Ce que la police pense (vraiment d’Éric Zemmour) – Le Point

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  1. Ce que la police pense (vraiment) d’Éric ZemmourMalgré un discours musclé en faveur des forces de l’ordre, la candidature d’Éric Zemmour, si elle intéresse au sein de la police, n’est pas particulièrement plébiscitée.

    Par Aziz Zemouri

    Publié le 16/11/2021 à 14:00

    Ils sont trois fonctionnaires de police réunis dans un café des Hauts-de-Seine. L’un travaille au sein d’une brigade anticriminalité, un autre se dit spécialiste des procédures en police judiciaire (PJ), enfin, un troisième est en fonction au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police. Ils suivent la précampagne présidentielle. « Éric Zemmour met les pieds dans le plat. Il a raison », soutient le baqueux, qui n’en peut plus, dit-il, de revoir toujours les mêmes auteurs d’infractions.

    « Depuis le Kärcher , on nous a tout promis. On n’a pas vu grand-chose. On est toujours dans les mêmes débats, les mêmes schémas qu’en 2007, même si le gouvernement actuel nous donne les moyens de bosser. Personne peut dire le contraire. Il paraît que le discours de Zemmour porte auprès de nous. C’est sûr, quand on nous caresse dans le sens du poil, ça ne se refuse pas. D’autant que, désormais – grâce à vous les médias et les réseaux sociaux –, on est présumé coupable dès qu’on bouge le petit doigt », lance le PJiste.

    Dans un État de droit, est-ce anormal de retoquer des procédures parfois non régulières ? « Ça se discute. Quand tu dois tout faire dans l’urgence, le curseur des parquets est placé bien trop haut. La police concrète, c’est pas celle de la télé », répond-il.

    « Ni Zemmour ni un autre ne peut empêcher un attentat »

    Aux renseignements, l’état d’esprit n’est pas le même. « On n’a plus vraiment de problème de moyens, surtout depuis 2015. C’est malheureux d’avoir attendu les attentats pour nous faire confiance. Ni Zemmour ni un autre ne peut empêcher un attentat sur notre sol. En revanche, les politiques peuvent agir sur les violences urbaines, mais rien ne peut se faire sans la justice. Déjà les magistrats ne veulent pas entendre parler de Dupond-Moretti  [si l’ex-avocat est impopulaire parmi les policiers de PJ, les autres sont plus nuancés, NDLR]. Avec Zemmour comme président, ce sera la bagarre tous les jours au détriment de tous. »

    S’il parle beaucoup d’insécurité, Éric Zemmour a-t-il véritablement planché sur un programme ? Ou empile-t-il les poncifs ? Sur l’autorité de l’État ou le fonctionnement des services régaliens que sont la police et la justice, le candidat d’extrême droite n’a qu’une vague idée de la réalité, convaincu que la police serait dure avec le citoyen lambda (c’est-à-dire le Français de souche), mais laxiste avec la « racaille ».

    Une police faible qui se vengerait sur les Gilets jaunes

    En février 2019, dans Le Figaro, il compare le maintien de l’ordre durant les manifestations des Gilets jaunes à celui en vigueur dans les banlieues. Comme, selon lui, la police serait faible avec « les racailles » ou refuserait d’aller au contact, elle se « vengerait » sur les Gilets jaunes.

    Et Éric Zemmour de prendre en exemple les émeutes de 2005 consécutives à la mort de deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois : « On se souvient justement des émeutes de banlieue de 2005, écrit-il. Alors, aucune manifestation n’était déclarée et pourtant les émeutiers ne furent jamais inquiétés. C’était le temps de l’ancienne doctrine. Celle du refus de tout contact. »

    Les statistiques du ministère de l’Intérieur et celles du ministère de la Justice racontent une autre réalité. Au tout début de ces émeutes de 2005, 2 921 émeutiers présumés avaient été interpellés. Au 14 novembre 2005, on comptait 597 incarcérations, dont 108 mineurs. À la fin, le 30 novembre, la police avait procédé à 4 770 interpellations pour 4 402 gardes à vue et 763 incarcérations.

