L’héritage du commandant Baud à Apples lui fait traverser les siècles

Né il y a deux cents ans, l’ancien conseiller d’État Charles-Henri Alphonse Baud a légué son domaine au Canton. D’abord asile pour femmes, le site est devenu EMS.

Anick Chevalley tient le premier registre des pensionnaires devant le bâtiment principal de l’EMS Fondation Baud à Apples, commémorant le fondateur Charles-Henri Alphonse Baud.

La directrice de l’EMS Fondation Baud, Anick Chevalley, pose devant le bâtiment principal avec le premier registre des pensionnaires.

Yvain Genevay/Tamedia

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En bref: Charles-Henri Alphonse Baud, né il y a deux cents ans, a légué son domaine d’Apples au Canton de Vaud pour créer un établissement philanthropiqueL’asile a ouvert en 1914 avec 46 lits pour femmes infirmes et incurables. L’institution compte aujourd’hui 44 résidents permanents.L’établissement souhaite doubler sa capacité d’accueil pour répondre aux besoins croissants.

Anick Chevalley est la directrice de l’ EMS Fondation Baud à Apples, et lorsqu’elle pousse la porte de son bureau, elle pénètre dans ce qui n’était qu’un corps de ferme comme les autres – il y a deux cents ans. L’histoire de l’établissement médico-social est intrinsèquement liée à l’homme qui l’a créé: Charles-Henri Alphonse Baud, né en 1825.

Agriculteur sur le domaine familial, celui que l’on surnommait commandant Baud se tourne vers une carrière militaire jusqu’à devenir lieutenant-colonel. Député radical au Grand Conseil vaudois au milieu du XIXe siècle, il est conseiller d’État de 1874 à 1885 et conseiller national durant près de trente ans. «Il participa à la création du chemin de fer Bière-Apples-Morges dont il fut le vice-président», note le Dictionnaire historique de la Suisse.

Le bâtiment principal de l’EMS Fondation Baud à Apples entouré de brouillard et d’arbres nus un jour d’hiver.

Le bâtiment principal de l’EMS Fondation Baud. Au fil des ans, l’institution s’est progressivement agrandie.

Yvain Genevay/Tamedia

Après le décès de son épouse Françoise, Charles-Henri Baud vieillit seul et meurt sans enfants en 1908. Son testament fera le bonheur du Canton: «J’institue comme unique héritier l’État de Vaud à la condition que mon domaine ne soit ni morcelé ni vendu, mais devra alimenter un établissement philanthropique à créer dans ma maison.»

Un asile pour femmes incurables à Apples

Le Conseil d’État décide, en mars 1912, de créer un asile pour femmes infirmes et incurables portant le nom du bienfaiteur vaudois. Des travaux de transformation débutent en 1913 et le nouvel établissement ouvre ses portes en mars 1914, avec une capacité de 46 lits. «On y traitait les maladies de l’époque, raconte Anick Chevalley. Certaines patientes rentraient chez elles et d’autres décédaient ici.»

La directrice du site devenu un EMS détient dans son armoire un trésor aux dimensions considérables: le «Registre à l’usage du médecin», tenu avec plus ou moins de minutie entre 1914 et 1959. Ouvert devant elle, le livre permet de plonger dans un carnet de transmission qui, ligne après ligne, regroupe la date de naissance des patientes, leur entrée et sortie, leur diagnostic et leur traitement; de l’hémiplégie à la névralgie, en passant par des grippes, des bronchites, des raideurs articulaires ou l’ataxie.

Vue aérienne d’un village suisse entouré de champs verdoyants, avec des maisons aux toits rouges et des routes serpentant à travers eux.

La Fondation Baud (les cinq gros bâtiments à droite de l’image), vue du ciel à Apples, occupe une place importante dans la vie locale et régionale.

Cédric Jotterand / Journal de Morges

À l’époque, l’établissement est tenu par un fermier-directeur, qui exploite le domaine agricole et assure la subsistance et la préparation des repas des résidentes, tandis que le fonctionnement interne est confié à la sœur du directeur et une jeune aide. «Les pensionnaires leur doivent l’obéissance», peut-on lire dans le règlement strict de la maison, daté de 1925.

L’esprit de Charles-Henri Baud

Dès la fin des années 1920, la Fondation Baud ne cesse de s’agrandir. Des bâtiments sont construits grâce à des dons, mais il faut attendre le milieu des années 70 pour que l’institution entre dans une nouvelle ère, avec l’arrivée du directeur Roland Jaquier, à son poste jusqu’en 2007.

«Il a développé toutes les activités sociales de la fondation, se réjouit Anick Chevalley. Cela explique notre cadre très dynamique, avec des activités variées et un ancrage socioculturel important.» Le respect de l’intimité des pensionnaires est au cœur de sa philosophie, tout comme un accompagnement «attentionné et individualisé».

Bâtiment des logements protégés de l’EMS Fondation Baud à Apples, sous un ciel brumeux en décembre 2025.

En 2016, 34 logements protégés ont été construits en face du bâtiment central.

Yvain Genevay/Tamedia

Aujourd’hui, la Fondation Baud compte 44 résidents, auxquels s’ajoutent 29 places au centre d’accueil temporaire (CAT) et 34 logements protégés construits en 2016. L’établissement souhaite «doubler la capacité d’accueil de l’hébergement pour répondre aux besoins de la population». Avec un accent mis sur la gériatrie, la psychogériatrie ou les troubles de la maladie d’Alzheimer.

L’EMS veut poursuivre un héritage bicentenaire

Plus de cent dix ans après l’ouverture du site, que reste-t-il de l’esprit du commandant Baud à Apples? «Il a légué ses terres pour que nous fassions de l’accompagnement communautaire et nous sommes toujours dans cette optique, tournés vers les autres», estime Anick Chevalley.

Si la directrice de l’EMS loue les liens entre l’établissement et le village d’Apples, elle inscrit aussi sa démarche dans la continuité. «L’important est de poursuivre dans cet héritage, tout en modernisant certains concepts et en en développant d’autres.»

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