés au Planning familial, et leur destination suivante. Cela a coûté à Vice la modique somme de 160 dollars!
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>Ces informations ont été acquises par le courtier en données via des applications qui revendent les informations de géolocalisation de leurs utilisateurs. Le fichier est anonymisé, mais il reste possible de démasquer certains internautes en croisant d’autres indices. N’importe quel citoyen américain peut les acheter et les exploiter. Les outils de la publicité ciblée ont déjà été utilisés par des groupes anti-avortement. En 2016, un publicitaire spécialisé dans le numérique a proposé à ces associations de s’adresser aux femmes qui se rendent au Planning familial. Contre plusieurs milliers de dollars, leurs messages publicitaires, incitant ces patientes à poursuivre leurs grossesses, étaient envoyés sur tous les smartphones géolocalisés dans ces cliniques.
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>Les forces de police américaine ont aussi pris l’habitude de réclamer à Google la liste des téléphones à proximité du lieu d’un crime au moment où il a été commis. Ces demandes sont passées de 982 en 2018 à 11.554 en 2020. Le groupe californien remet aux enquêteurs des données anonymisées mais, sous certaines conditions, il peut être amené à communiquer le nom, l’adresse e-mail et le numéro de téléphone d’un suspect. Cette méthode a permis d’identifier une dizaine d’émeutiers de la prise d’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.
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>Mutisme des acteurs de la tech
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>Ces éléments expliquent la mobilisation des associations de protection de la vie privée. Elles multiplient les prises de parole pour sensibiliser les Américaines au danger représenté par leur smartphone. Les regards sont aussi tournés vers les acteurs de la tech. Pourront-ils refuser de communiquer des informations sensibles aux autorités? «Que fera Facebook si on lui demande l’adresse IP de l’administrateur d’un groupe pro-avortement? Que fera GoFundMe face aux cagnottes d’internautes cherchant à financer leur voyage dans un État où l’avortement sera toujours légal?», s’interroge le site Protocol. Sur le papier, il sera compliqué pour ces entreprises de s’opposer à des requêtes légales.
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>Aucune de ces entreprises ne s’est exprimée sur l’éventuelle annulation de l’arrêt Roe vs Wade. Le groupe Sony a demandé à ses studios de développement américains de ne pas prendre la parole sur ce sujet, tandis que les discussions sur cette thématique sont désormais interdites sur l’intranet du groupe Facebook. Mais, en réaction à la très restrictive loi texane sur l’avortement, Apple, Amazon, Match Group ou Salesforce ont annoncé couvrir les frais de leurs salariées qui auront besoin de voyager dans un autre État pour recourir à une IVG. Encore faudra-t-il que ces dernières acceptent de confier à leurs employeurs une information aussi personnelle.
Roe v Wade est même pas encore tombé que les Américains mettent déjà plus d’énergie à “lutter” contre l’avortement qu’ils n’en ont jamais mis à lutter contre les meurtres par arme à feu. L’OPA des conservateurs sur le pouvoir, même aujourd’hui que les démocrates contrôlent la Maison Blanche, montre toutes les failles de la démocratie américaine… et me fait réfléchir sur la nôtre aussi.
Sinon, pour revenir sur le contenu de l’article, j’adore le fait que la réaction de Facebook face à ces histoires est de se foutre les doigts métaphoriques dans les oreilles figurées et de dire très fort “LA LA LA SI ON N’EN PARLE PAS ÇA N’EXISTE PAS LA LA LA”
>incite les citoyens à porter plainte contre les personnes qui aident les femmes à avorter, dont les chauffeurs de taxi qui les amènent dans une clinique.
Il dit qu’il voit pas le rapport !
Le mec est chauffeur, c’est pas son boulot de savoir la raison pour laquelle il conduit quelqu’un à un point A ou B…
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>Les Américaines vont-elles perdre leur droit à l’avortement? L’hypothèse est sur la table depuis que le site Politico a révélé le 3 mai que la Cour suprême projette d’annuler l’arrêt Roe vs Wade. Adopté en 1973, il garantit ce droit à toutes les femmes du pays, qu’importe où elles habitent. Si ce scénario se réalise, une vingtaine d’États conservateurs, du centre ou du Sud, sont prêts à interdire, voire criminaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le Texas a déjà réduit le délai légal à 6 semaines, et incite les citoyens à porter plainte contre les personnes qui aident les femmes à avorter, dont les chauffeurs de taxi qui les amènent dans une clinique.
