L’autrice sédunoise Béatrice Riand et son époux avocat Stéphane Riand ont déposé une dénonciation pénale auprès du Ministère public valaisan concernant la publication d’une caricature de Charlie Hebdo en lien avec le drame de Crans-Montana. Invité dans Forum, le rédacteur en chef défend cette satire au nom de l’humour noir.
“Le dessin du jour”, publié vendredi, croque deux skieurs, accompagnés de l’inscription “Les brûlés font du ski” et, plus bas, “La comédie de l’année”, en référence au film comique de 1979 “Les Bronzés font du ski”.
>> Lire également : L’ex-gérant du Constellation s’exprime pour la première fois et s’interroge sur les travaux effectués en 2015
Cette caricature diffusée le jour des obsèques nationales a choqué dans l’opinion publique valaisanne et suisse. A tel point qu’une dénonciation pénale contre Charlie Hebdo et l’auteur du dessin, Eric Salch, a été adressée à la procureure générale du canton du Valais Beatrice Pilloud.
Nous posons la question de ce qui prime entre la dignité humaine et la liberté d’expression
Béatrice Riand, à l’origine de la plainte contre Charlie Hebdo
Selon les co-auteurs de la dénonciation, la caricature tombe sous l’article 135 du Code pénal, qui définit les formes de représentations de la violence.
Le dessin de Salch publié par Charlie Hebdo le jour du deuil national. “Aucun intérêt culturel”
“Le dessin de Schalch porte atteinte à la dignité des victimes. Il ne montre pas la violence subie pour la dénoncer, mais neutralise la violence subie par le rire”, s’offusque le couple. “La caricature ne présente aucun intérêt culturel, artistique, scientifique ou informatif prépondérant.”
“Nous demandons qu’une instruction pénale soit ouverte et qu’en cas de condamnation du tribunal, qu’il soit prononcé une créance compensatrice, dont le produit sera affecté par l’Etat à toutes les victimes”, concluent-ils.
C’est très amusant, parce que les messages qu’on reçoit de citoyens suisses indignés sont très respectueux, alors que d’habitude on nous dit d’aller manger nos morts
Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo
Interrogée dans Forum, Béatrice Riand estime que cette dénonciation pénale est légitime. “Cela sert à placer le débat. La liberté d’expression a des limites clairement définies par la loi. Et on pose la question de ce qui prime entre la dignité humaine – ici on se moque des victimes, on les rend actrices de leur propre destruction – et la liberté d’expression. Ce sera au Ministère public de trancher.”
“L’absurdité” de la tragédie visée
Aussi invité dans Forum, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo Gérard Biard assure que le dessin “ne se moque pas des victimes”. Il explique qu’il s’inscrit dans la satire et dans la tradition de l’humour noir. “L’humour est aussi cathartique, on doit provoquer quelque chose. Bien sûr, cela peut choquer. Mais la satire est aussi là pour choquer. L’humour peut être quelque chose de déplaisant. Ce n’est pas forcément quelque chose d’agréable.”
Gérard Biard estime que ce dessin vise “l’absurdité” de la tragédie de Crans-Montana. Il explique aussi que le journal a reçu “des dizaines et des dizaines de messages de citoyens suisses indignés”. Il ne semble pas s’en émouvoir pour autant. “C’est très amusant, parce que ce sont des messages très respectueux, très polis, alors que généralement, on se fait traiter de sale fils de p***’ et on nous dit d’aller manger nos morts. Là, c’est un autre ton.”
asch avec ats