Un jeune de 18 ans a été tué le 6 janvier lors d’une manifestation de juifs ultraorthodoxes contre la conscription militaire à Jérusalem. Cette communauté religieuse proteste depuis le retour de l’obligation du service militaire pour les étudiants religieux.

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Publié le 12/01/2026 14:29

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Des juifs ultra-orthodoxes manifestent contre la conscription obligatoire à Jérusalem, le 6 janvier 2026. (ILIA YEFIMOVICH / AFP)

Des juifs ultra-orthodoxes manifestent contre la conscription obligatoire à Jérusalem, le 6 janvier 2026. (ILIA YEFIMOVICH / AFP)

Ils commencent clairement à perdre patience et ils l’expriment violemment dans la rue. Les juifs ultraorthodoxes, qui représentent une personne sur six en Israël, se font entendre depuis plusieurs mois. Leurs représentants participent depuis plus de trois ans à la coalition d’extrême droite au pouvoir dans l’espoir de bénéficier d’une loi d’exemption du service militaire pour les étudiants en religion.

Mais la guerre face au Hamas est passée par là et la société israélienne ne supporte plus ce traitement de faveur. Et Benyamin Nétanyahou est en train de trahir ses promesses de début de mandat. Ces religieux Haredim sont descendus dans la rue mardi 6 janvier, brûlant des poubelles, attaquant des journalistes. L’une des manifestations a viré au drame : un jeune Haredim, âgé de 14 ans, est mort début janvier, écrasé par un chauffeur de bus qui semble avoir paniqué après avoir été agressé.  

Ce jour-là, en apparence, l’atmosphère est festive. Mais les paroles de ces chansons religieuses trahissent la colère des jeunes ultraorthodoxes les plus extrémistes. Le message est radical, ils parlent d’un “gouvernement d’infidèles”, d’une “armée d’hérétiques”. “Si on va à l’armée, on va devenir comme ceux que vous voyez à l’armée, qui ne font pas shabbat, qui ne font rien”, dénonce Arié, étudiant en religion franco-israélien.

Selon lui, “c’est grâce à notre Torah et grâce à notre étude qu’Israël s’est défendu” dans sa guerre contre le Hamas, et pas “d’aller se battre avec une mitraillette”. “Notre Dieu qui est en haut, c’est lui qui fait tout”, assure le jeune étudiant. Si, un jour, l’armée finit par gagner “contre le Hamas ou le Hezbollah, c’est grâce à lui. Eux (les militaires) n’ont rien fait, ce sont juste des pions”.

Quelque 66 000 jeunes ultraorthodoxes sont en âge de servir. Le gouvernement tente depuis novembre de faire passer une loi qui permet d’aménager leur service militaire et de limiter les sanctions contre les réfractaires, comme Daniel. À 24 ans, ce père de deux enfants a déjà reçu deux convocations de l’armée, auxquelles il n’a pas répondu.

“La police militaire peut arriver et immédiatement me placer en détention.”

“Ils ne m’ont pas mis en prison, mais s’il se passe quelque chose, je ne peux pas appeler la police, déplore-t-il. Je ne peux pas téléphoner et signaler un danger, que ce soit un accident, des violences ou n’importe quoi. C’est un scandale ! Il n’y a qu’ici que l’on voit ça.” David explique que s’il veut appeler la police, “il y a neuf chances sur dix qu’en un instant, le bon citoyen qui veut aider ou défendre, soit accusé de désertion”.

Cette nouvelle proposition de loi est largement rejetée dans la communauté ultraorthodoxe. Et si elle passe, certains religieux, comme Malka, venue de Belgique avec ses cinq enfants pour se consacrer à sa foi, envisagent même de quitter Israël. “On est en prison ici, ils font une grosse faute”, selon elle. Elle avoue que, si elle avait su avant, elle n’aurait “jamais fait [ses] enfants israéliens.” Elle n’aurait “sûrement pas pris la nationalité” et ne serait pas venue ici. Et de conclure : “On serait retournés en Belgique, comme beaucoup de mes amis.”