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>La perspective de l’annulation de l’arrêt Roe vs Wade a suscité une vague d’inquiétude dans le monde de la technologie et de l’internet aux États-Unis. Car la criminalisation de cet acte prendrait en effet une tout autre dimension à l’heure de l’hyper connectivité. Dans le pire des scénarios, les smartphones des résidantes des États où l’IVG deviendrait illégale pourraient, en raison de l’utilisation des données personnelles, les emmener droit devant les tribunaux. Il faut savoir qu’aux États-Unis, contrairement à l’Europe, aucune loi ne protège les citoyens de l’utilisation de ces données numériques par la justice d’un État.
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>Du coup, en guise de mesure de prévention, des associations ont diffusé massivement des conseils pour apprendre à cacher ses traces numériques. Il est recommandé aux Américaines faisant face à une grossesse non désirée dans les États concernés de faire leurs recherches en ligne sur l’avortement en navigation privée. Elles devront en discuter avec leurs proches sur des messageries chiffrées où les échanges sont effacés automatiquement. Pour échanger avec la clinique et recevoir les factures, elles ne devront pas utiliser leur adresse e-mail habituelle. Il leur est aussi grandement conseillé de laisser chez elles leurs smartphones pour se rendre aux rendez-vous médicaux. Ou, à défaut, d’acheter en liquide un téléphone prépayé. Dans ce cas, il ne faudra pas activer la géolocalisation ni se connecter à ses réseaux sociaux.
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>Absence de protection des données personnelles
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>Sans que nous n’en ayons vraiment conscience, les smartphones, PC, ainsi que les sites web et les applications mobiles collectent de nombreuses informations personnelles: déplacements, navigation, échanges, recherches… Ces données sont captées et exploitées dans le but d’exposer les internautes à de la publicité personnalisée. Un marché qui pèse près de 200 milliards de dollars aux États-Unis, et sur lequel règnent Google et Meta (ex-Facebook).
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>Ce que la chercheuse américaine Shoshana Zuboff nomme le «capitalisme de surveillance» peut aussi se muer en mine d’or pour les services de police. Et ce d’autant plus dans un pays qui n’a pas de législation sur de la protection des données personnelles. «Nos lois sur la vie privée datent du Moyen Âge. Le projet de la Cour suprême va illustrer les conséquences concrètes de législations qui ne sont plus adaptées à notre époque», souligne auprès du Time Magazine le sénateur démocrate Ron Wyden. Ce dernier espère que ses collègues au Congrès vont prendre conscience de la nécessité d’engager une réforme fédérale. «Certains élus m’ont approché en me confiant qu’ils n’avaient jamais vu le problème des données personnelles sous cet angle-là», explique-t-il.
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>L’exploitation de ces données «permet de pénétrer dans l’esprit et les préoccupations de l’internaute», prévient la chercheuse Cynthia Conti-Cook. **Des recherches sur Google pour se renseigner sur l’avortement, l’achat sur Amazon d’un test de grossesse, une géolocalisation à proximité d’un centre de Planning familial, une discussion sur ce sujet sur Messenger ou un transfert d’argent sur PayPal sont autant de preuves qui pourraient être utilisées par un tribunal.**
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>Les outils que peuvent utiliser les enquêteurs ont drastiquement augmenté avec l’essor de la surveillance technologique
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>Cela n’est pas de la science-fiction. En janvier 2018, une habitante du Mississippi, accusée d’avoir fait passer un avortement hors délai pour une fausse couche a été poursuivie pour meurtre au deuxième degré. L’accusation se basait en partie sur le fait qu’elle avait tapé la recherche «acheter en ligne pilule abortive Misoprostol» sur son smartphone, remis aux autorités. La jeune femme, qui risquait 40 ans de prison, a été relaxée en 2020. «Les outils que peuvent utiliser les enquêteurs ont drastiquement augmenté avec l’essor de la surveillance technologique», poursuit Cynthia Conti-Cook. Le site Vice en a fait l’expérience. Il a pu acheter auprès du courtier en données SafeGraph la liste anonymisée des smartphones qui se sont rendus au cours de la semaine précédente dans l’un des 600 centres de Planning familial aux États-Unis. Le fichier précisait d’où venaient ces appareils, combien de temps ils étaient restés au Planning familial, et leur destination suivante. Cela a coûté à Vice la modique somme de 160 dollars!
