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Un commerce emblématique du centre de Bruxelles ferme ses portes“Beaucoup de vols”
À cette congestion s’ajoute, déplore le commerçant, une insécurité grandissante. “Il y a beaucoup de vols. Parf exemple, ils volent des choses dans les voitures engluées dans le trafic, puis ils partent vite en trottinette ou disparaissent dans les tunnels du métro. Ou alors il y a ces personnes qui guettent, en voirie : ils attendent que des clients déposent des choses dans leur coffre et la voiture est ensuite forcée.”
Pour compenser la perte de clientèle, plusieurs boutiques du boulevard de Waterloo ont décidé d’ouvrir les premiers dimanches du mois. “C’est un succès. Il est plus facile de se garer et il ne faut pas payer. On voit alors revenir des clients qui ne venaient plus à Bruxelles.” Autre alternative : “je vais carrément chez des clients. Des personnes d’Uccle par exemple, qui ne veulent plus venir à cause du trafic et de l’insécurité.”
Pourquoi les rues commerçantes de Belgique se remplissent à nouveau“Bruxelles n’est pas Paris”
Plus largement, le commerçant, présent depuis 26 ans sur le boulevard, dit constater âprement une dégradation de l’artère. “La rue la plus luxueuse de Belgique a été abandonnée. Il n’y a pas, dans le pays, un trottoir concentrant autant de magasins de luxe.” Sur quelques mètres s’enchaînent effectivement Dior, Louis Vuitton, Chanel, Saint-Laurent, Rolex, Cartier… “Une telle concentration, c’est unique. Et pourtant, on a été laissé-pour-compte. On paie des taxes et on rapporte beaucoup à la Ville. Honnêtement, je ne comprends pas.”
Sur ce tronçon de la Petite Ceinture, ce n’est pourtant guère les projets qui ont manqué. Mais au fil des années, les dossiers se sont embourbés dans un marasme administratif et politique. De longue date, les autorités régionales veulent transformer l’avenue de la Toison d’Or et le boulevard de Waterloo en “Champs-Élysées bruxellois”. Au programme : des pistes cyclables séparées, des trottoirs élargis, davantage d’arbres, la réduction des voies de circulation et du stationnement.


©Bruno Fortier – Polo architects – Arcadis – City Tools


©Bruno Fortier – Polo architects – Arcadis – City Tools
En 2019, le ministre de l’époque, Pascal Smet (Vooruit), espérait lancer les travaux “au second semestre 2020”. Nous sommes désormais en 2026 et le son des pelleteuses est encore loin de retentir. S’il retentit un jour… Un permis a en effet été délivré, mais le projet est toujours en suspens, notamment en raison d’un recours. Ce qui laisse, depuis des années, les acteurs économiques dans l’incertitude.
“On a peur de ce grand chantier, bien sûr”, pointe Pino Onali. À ses yeux, ce projet est d’ailleurs disproportionné. “Faire les Champs-Élysées ici, jamais de la vie ! Il faut arrêter. Bruxelles n’est pas Paris.”
Voici l’artère commerciale la plus fréquentée de Bruxelles: “Les habitués du quartier apprécient cette simplicité populaire”“On n’a pas besoin de tout ça”
Selon l’indépendant, la situation pourrait d’ailleurs s’améliorer à peu de frais. “Il faut rafraîchir oui. Mais on n’a pas besoin de tout ça. Pour la mobilité, il suffirait de faire preuve d’un peu de bon sens.” Rien que le changement de sens de la rue du Grand Cerf, selon lui, permettrait aux automobilistes voulant quitter Bruxelles de rentrer directement dans le tunnel via la place Poelaert, sans passer par le rond-point Louise. “Cela désengorgerait déjà pas mal.”
Cette alternative pour contrer le Black Friday
Contacté, l’échevinat bruxellois de la Mobilité indique : “cette option [de la rue du Grand Cerf] a déjà fait l’objet d’une analyse par nos services dans le passé. Elle présenterait l’inconvénient de reporter un trafic important vers une rue principalement résidentielle ponctuée de quelques commerces, qui n’a pas vocation à assurer une fonction de transit.” La police a également rendu un avis négatif à ce changement de sens. “Les axes structurants comme la Petite Ceinture et le rond-point Louise restent prioritaires pour l’écoulement du trafic. D’autres pistes visant à améliorer le fonctionnement du rond-point sont à l’étude, sans passer par la rue du Grand Cerf”, commente le cabinet d’Anaïs Maes (Vooruit).