La presse alémanique se montre particulièrement virulente à l’égard du Valais et de ses autorités. Certains journalistes ne mâchent pas leurs mots, allant jusqu’à parler de système mafieux et de connivence.
Jeudi matin, le journaliste de la Neue Zürcher Zeitung Samuel Burgener a ainsi publié un papier au vitriol. Lui-même Haut-Valaisan, il dresse un portrait féroce de son canton, le décrivant comme une terre marquée par une succession de catastrophes, où le deuil collectif étouffe toute remise en question des responsabilités. Selon lui, à chaque drame la même logique: fatalisme et rejet des critiques extérieures. Il évoque aussi une culture valaisanne du silence, teintée de machisme et de religion, pressée par les exigences du tourisme.
Les réactions à son article ont fusé. “J’en ai reçu énormément. Beaucoup étaient nuancées, positives. Sur les réseaux sociaux, en revanche, le ton est très rude, très violent. Sur Facebook, on a écrit que je ne dois plus me montrer en Valais, que mon visage a été ‘mémorisé’. Ça m’affecte, ça me fait mal, mais je pense que c’est le prix à payer”, a témoigné Samuel Burgener jeudi soir dans l’émission Forum de la RTS.
Appel à “retirer cette affaire au Valais”
Mercredi, le rédacteur en chef du Blick Rolf Cavalli appelait lui à “retirer cette affaire au Valais”, car c’est la crédibilité de la Suisse qui est en jeu alors que le monde entier attend des réponses. Il critique le fait que le Ministère public valaisan, les autorités communales et cantonales se soient montrés unis à plusieurs reprises – un problème de séparation des pouvoirs selon lui.
Certains articles alémaniques sont même questionnables sur le plan déontologique, à l’instar de celui publié sur le blog zurichois Inside Paradeplatz, dans lequel un journaliste suggère notamment un lien entre les propriétaires corses du bar Le Constellation et un voyage officiel du gouvernement valaisan en Corse.
Eloignement émotionnel, clichés, “Bissigkeit” et concurrence
Cette virulence de la presse alémanique peut s’expliquer de différentes manières. Tout d’abord, la proximité géographique avec la catastrophe est moindre, entraînant moins d’implications émotionnelles pour les journalistes alémaniques. Les questions critiques, notamment sur les responsabilités, ont donc été posées plus rapidement qu’en Suisse romande. Les clichés alémaniques sur le Valais ont aussi joué un rôle.
A ces deux points s’ajoute une culture journalistique différente côté alémanique, la “Bissigkeit”: on mord là où ça fait mal, on pose les questions qui fâchent. Enfin, la Suisse alémanique compte davantage de journalistes, de rédactions et de concurrence, notamment avec la presse de boulevard. Il faut publier des articles choc pour sortir du lot.
>> Les explications de Julien Guillaume dans Forum :
Après l’incendie de Crans-Montana, les critiques envers les autorités valaisannes se multiplient dans la presse alémanique / Forum / 2 min. / jeudi à 18:00
Le pavé dans la marre lancé par Samuel Burgener a fait des remous jusque sur le plateau de Forum. “Il y a des choses à dire sur ce qui se passe en Valais, je ne dis pas le contraire. Mais en l’occurence, là, le journaliste de la NZZ mélange tout”, a jugé la journaliste valaisanne Ariane Dayer.
Ce qu’il dit “est très proche de la réalité”, lui a rétorqué l’ancien rédacteur en chef du Matin et éditorialiste Peter Rothenbühler. “Je suis très souvent dans les stations valaisannes, à Zermatt surtout, mais aussi à Verbier et à Crans-Montana. Je vois comment ils fonctionnent. Les gens vivent en clan et réagissent en clan. S’il arrive quelque chose, ils se protègent”, a-t-il défendu.
>> Le débat entre Ariane Dayer et Peter Rothenbühler :
Les critiques contre le Valais sont-elles justifiées ou caricaturales? Débat entre Ariane Dayer (La Télé) et Peter Rothenbühler (ancien rédacteur en chef du Matin) / Forum / 13 min. / jeudi à 18:00