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>Ces informations ont été acquises par le courtier en données via des applications qui revendent les informations de géolocalisation de leurs utilisateurs. Le fichier est anonymisé, mais il reste possible de démasquer certains internautes en croisant d’autres indices. N’importe quel citoyen américain peut les acheter et les exploiter. Les outils de la publicité ciblée ont déjà été utilisés par des groupes anti-avortement. En 2016, un publicitaire spécialisé dans le numérique a proposé à ces associations de s’adresser aux femmes qui se rendent au Planning familial. Contre plusieurs milliers de dollars, leurs messages publicitaires, incitant ces patientes à poursuivre leurs grossesses, étaient envoyés sur tous les smartphones géolocalisés dans ces cliniques.
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>Les forces de police américaine ont aussi pris l’habitude de réclamer à Google la liste des téléphones à proximité du lieu d’un crime au moment où il a été commis. Ces demandes sont passées de 982 en 2018 à 11.554 en 2020. Le groupe californien remet aux enquêteurs des données anonymisées mais, sous certaines conditions, il peut être amené à communiquer le nom, l’adresse e-mail et le numéro de téléphone d’un suspect. Cette méthode a permis d’identifier une dizaine d’émeutiers de la prise d’assaut du Capitole le 6 janvier 2021.
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>Mutisme des acteurs de la tech
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>Ces éléments expliquent la mobilisation des associations de protection de la vie privée. Elles multiplient les prises de parole pour sensibiliser les Américaines au danger représenté par leur smartphone. Les regards sont aussi tournés vers les acteurs de la tech. Pourront-ils refuser de communiquer des informations sensibles aux autorités? «Que fera Facebook si on lui demande l’adresse IP de l’administrateur d’un groupe pro-avortement? Que fera GoFundMe face aux cagnottes d’internautes cherchant à financer leur voyage dans un État où l’avortement sera toujours légal?», s’interroge le site Protocol. Sur le papier, il sera compliqué pour ces entreprises de s’opposer à des requêtes légales.
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>Aucune de ces entreprises ne s’est exprimée sur l’éventuelle annulation de l’arrêt Roe vs Wade. Le groupe Sony a demandé à ses studios de développement américains de ne pas prendre la parole sur ce sujet, tandis que les discussions sur cette thématique sont désormais interdites sur l’intranet du groupe Facebook. Mais, en réaction à la très restrictive loi texane sur l’avortement, Apple, Amazon, Match Group ou Salesforce ont annoncé couvrir les frais de leurs salariées qui auront besoin de voyager dans un autre État pour recourir à une IVG. Encore faudra-t-il que ces dernières acceptent de confier à leurs employeurs une information aussi personnelle.
Roe v Wade est même pas encore tombé que les Américains mettent déjà plus d’énergie à “lutter” contre l’avortement qu’ils n’en ont jamais mis à lutter contre les meurtres par arme à feu. L’OPA des conservateurs sur le pouvoir, même aujourd’hui que les démocrates contrôlent la Maison Blanche, montre toutes les failles de la démocratie américaine… et me fait réfléchir sur la nôtre aussi.
Sinon, pour revenir sur le contenu de l’article, j’adore le fait que la réaction de Facebook face à ces histoires est de se foutre les doigts métaphoriques dans les oreilles figurées et de dire très fort “LA LA LA SI ON N’EN PARLE PAS ÇA N’EXISTE PAS LA LA LA”
>incite les citoyens à porter plainte contre les personnes qui aident les femmes à avorter, dont les chauffeurs de taxi qui les amènent dans une clinique.
Il dit qu’il voit pas le rapport !
Le mec est chauffeur, c’est pas son boulot de savoir la raison pour laquelle il conduit quelqu’un à un point A ou B…
Ça se fissure de partout. Les pauvres ricains.