Le 3 décembre dernier, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a présenté une révision de sa stratégie polaire adoptée en 2022. Intitulé Équilibrer les extrêmes à l’horizon 2040, ce rapport d’une quarantaine de pages, rédigé par Olivier Poivre d’Arvor, propose de penser conjointement l’action diplomatique française en Arctique et en Antarctique. Il s’articule autour de trois axes : environnemental, géostratégique et scientifique. Pourtant, malgré les ambitions affichées, les moyens alloués à la recherche polaire et aux capacités militaires apparaissent limités. L’intégration de l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) à l’Ifremer, les difficultés du projet Polar Pod, ou encore le financement privé pour la Tara Polar Station illustrent les fragilités structurelles de la politique polaire française. Ce décalage entre moyens et ambition suscite des inquiétudes à l’heure où les tensions s’intensifient dans le Grand Nord, aux frontières finlandaise et norvégienne. Pourquoi la France doit-elle agir, alors qu’elle n’est pas au cœur des tensions en Arctique et que l’Antarctique est, encore aujourd’hui, un sanctuaire ? Que risque-t-elle à penser conjointement l’Antarctique et l’Arctique ? La France a-t-elle les moyens de ses ambitions polaires tant d’un point de vue géopolitique, scientifique et environnemental ?