«À 21h30 au Luxembourg !» Cette phrase est plus qu’un rendez-vous. Elle est une promesse de splendeur, de musique jazz, de serveurs discrets et d’un menu au goût de luxe: huîtres, sole, poule d’eau, poire Belle-Hélène. Le “Luxembourg” est un lieu où le monde danse dans une lumière tamisée, mais où mûrit aussi un plan fatal.
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Car derrière les lourdes portes de ce restaurant de luxe londonien n’attend pas une simple soirée au champagne, mais un secret mortel. Le «sextuor du Luxembourg» joue ses dernières mesures, les serveurs glissent silencieusement entre les tables, l’argenterie brille et les verres tintent. Au milieu de ce monde de splendeur et de courtoisie, un certain George Barton est assis. Sa table est parfaitement préparée : des fleurs, des bougies, un couvert en trop. Tout est conforme aux souhaits. Tout comme prévu.
Le «Luxembourg» à Londres, un lieu fictif chez Agatha Christie, où le monde danse dans une lumière tamisée, mais où mûrit aussi un plan fatal. © PHOTO: Marc Thill
Seulement, à ce moment-là, personne ne se doute d’une chose: ce soir-là, l’un des invités ne quittera pas la pièce vivant.
C’est vrai ! Nous sommes chez Agatha Christie, décédée il y a 50 ans jour pour jour. Pour son roman policier «Sparkling Cyanide», en français «Meurtre au champagne, elle a choisi comme décor un restaurant et lui a donné le nom de «Luxembourg». C’est une invention, il n’y en a jamais eu de semblable à Londres. Mais ce restaurant semble plus réel que bien d’autres adresses de la ville sur la Tamise.
Christie a écrit le roman en 1944, donc en pleine guerre, alors que le gouvernement luxembourgeois en exil et la grande-duchesse Charlotte étaient à Londres.
Pourquoi ? Parce que le nom «Luxembourg» était en quelque sorte un code pendant la première moitié du 20ᵉ siècle, lorsque la dame du polar couchait ses histoires meurtrières sur papier. Un code pour le raffinement continental, pour un monde discret de personnes aisées, pour le champagne et les repas raffinés. «Savoy», «Ritz”» «Carlton», «Versailles» et justement aussi «Luxembourg». C’était en outre un nom qui promettait un peu de neutralité et de mondanité et qui convenait donc parfaitement aux personnages d’Agatha Christie: mondains, légèrement décadents, élégants et bien sûr incendiaires.
Le restaurant mis en scène comme une pièce de théâtre
Agatha Christie a écrit le roman en 1944, donc en pleine guerre, alors que le gouvernement luxembourgeois en exil et la grande-duchesse Charlotte étaient eux aussi à Londres. Est-ce la raison pour laquelle la romancière a donné ce nom au restaurant fictif ? A-t-elle lu des articles sur les Luxembourgeois dans la presse londonienne ? On ne le sait pas. Dans son roman, le nom «Luxembourg» est mentionné 22 fois au total.
La localité de Junglinster a donné son nom à une rue en l’honneur de la dame du polar Agatha Christie. © PHOTO: Gerry Huberty
«Meurtre au champagne» est paru en 1945, d’abord sous forme de feuilleton dans le Daily Express, puis sous forme de livre aux éditions Collins, avec 30.000 exemplaires vendus dès la première année de parution. C’est le plus grand succès d’Agatha Christie à ce jour. Une édition allemande suivit en 1949 et plus tard, le New York Times jugea que l’auteur racontait son histoire de manière si habile que la solution surprendrait neuf lecteurs sur dix.
Agatha Christie met en scène le restaurant comme une scène de théâtre: des couples qui dansent, une douce musique de jazz interprétée par le «Luxembourg Sextet» et un maître d’hôtel, Charles, qui incline sa tête majestueuse vers ses clients: «Bonjour, Monsieur Barton». – «Tout est-il prêt pour ce soir ?» – «Vous serez satisfait, Monsieur Barton». La table centrale de l’alcôve lui est réservée. L’éclairage est tamisé. Des fleurs, de la musique, de la politesse. Un lieu public qui semble pourtant un peu isolé et qui sera donc idéal pour un meurtre sans violence ouverte.
Éclat et poison
Agatha Christie écrit : «Le Luxembourg, cet endroit détesté, avec sa nourriture excellente, ses serveurs habiles, son ambiance luxueuse. Il était impossible d’éviter le ‘Luxembourg’, on y était constamment invité». L’écrivaine fait donc de ce nom un symbole de splendeur et de poison. L’ambiance élégante contraste avec la froideur du meurtre et avec le goût amer de l’acide cyanhydrique.
Nous ne dévoilerons pas ici l’intrigue de ce roman policier. On trouve ce livre dans toutes les librairies. On ne sait pas si Agatha Christie est venue au Luxembourg. Mais une rue porte son nom au Luxembourg, à Junglinster.
Hercule Poirot serait-il originaire de la province de Luxembourg?
Le célèbre détective imaginé par la romancière britannique est apparu pour la première fois dans le roman «La mystérieuse affaire de Styles» en octobre 1920. Si on savait qu’Agatha Christie avait choisi de lui donner la nationalité belge, on sait peut-être moins que le héros de ses romans a peut-être été inspiré par un gendarme originaire de la province de Luxembourg…
Selon une enquête très sérieuse menée par une Belge passionnée de généalogie – et relayée par de nombreux médias belges à l’époque – Hercule Poirot serait inspiré du gendarme Jacques-Joseph Hamoir, né dans une ferme en 1858 à Biourge, un village de la commune de Bertrix, au centre de la province de Luxembourg.
Il a fait toute sa carrière dans la gendarmerie. En 1914, il était soldat et est parti en Angleterre avec son fils Lucien, âgé de 17 ans. Ils se sont trouvés du côté de Torquay en Angleterre avec les autres réfugiés belges. Réfugiés qu’a côtoyés Agatha Christie.
La photo du gendarme montre d’ailleurs une certaine ressemblance avec le célèbre enquêteur… (m. m.)
Jacques-Joseph Hamoir (à droite). © PHOTO: D. R.
Cet article a été publié initialement sur le site du Luxemburger Wort. Il a été traduit à l’aide d’outils d’intelligence artificielle qui apprennent à partir de données issues de traductions humaines, puis vérifié par Mélodie Mouzon.