    Ex aequo avec Xavier Bertrand

    C’est avec cette vision totalement biaisée que le futur candidat à la présidentielle de 2022 propose de restaurer l’autorité de l’État. Et cela semble fonctionner : selon le baromètre Fiducial-Odoxa de la sécurité des Français paru dans Le Figaro, les Français le placent en troisième position, ex aequo avec Xavier Bertrand, pour la confiance qu’il inspire en matière de sécurité, derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

    Néanmoins, le programme du gourou de la fachosphère, tout le monde le cherche : le préfet Pierre Monzani, ancien conseiller de Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur en 1994, a longtemps fréquenté Zemmour, avant de rompre toute relation en raison de sa réhabilitation du maréchal Pétain. Monzani était un de ses témoins de moralité lors du procès du polémiste en 2011 consécutif à sa sortie chez Thierry Ardisson, un an plus tôt, sur les contrôles aux faciès.  Sur Canal+, il avait déclaré  : « Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait. »

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    Le préfet Monzani le juge aujourd’hui sévèrement : « On parlait peu de l’insécurité. Sur la sécurité, nos discussions n’étaient pas très précises. Il disait qu’il faut être ferme, mais tout le monde le dit. Le jour où vous aurez son programme, vous me rappellerez. Il y a ce que l’on proclame et ce que l’on peut faire : il existe un ordre constitutionnel. Par ailleurs, on ne fait pas de sécurité sur un fondement de haine et d’exclusion. »

    Michel Neyret en guest star

    Si  Michel Neyret, 64 ans, ex-star de l’antigang à Lyon, un as de la police judiciaire lyonnaise durant 35 ans, mais condamné en 2018 à deux ans et demi de prison ferme pour corruption et association de malfaiteurs, a fait son apparition le 6 novembre au meeting de Zemmour à Charvieu-Chavagnieux, dans l’Isère, on compte peu de grands noms de la police susceptibles de le conseiller pour la rédaction d’un programme applicable en matière d’insécurité.

    « Quand j’ai sorti mon livre en 2016, explique Neyret, Zemmour et Naulleau m’avaient invité à la télévision. On avait discuté hors plateau, c’était intéressant. La déliquescence de l’autorité de l’État, le thème principal de Zemmour, ça me parle. Je suis venu écouter son discours. Je ne suis pas un soutien, mais je peux le devenir. Si demain le maire de Cannes David Lisnard faisait une réunion publique, j’irais aussi.

    L’ancien grand flic poursuit : « Il y a des endroits où les lois de la République ne sont pas appliquées, ou en tout cas pas avec la même sévérité. On vit dans un climat où la violence est omniprésente. La réponse judiciaire fait partie de la solution, mais là on n’y est pas. Dans ce domaine bien précis, je ne me retrouve pas en phase avec la politique du gouvernement actuel. »

    Déchéance de nationalité

    Le commandant Pierre Folacci, son ancien collègue de la BRB Marseille, auteur de Condé, un flic à la PJ  (éd. La Manufacture des livres), se dit lui aussi très intéressé par le discours de Zemmour sur la police : « Il souhaite redonner confiance aux policiers. L’actuel ministre de l’Intérieur, lui, donne des chiffres sur les moyens alloués. Nos collègues, eux, ne peuvent plus travailler. Ils sont filmés à chaque intervention et on leur demande d’arrêter les poursuites en voiture sous peine de blesser quelqu’un. La police est systématiquement suspecte. En outre, un étranger qui a commis un crime doit effectivement être expulsé à l’issue de sa peine. »

    Éric Zemmour prévoit la déchéance de nationalité en cas de crime ou dès « trois délits », avant l’expulsion. Il promet de ne faire aucune distinction entre les personnes nées françaises et celles qui ont acquis leur nationalité, une mesure totalement inconstitutionnelle.

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